Homo homini lupus

Publié le par Célestin S. Mansévani

HOMO HOMINI LUPUS

 

Je regardais, l’autre jour, le film «Les Cendres d’Angela» du réalisateur Alan Parker, sorti en 2000. L’histoire, adaptée du livre de l’auteur Frank McCourt, est une autobiographie qui raconte les déboires d’une famille irlandaise. En 1935, après la mort brutale d’Angela, leur fillette de sept semaines, McCourt et Angela quittent l’Amérique pour l’Irlande, leur pays d’origine, avec leurs quatre fils Frank, Malachy Junior et les jumeaux Eugene et Oliver. Un accueil glacial leur est réservé à Limerick par les autorités de la place et par la famille catholique d'Angela. Le père ne peut trouver un emploi et, quand par chance il s’en trouve un, il se saoule dans les pubs, y dépensant tout son salaire. Il rentre la nuit en chantant et dérangeant sa famille endormie et affamée. Lorsque, plus tard, il va chercher  du travail à Londres, il abandonne carrément sa famille. Entre-temps les deux jumeaux sont morts de malnutrition. Angela, la mère, doit mendier et même tromper son mari pour survivre. Frank, l'aîné des enfants, surveille les petits, fait les quatre cents coups avec ses copains et vit prématurément quelques expériences d’adulte qui lui laisseront un goût de cendres dans la bouche. Dès lors sa décision est prise. Il retourne tenter sa chance à New York.

               J’ai beaucoup aimé ce film. Et pour cause !

Il me rappelle la situation de mon propre pays d’origine où la guerre, le sida, la malaria, la fièvre Ebola et la famine ont fait et font tant de victimes. Les Congolais d’aujourd’hui ravalent leur fierté pour s’exiler. La diaspora congolaise compte désormais des millions de réfugiés ou immigrants, toutes classes sociales confondues. Pourtant, la condition socio-économique de la majorité d’entre eux ne s’est pas améliorée à leur goût. Il ne faut pas s’en étonner car l’Occident a, lui aussi, ses propres problèmes: le chômage, la criminalité, la xénophobie, la discrimination raciale, les gangs de rue et j’en passe. Beaucoup d’immigrants africains désabusés ont fait comme la famille McCourt. Ils ont tenté de retourner dans leurs pays d’origine. Certains, ceux qui sont issus de familles aisées ou qui disposent encore de relations solides, réussissent à se remettre dans l’ambiance.

Il y en a même qui investissent en construisant des maisons et des hôtels à une ou deux étoiles. D’autres, par contre, sont souvent si dépaysés dans leur propre pays qu’ils préfèrent reprendre le premier avion. Ne leur parlez surtout d’effectuer un deuxième retour. Ils ont atteint le point de non-retour. 

Depuis que je vis en Amérique, j’ai rencontré des tas de gens, fonctionnaires, diplomates et hommes d’affaires canadiens, français, hindous, chinois, pakistanais et autres, ayant quitté précipitamment le Congo, à leur corps défendant, qui parlent avec nostalgie des beaux jours qu’ils y ont passés. Pendant ce temps, les fils du pays en arrachent et, faute de moyens de s’exiler, n’attendent plus, avec fatalité, la mort dans l’âme, que la mort les délivre de la misère. À côté d’eux, des dirigeants irresponsables se remplissent les poches, se bâtissent des résidences de rêve, roulent dans des voitures rutilantes, font des voyages à l’étranger, organisent des festins pantagruesques, toute honte bue, insensibles à ces chroniques de morts annoncées dont ils sont les seuls et vrais coupables. Quand je pense qu’il y en a qui se disent croyants, j’ai envie de vomir!

«Homo homini lupus!»

Commenter cet article