Qui, trop embrasse, mal étreint.

Publié le par Célestin S. Mansévani

QUI,  TROP  EMBRASSE,  MAL  ÉTREINT.

Dans la Bible au premier chapitre  de la Genèse, il est écrit : «Dieu dit …»

Je ne sais pas dans quelle langue il se parlait à lui-même. Une chose est cependant certaine, la parole est essentielle dans la communication ainsi que dans nos rapports journaliers avec autrui. C’est la même Bible qui nous dit plus tard, à propos de la Tour de Babel dans Genèse au chapitre 1, verset 9 : L’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur toute l’étendue de la terre.

Aujourd’hui, combien de langues existe - t’il dans le monde ? Selon un article publié sur le blog isamoon  le 14 avril 2007, nous lisons ceci :  

«Il existe de nos jours environ 3000 langues distinctes. Pourquoi une telle imprécision ? En fait, très peu de langues sont écrites : à peine une centaine. Les langues uniquement parlées se diversifient  beaucoup plus que les autres. Il est alors difficile de distinguer langue et dialecte.  En théorie, c'est simple : les dialectes sont des formes locales d'une langue, assez particularisées pour être identifiées, mais qui n'interdisent pas la compréhension avec des gens parlant un autre dialecte de la même langue»

En République Démocratique du Congo, on a recensé plus de cinquante deux dialectes à part le Français, notre langue officielle, et nos quatre langues nationales, à savoir le Lingala, le Tshiluba, le Swahili et le Kikongo. De toutes ces langues, le Lingala constitue, à mon avis, celle qui est la plus usuelle et la plus utile. Je m’explique.  Pour nous,  qui formons la diaspora congolaise, le Lingala est la langue commune qui nous distingue des autres et par laquelle nous nous reconnaissons tous. Hélas !  Les «mapeka» l’utilisent souvent pour se faire passer pour des «Kinois», comme si c’était rabaissant de venir de l’intérieur de notre pays ! Aux États Unis d’Amérique, tout le monde n’est pas New- Yorkais ou de Los Angeles ; les gens sont fiers de vous dire qu’ils sont de Chicago, de Dallas ou de Boston ! En France, tous ne sont pas Parisiens ou Marseillais ! Il y en a qui sont de Bordeaux, de Lyon ou de Nice ! Qu’est-ce que ça peut bien faire ? 

Bon. Revenons à notre sujet du jour ! Qu’est-ce qui fait que le lingala connaisse un tel essor dans notre pays ? D’abord parce que, depuis l’ère coloniale, elle était la langue de l’Armée. Or, nous savons tous que les militaires déménagent souvent. Par conséquent, le Lingala s’est étendu dans toutes nos provinces et régions. Mais, le Lingala s’est surtout répandu et a franchi nos frontières à cause de notre musique, notre belle musique. Le Lingala s’est aussi vulgarisé à cause de feu le Président Mobutu qui en avait fait sa langue de prédilection dans ses adresses  à la nation.

Le Lingala – on dit souvent qu’il ne contient que cent mots- est une langue qui a une belle résonance et s’apprend facilement. Elle n’a rien à envier à celles de Voltaire ou de Shakespeare qui sont parlées et écrites depuis des siècles alors que nos ancêtres à nous se limitaient à la tradition orale. Parce qu’elles étaient et sont parlées en Lingala, nos chansons ont eu du succès à travers le monde et principalement en Afrique. Nos artistes musiciens n’ont pas besoin de chanter en Français ou en Anglais pour se faire entendre. Par contre, ils en auraient besoin pour se faire vendre. Que nous le voulions ou non, le Lingala se limite à un auditoire restreint, comparé au reste du monde qui est soit anglophone soit francophone.

Je connais personnellement les amis canadiens qui adorent notre musique à cause de son rythme et ses sons de guitare. Mais ils me disent souvent: c’est dommage qu’on ne comprenne pas ce qu’ils disent» Lorsque, des fois, je le leur explique, ils en restent bouche bée ! Certains d’entre eux m’ont dit :«C’est peut-être parce qu’ils ne savent pas parler le Français ? Je leur ai prêté des CD de Sam Manwana dont Affaire vidéo, Matinda, Fatimata, Waka-Waka et Matinda. Ils n’en revenaient tout simplement pas. Ils les ont gardés pour eux. Je parie que c’est la même chose avec Galo Negro, Mi Angola et autres chansons en Portugais. Il paraît que les tubes de «Muana ndoku» font du tabac dans les bistrots et dancings du Portugal.

À l’époque où j’étais très proche de nos artistes musiciens, je leur ai souvent proposé de tenter l’expérience de faire deux versions de leurs créations, une en Lingala et Français, quitte à engager quelqu’un pour leur écrire la traduction. Au plan des affaires, imaginez-vous si Koffi Olomide, Papa Wemba, King Kester Emeneya, Kanda Bongo Man, Nyoka Longo pouvaient chanter en Chinois ? Avec les milliards de Chinois qui utilisent cette langue, et avec la richesse de nos thèmes, ils engrangeraient des milliards ! Je n’exagère pas. Viva la Musica et Zaïko Langa-Langa, qui se sont déjà produits au Japon, en savent quelque chose.  Nos musiciens se plaignent souvent de tirer de diable par la queue, n’est-ce pas ? Voilà peut-être une nouvelle piste à explorer. Vieux Bokoul, le Grand Mopao et King Kester ne sont quand même pas de ceux qui logent le diable ! Il n’y a pas de honte à ça ? Bien au contraire ! Céline Dion a fait écrire certains de ses textes par Jean-Jacques Goldman ! D’autres artistes célèbres le font aussi ! Bon.  Si nos musiciens préfèrent  chanter qu’en Lingala, qu’ils s’en tiennent à cette langue ! Je le répète : c’est une des belles langues au monde.  D’ailleurs, le Lingala vernaculaire, celui parlé à Kinshasa,  n’est-il pas truffé de mots français ? Il faut avoir appris le Lingala «ya makanza»  pour parler un Lingala pur, ce qui est plutôt rare de nos jours. Moi-même, j’y perdrais mon latin!

Là où je ne partage pas l’avis de certains de nos jeunes musiciens, c’est lorsqu’ils se livrent à cette nouvelle tendance qui consiste à faire un mélange de Français et de Lingala dans leurs chansons. Ils veulent peut-être se faire passer pour des érudits, mais ça ne passe pas. Veulent-ils et sont-ils capables de créer un dictionnaire et des écoles d’apprentissage du «Franc-Lingala» ? Allons donc ! Imaginez-vous si la sainte Bible, qui a été traduite en diverses langues, était composée d’un méli-mélo de mots tirés qui de l’hébreux, qui du Grec, qui du Latin, qui du Français, qui de l’Anglais ? Ce serait une nouvelle Tour de Babel !

Chers amis, jeunes musiciens, revenez à nos origines. Chantez donc en Lingala et arrêtez de nous rabattre les oreilles avec vos «bitoto» dont vous n’êtes même pas capables de rédiger la moindre grammaire. Si vous voulez vous donner des ailes, suivez donc l’exemple de Grand Kallé, qui a interprété avec brio des chansons telles que «Ma Doudou», «Timide ma Sérénade» «La Dernière Danse», de Vicky Longomba, qui a fait la même chose avec «Quand le film est triste, de Manu Dibango qui a chanté «Twist à Léo», de Rochereau Tabu Ley avec «L’Âge et l’Amour», «La Chanson de Marjorie» et  «Fétiche d’Afrique» ou encore de Sam Mangwana, qui est devenu une icône africaine grâce à ses chansons en bon Français que nous avons citées plus haut!

Ba petits, botika bisalela. «Qui, trop embrasse, mal étreint !»

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