Verba volant, scripta manent

Publié le par Célestin S. Mansévani

Verba volant, scripta manent.

Dia lelo kumbanzilanga eh, Sese Seko !

Je ne sais pas combien de fois j’ai vu apparaître le feu président Mobutu, venant des cieux dans les nuages ! Je n’avais pas le choix. Je devais procéder à l’ouverture ainsi qu’à la fermeture des émissions et réaliser les journaux télévisés où l’on ne voyait que ça. J’ignore à combien d’occasions j’ai regardé les animatrices du Mouvement Populaire de la Révolution, venues grossir les rangs des troisièmes, quatrièmes voire même dixièmes ‘’bureaux’’ des dignitaires du dictateur disparu, s’offrir en spectacle à la télévision d’État, chantant à gorges déployées, se dandinant, se contorsionnant, donnant des coups de hanches par-ci et de postérieurs par là, un sourire enjôleur au bout des lèvres, dans une invite sans équivoque ? Tout cela pour célébrer les mérites du grand Guide de la Révolution. Ça c’était du grand zèle ! Aujourd’hui que sont-elles devenues ? Ne vous demandez surtout pas pourquoi Kinshasa, qui ne comptait que deux cent cinquante mille habitants dans les années cinquante, compte aujourd’hui dix millions d’habitants ! ‘’Dix millions de femmes, eh’’ a chanté un jour le grand Franco. Il avait de la suite dans les idées, le feu Grand maître !

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L’une des choses que je reproche à nos ancêtres, c’est de nous avoir légué la polygamie. Sous le couvert de celle-ci, les hommes se croient autorisés d’avoir plusieurs si pas de nombreuses femmes et par conséquent une pléthore d’enfants souvent laissés à eux-mêmes lorsque leurs papas décèdent. J’ai connu un des mes amis qui a eu plus de six ‘‘bureaux’’ et une soixantaine d’enfants. Nous sommes tous passés par-là. Nous en parlons donc en connaissance de cause. Certains  Occidentaux nous envient d’ailleurs à ce chapitre, eux qui doivent se contenter habituellement, du moins officiellement, d’une seule épouse.

Nos femmes africaines ne sont pas dupes. Il y en a qui rendent aux hommes la monnaie de leur pièce.  Le film ’‘La Vie est belle’’, nous en a donné une illustration. Des chansons comme Maya, Ma Hélé, Mbawu et Kadima du poète émérite Masiya Simaro Lutumba,  Zuani nabala de Franco et Nganga ya Mazda de Rochereau parlent d’elles-mêmes. Dans une société aussi permissive et délinquante, où souvent les relations sexuelles ne sont même pas protégées, faut-il s’étonner que le sida se soit répandu si rapidement, faisant une ribambelle de victimes ? Peut-être que beaucoup de ces animatrices débordant de zèle et de cupidité, dont nous avons parlé plus haut, sont passées de vie à trépas ?

L’Afrique devrait se regarder dans un miroir pour la façon dont elle traite les femmes.

Feu Franco Luambo Makiadi a souvent chanté la femme dans des termes peu élogieux. Écoutez donc Très fâché, Locataire, Quatre boutons, Ngai Marie nzotu ebeba, Hélène, Gare à toi, Marie, Mamou, Bisalela (Lutumba), etc. Je ne lui en veux pas. À l’image de Charlie Chaplin et Molière, mes deux idoles, il ne faisait que chanter et décrire le vécu quotidien de son peuple !  On a beau nous rabattre les oreilles avec la soi-disant émancipation de la femme africaine, c’est de la poudre aux yeux. En réalité, les hommes n’en font qu’à leur tête. Je connais même des tribus où, lorsqu’un homme meurt, c’est son frère qui prend sa place – impensable dans ma tribu à moi-  et d’autres où, lorsqu’on reçoit la visite d’un ami, une des meilleures marques d’amitié  de l’hôte est de le laisser le visiteur coucher avec l’une de ses femmes. Je me pose la question de savoir si pour un homme prêt à prêter sa femme le mot ‘’amour’’ existe vraiment. Franchement, je n’y crois pas. 

‘’Verba volant, scripta manent’’ (les paroles s’envolent, les écrits restent) Revenons au témoignage de notre ami Dodo Sakombi, celui-là même qui a porté Mobutu aux nues et qui en avait long à nous apprendre sur celui à qui il attribué tant de sobriquets prestigieux dont ceux de  ‘’Grand Timonier’’, ‘’Guide éclairé’’(changé en ‘’Guide clairvoyant’’, suite à une remarque du président qui lui a demandé: ‘‘qui m’a éclairé ?’’ ), etc.,  le même Sakombi qui, lorsqu’ était Ministre de l’Information, a supervisé la rédaction de tant et tant de ‘‘cartes blanches’’ que venaient déclamer   feu Alphonse Mavungu Makanda Ma Mongo, Lumbana Kapasa, Kwebe Kimpele, Kadima Bukasa et autres ? Je parie que le Guide de la Révolution  a couché avec toutes ces belles femmes qui se disaient animatrices du Parti unique ?  Puisqu’il ne pouvait pas se les taper lui tout seul, il devait se les partager avec ses collaborateurs ? Dans une entrevue accordée à Télé-Zaïre à l’époque de l’avènement de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, comme il l’a fait lors de sa «conversion» au christianisme avec l’histoire de  cette mallette au cimetière, l’ancien collaborateur de Mobutu  ne s’est d’ailleurs pas gêné pour déballer tout ce qu’il avait sur le cœur à propos de la personnalité du dictateur déchu, spécialement pour son appétit sexuel, notamment en rapport avec les épouses de ses collaborateurs.

‘’Qui ne dit mot consent’’. Aucun des hauts cadres actuels et anciens du pays, qui ont œuvré pour et aux  côtés de Mobutu, n’a jamais contesté ces allégations ?

Sakombi a-t-il dit la vérité ? Il paraît que Tshisekedi a  aussi eu à en découdre

au cours d’une expérience personnelle qu’il a vécue en France. Qu’est-ce qui peut pousser un dirigeant intellectuel à accepter ce genre d’humiliation ? La peur de mourir ou l’appât du gain et du pouvoir ? Je présume que certains enfants de ceux qui ont fait parti des cadres du M.P.R. sont de Mobutu ?

Chers amis africains, il est temps que nous fassions un examen de conscience, pas seulement au sujet de nos mœurs et coutumes, mais aussi concernant notre conception de la vie ainsi que les valeurs que nous défendons. Ils sont légion ceux qui pensent que la fin justifie les moyens, que, pour quelques poignées de billets de banque, ils ont carte blanche pour sacrifier jusqu’à leur dignité. ‘’Tout passe, tout casse, tout lasse’’, mes frères ! Quelqu’un, qui est confiant en son savoir et ses talents, préférera démissionner de son poste plutôt que de subir ce genre d’humiliation.  Cela fait plus d’un demi-siècle que nos pays sont devenus indépendants. Nos dirigeants ne sont-ils pas capables de voter des lois, comme c’est le cas dans les pays développés, pour protéger nos femmes, nos enfants et nos populations contre toutes sortes d’abus tel que le harcèlement ? Quand serons-nous en mesure de comprendre que nous sommes tous égaux devant la loi et que nul dirigeant n’a le droit de se considérer comme un dieu au-dessus de la loi ? Nous suivons des tas de procès en Amérique du Nord et en Europe à propos de ce qu’on qualifie de scandales. Il en tombe des têtes et nul n’est épargné !

Quand l’Afrique emboîtera-t-elle le pas à l’Occident à ce sujet?  Tant que nous  n’aurons pas résolu ce problème, nos populations continueront de vivre dans l’insécurité, à la merci de la loi du plus fort.  Il faut y mettre un terme, et ça presse ! Point à la ligne !

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