Sanguis martyrum

Publié le par Célestin S. Mansévani

SANGUIS  MARTYRUM…

C’est reparti ! Depuis le mercredi 14 avril 2009, la Ville de Montréal, comme d’autres grandes villes nord-américaines,  ne vibre plus qu’au rythme du hockey. Comme au printemps de chaque année, les Séries éliminatoires de la Coupe Stanley monopolisent toute l’actualité. Même la politique est reléguée au second plan. À la maison, sur la route, au travail, à l’école, c’est le sujet principal des conversations.

Le hockey sur glace. Quel sport ! En tout cas, ce n’est pas l’action qui y manque.  Les dribbles, les échappées, les bagarres, les placages, les mises en échec, les tirs frappés, les batailles le long des bandes, les arrêts spectaculaires des gardiens de buts, tout contribue à accrocher les amateurs de hockey à leur siège. Ceux qui suivent les matchs sur leur petit écran, assis dans leur salon, s’énervent. Ceux qui veulent fuir la solitude prennent d’assaut le Centre Bell où tous les sièges sont déjà pris. Les revendeurs de billets font des affaires d’or. Les chauffeurs de taxis et autobus restent l’oreille collée à leur récepteur de radio. Dans les bistrots de la métropole la bière coule à flot et les consommateurs sont survoltés. Entre amis, on se défoule, on commente, on crie, on applaudit, on rage, on s’étreint, on frappe du poing sur la table. Il faut voir ça ! Une véritable frénésie !

Les politiciens et gens d’affaires n’en démordent pas. Lorsque Georges Gillet, le propriétaire du Canadien de Montréal, a menacé de vendre l’équipe, bien des férus du hockey et surtout des fanatiques de la sainte Flanelle, une des appellations du club,  se sont portés acquéreurs: Céline Dion, Serge Savard, Pierre Karl Péladeau, etc. D’aucuns ont même suggéré que la Caisse de placement et de dépôt du Québec s’ajoute à la liste, malgré les déboires financiers qu’il venait de connaître. Le Premier Ministre Jean Charest en personne est sorti de son mutisme et  a juré de tout mettre en œuvre pour garder le club à Montréal.

La presse sportive, qu’elle soit écrite, radiophonique ou télévisuelle, est atteinte par cette fièvre collective, elle aussi. Sur toutes les tribunes, on ne parle que des séries éliminatoires. Les journalistes, analystes, commentateurs et présentateurs, qui un  ancien joueur, qui un ancien entraîneur, rivalisent en connaissance de ce sport que la majorité d’entre eux ont pratiqué depuis leur tendre enfance et qui les font vivre eux et des milliers de tenanciers de pubs à travers la province. La pression médiatique à Montréal est telle que beaucoup d’entraîneurs sont tombés comme des mouches. Certains, heureusement, ont fait ou font la pluie et le beau temps ailleurs: C’est le cas de Jacques Demers, Pat Burns, Alain Vigneaut, Michel Therrien, Claude Julien, Jacques Lemaire, etc. Ce dernier ne s’est d’ailleurs pas gêné d’évoquer cette pression médiatique lorsqu’on lui a demandé dernièrement si le poste d’entraîneur chef du Tricolore, une autre appellation de l’équipe, laissé vacant par le congédiement de Guy Carbonneau l’intéressait. Comme les amateurs le disent si bien: le hockey est une religion.

Le côté le moins brillant du hockey sur glace est la violence. Dans d’autres sports, un joueur qui provoque une bagarre est exclu définitivement du match et se voit imposer une suspension de quelques autres rencontres. On n’a qu’à se rappeler le fameux coup de tête de Zinedine Zidane à Marco Materazzi, qui a fait le tour du monde !

Si cela s’était passé au cours d’un match de hockey, il aurait eu juste droit à cinq minutes de pénalité et serait revenu au jeu !

Beaucoup de hockeyeurs ont vu leur carrière s’arrêter abruptement ou ralentir, victimes d’une commotion cérébrale à la suite d’un double échec ou d’un coup vicieux sur la tête. Éric Lindros Intersport Canada - Sports :: Hockey :: , Steve Moore, Peter Forsberg et Adam Deadmarsh en sont des exemples parmi tant d’autres. Dossier de la semaine - Les commotions cérébrales, plus graves qu ...La Ligue nationale de hockey n’a cessé de sévir au fil des ans.  Mais rien n’y fait car, même si les amateurs de ce sport affirment détester la violence, en réalité ils adorent la robustesse, approuvent les mises en échec et applaudissent les bagarres. Il y a même des hommes forts qui sont payés pour jeter les gants  Le hic c’est qu’on ne peut jamais prédire comment va se terminer une bagarre ni une mise en échec. Dans le feu de l’action, on ne se contrôle plus. Ainsi, il arrive qu’un pugiliste en sorte blessé et saignant pendant que le public applaudit à tout rompre, comme au temps des gladiateurs romains sous Caligula. Radio-Canada.ca - Découverte. Un jour, un joueur va y laisser sa vie.

En tout cas, on dirait que la violence au hockey réveille le démon qui dort en chacun des amateurs. Il est difficile de ne pas se demander qu’est-ce qu’il faudrait faire pour mettre fin à cette situation  car interdire définitivement  cet aspect du jeu équivaudrait à tuer ce sport. Alors quoi ?  Peut-on en conclure que c’est du sang des blessés et des éclopés que dépend la survie de ce sport? Sanguis martyrum, semen Christianorum. Ah ! C’est vrai. J’oubliais ! Le hockey n’est-il pas devenu, lui aussi,  pour ses amateurs, de l’opium  et - pour les adeptes de l’euphémisme - une religion ?

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