Jean K: Monsieur but.

Publié le par Célestin S. Mansévani

Jean K: “Monsieur but”.

Dans radio okapi du 2 juillet 2009, je suis tombé par hasard sur une entrevue de Monsieur André Bo-Boliko Lokanga, un célèbre ancien syndicaliste devenu politicien sous le régimre de Mobutu Sese Seko. Cela m’a rappelé un de ses petits-frères, Gabriel Nsayi, qui a évolué dans le F.C. Daring Motema Pembe, Matiti Mabe en qualité d’ailier droit. Il avait un teint plus clair que son aîné. Ne croyez surtout pas qu’il utilisait des produits blanchissants comme l’Ambi, l’Assepso et tant d’autres. Il était né comme ça. En plus, c’était un intellectuel dont la vareuse et la culotte étaient toujours propres. Sa spécialité à lui, c’était marquer des buts en vol plané. Lorsque son équipe se portait à l’assaut du but adverse, il s’arrangeait pour se faufiler dans la surface de réparation. Le porteur du ballon lui adressait alors une passe aérienne. Gaby se ramassait sur ses pieds, effectuait un vol plané, frappait le ballon de la tête et celui-ci allait se loger dans la lucarne. Et les supporters de crier:  Wooooooo ! (but….)

Puis d’entonner : Imana eh ! Imana eh ! Imana suka ne tembe, Imana ! (Imana, terrible fétiche)  C’était l’hymne de la victoire des Tupamaros, des Imaniens, des supporters de l’équipe, dont je faisais partie. Sacré Stade Tata Raphël, devenu par la suite Stade du 20-Mai ! J’en ai gardé des souvenirs ! Il m’arrivait cependant de verser des larmes de dépit et de colère lorsque nous perdions un match. Je ne supporte pas les défaites. C’est dans ma nature.

Le mérite de ce stade de football, c’est qu’on y parlait de tout et de rien ou plutôt que c’était un lieu de prédilection pour la « radio trottoir » On y apprenait des secrets. Avant les matchs et pendant les entractes, les haut-parleurs du stade vomissaient de la musique et très souvent c’était des « mbokela » (satires) On y a appris des choses par exemple sur la rivalité entre Franco Luambo Makiadi et Johny Bokelo. Le premier cité avait emprunté de l’argent au à l’autre. Comme il n’arrivait pas à s’acquitter de sa dette et qu’il se faisait même menaçant, Johny Bokelo a composé la chanson intitulée « Je n’ai rien » En réplique, Franco a chanté « Nyongo na yo nakofuta te » Si le premier avait utilisé des termes voilés pour se moquer de son vis-à-vis, le Grand maître Luambo, lui, n’y est pas allé de main morte, fidèle à son habitude, refusant d’honorer sa dette et allant jusqu’à défier Bokelo : « Porte plainte contre moi, si le cœur t’en dit ». Notre Johnny ne se fit pas prier et le grand Franco se retrouva sous les verrous.

Il n’a pas eu que des amis, le Grand Yorgo ! Il a eu maille à partir avec Lubelo alias De la Lune, Célestin Kouka, Edo Nganga et Vicky Longomba, co-fondateurs de l’O.K. Jazz dont il s’est débarrassé avec la complicité des hommes du régime pour faire de l’orchestre son bien personnel ; il y a eu ces guerres des ondes musicales avec Jean Kwamy (Course au pouvoir; Faux millionnaire; Chicotte, etc.); Rochereau (Ekeseni).

J’ai encore frais dans la mémoire cet épisode des trois chansons obscènes « Falaswa », « Mpaka Lowi » et « Eleni » qui l’ont encore une fois envoyé derrière les barreaux, en compagnie des ses musiciens. Kengo wa Dondo, procureur de la République à l’époque, ne badinait pas avec la moralité. Hélas ! Plus fort que Kengo a tiré Franco et ses ouailles du trou. Et le grand auteur compositeur s’est vengé après la destitution de son ennemi avec la chanson « Tailleur », une allégorie très réussie. Même s’il n’a pas cité son vis-à-vis, la métaphore entre le justicier trancheur démis de ses fonctions et le tailleur coupeur qui s’est fait arracher sa machine à coudre et se retrouve sans le sou est bien évidentes. Plus tard, galvanisé par le succès que lui ont apporté ses chansons patriotiques vantant les mérites du régime Mobutu, Franco en a remis. Plus rien ne pouvait plus l’arrêter : Mario, Très fâché, Très impoli, Bomba Bomba, Mbanda azwi kizungu zungu, Mino ya Luambo diamant,  Bisalela (Lutumba), Radio trottoir (Lutumba), Locataire, Mamou et tant d’autres ont fait la joie des friands de bobards.

Franco Luambo Makiadi avait un petit-frère nommé Siongo Bavon alias Bavon Marie-Marie. Il s’est tué au volant d’une voiture, victime d’un bête accident. La rumeur voulait que c’est lui, Franco, qui l’avait sacrifié. Vrai ou faux ? Dans un pays où la superstition se respire comme l’air ambiant, il y a de quoi se poser la question. Ce que, moi, j’ai retenu des chansons de Bavon Marie-Marie et l’orchestre Negro-Succès, c’est cette fameuse chanson intitulée « Malu » que le commun des mortels avait baptisée « Jean K. » L’auteur-compositeur et guitariste l’avait dédiée à Jean Kembo qui lui disputait une de ses maîtresses et avait sali sa réputation. Yo Jean K., osi obomi mboka, likolo ya songi-songi, oya… !

J.K. alias Monsieur-but, fut un feu follet de l’A.S. V.Club et de l’équipe nationale « Les Léopards », un gars très connu, dont la spécialité était les charges irrégulières sur les gardiens adverses afin de leur faire lâcher le ballon et de permettre aux co-équipiers du célèbre numéro 9 de marquer. Avec certains arbitres de l’époque, eux-mêmes fanatiques des Bana Véa, le tour était joué. Et les Moscovites (fanatiques de V. Club ou Vita Club) de scander : « Nani mokonzi ya terrain, Véa ! Nani mokonzi ye terrain, Véa !

Sacré Jean K ! Tricheur invétéré porté aux nues par des fanatiques chauvins et aveugles ! « Au pays des aveugles, les borgnes sont rois ! » Ce fut là sa marque de commerce. Voleur de buts. Pas comme au base-ball où c’est une stratégie régulière. Non. Au football (soccer) où c’est une infraction méritant le carton jaune. Lui, en tout cas, il en aurait mérité des cartons rouges !

Heureusement, à chaque chose son temps ! L’édition des Léopards de l’époque est depuis longtemps révolue. Jean Kembo a été rattrapé par le temps. « Moyibi, eh ! Eh ! » Bien mal acquis ne profite jamais ! Adieu, Jean K. !

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