Pré-requis

Publié le par Célestin S. Mansévani

PRÉ-REQUIS

 

Ceux qui lisent mes articles se demandent sûrement où je suis passé. Je suis toujours là. J’ai tout simplement pris une trêve pour me consacrer à l’écriture d’un nouveau scénario. Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire tout de suite. Et puis, l’inspiration ne vient pas tous les jours. Alors, lorsqu’elle vient, il faut en profiter.

 

Il y a deux personnes qui me sont chères au monde. D’abord, il y a Jésus-Christ que j’ai découvert il y a dix-sept ans au plus fort de ma descente en enfer. Le jour où j’écrirai mes mémoires, je vous dirai comment et pourquoi. Depuis que Christ vit en moi, le Saint-Esprit itou, tout est beau. Je suis un inconditionnel. Qu’il me donne ou qu’il ne me donne pas, je lui fais confiance car il est fidèle, toujours fidèle. Ceux qui n’y croyaient pas et qui se sont acharnés à le défier en ont eu pour leur rhume. Il y a ensuite mon épouse, Jeanne Lutondo, fille aînée de Papa Joseph Lukoki et Maman Marthe Mungenga, de la rue Mfuma au numéro 5 dans le quartier 5 à N’Djili, tous deux décédés et enterrés dans leur domaine de Dingi-Dingi. Que Dieu ait leur âme ! Jeanne est une épouse que j’ai choisie à une époque où je me croyais destiné à la territoriale. Mais l’homme propose et Dieu dispose. J’étais prédestiné au cinéma. Je ne me suis pas préoccupé de savoir si elle allait à l’université. Je l’ai aimée pour sa beauté, sa simplicité et sa sagesse. Ce ne fut donc pas un mariage de raison, loin de là. Et je ne le regrette pas. Tout au long de mes années de vache maigre, elle a toujours été présente à mes côtés, beau temps, mauvais temps. Dieu l’en a bénie puisqu’elle est devenue célèbre par ses chikwangues. Qui ne raffole pas à Montréal et au Nord des États Unis des « kwanga ya Maman Jeanne » ? Elle a aussi ouvert son petit magasin « Aux Sources de l’Afrique » qui résiste au temps. Elle n’a pas eu besoin d’avoir un diplôme universitaire pour en arriver là. Tout cela pour vous dire, chers lecteurs, que la célébrité ne s’achète pas. Elle vous surprend quand vous n’y pensez même pas. En fait cela nous vient de Dieu. Ce ne sont pas les « mabanga » qui vous rendront célèbre ni votre fanfaronnade. Croyez-moi.

 

Par contre, il ne faut pas que nos jeunes actuels s’inspirent de son exemple pour envoyer promener les études. Autres temps…autres lieux…autres  mœurs. Le monde a changé, la donne aussi. J’ai connu deux amis qui ont débarqué du Congo en 1990. L’un se nommait Monimambu, l’autre Kufwantangu. Le premier était déterminé à réussir dans sa vie et à sortir de l’ordinaire. Il a profité du système qui octroyait des bourses d’études. Il a fini son secondaire 5, puis son Cégep puis l’université. Aujourd’hui il est professeur d’université. Son ami, lui, a profité du système dans le mauvais sens. Libertinage aidant, il s’est tourné vers l’attrait des choses faciles : la sape, la boisson, les boîtes de nuit, la drogue et surtout les beaux culs.

Il s’est vu pris en otage par une fille qui lui en a fait voir de toutes les couleurs. Il a complètement lessivé qu’il a perdu connaissance et la notion du temps. Lorsqu’il s’est réveillé et a ouvert les yeux, il n’était vraiment plus beau à voir. La fille, à qui il avait déjà fait trois enfants, l’a littéralement vomi : « Va-t-en, bon à rien ! » Pour noyer sa peine d’amour, il s’est retrouvé dans les bras d’une autre. Hélas ! Il est passé de Charybde en Scylla, s’enfonçant encore davantage, emprisonné dans une vaste toile d’araignée. Quand il en est ressorti, trois ans et deux autres enfants plus tard, c’était trop tard. La deuxième fille lui a dit : « Crisse ton camp, trou de cul ! » S’il avait écouté le comédien Michel Mpambara qui a dit, je cite : « Quand on immigre au Québec, on croit apprivoiser le système. Au bout de quatre ans, on se rend compte qu’on s’est gouré et qu’on est plutôt pris dans les mailles du système » ! Notre ami a voulu rattraper le temps perdu : certificat ici, attestation là-bas. Six mois de formation, ce n’est pas suffisant. C’était trop tard. Partout, les portes du marché de l’emploi lui étaient fermées. Aujourd’hui, il faut un secondaire 5 juste pour devenir chauffeur d’autobus. C’est un pré-requis qu’il n’a pas. À qui la faute ? Il n’a que lui-même à condamner. Sans avenir et obligé de vivoter, il est devenu un aigri qui flâne ici et là, racontant, médisant, calomniant, se faisant passer pour un jeteur de mauvais sort… Personne ne le prenait et ne le prend plus au sérieux. Un jour, il a croisé son ami professeur dans le magasin « Aux Sources de l’Afrique » Il lui a raconté ses déboires. L’autre lui a ri au nez :

-Monimambu : Je t’avais prévenu, non ?  C’est quoi tes

                       pré-requis à toi ? La sape, la bière et les gonzesses ? 

- Kufwantangu : Maman Jeanne, ici présente, a juste un secondaire 3 ?

- Monimambu : Aux temps des Belges et de l’ÉCOMORAF, on finissait

                  en 4ème secondaire ? De toute façon, « Dis » na ye, Vieux

                  Second, azokata Hollywood ?

- Kufwantangu : Ancien patron na ngai asala se secondaire 2?

- Monimambu : Wana tango ya kala. Ba Québécois ya sik’oyo bakoma loin!

- Kufwantangu : Que faire à présent ?

- Monimambu : Il paraît okoma sorodiongo ?

- Kufuantangu : Oui. Somo ! Je bloque tout !

- Monimambu : Ozwila yango diplôme ?

- Kufwantangu : Non.

- Monimambu : Lelo, mosala nyonso, esengi pré-requis. Un conseil :

                   « Kufwa nsoni, kumona mpasi » Si j’étais toi, je

                   retournerais user mes fonds de culottes en Afrique 

                   en dansant le « quatre coins»

 

Hé ! Oui ! Pré-requis…pré-requis…pré-requis… Il n’y a pas d’âge pour étudier. Profitons-en !

 

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