Solidarité

Publié le par Célestin S. Mansévani

SOLIDARITÉ

 

On dit des N’Djilois de France et de Belgique qu’ils sont très solidaires. C’est vrai. J’ai moi-même séjourné à Paris deux fois lors de mes formations professionnelles. Je peux en témoigner. Il ne se passait pas une semaine sans que l’un ou l’autre des N’Djilois vienne me chercher pour faire la fête : des fois c’était Garic Munzemba ; des fois c’était Tonton Mapasa ; des fois c’était quelqu’un d’autre. Les N’Djilois ont gardé un excellent souvenir de Vieux Second, leur ancien secrétaire communal. Mais le plus grand mérite des N’Djilois, ce n’est pas la bière et les veillées : c’est d’être capables de se réunir, de s’organiser, de cotiser, le cas échéant, pour aider un des leurs à enterrer un parent ou à se sortir du trouble.

 

Dans un de mes articles antérieurs, j’ai cité en exemples les Chinois qui viennent s’enrichir en Occident et repartent investir chez-eux. D’autres ressortissants font la même chose : les Italiens et les Grecs, notamment.

Nous, Congolais, ne pouvons nous vanter de leur ressembler. J’en ai connu des compatriotes célèbres qui étaient sérieusement malades et avaient besoin d’aide. Il y en a même encore. Personne n’est venu à leur secours. Les cœurs attristés ne se manifestent qu’après le décès. Ceux qui ont écouté les chansons Mashani de Pépé Ndombe Opetun et Mandola de Simaro Masiya Lutumba savent que ces deux musiciens n’ont pas menti. Il y en a qui rient même des morts qui ont été des vedettes et qui meurent dans la pauvreté. « Kitikwala », une autre chanson du poète Lutumba, nous en dit long.

 

En dehors des décès, les Congolais éprouvent de sérieux problèmes à s’unir pour une cause commune ou pour voler au secours d’autrui. Bien au contraire, il y a qui des Kinois qui se moquent : « Kinshasa babetaka tolo te. » ou  des gens de la diaspora qui se marrent : « Ye wana  asila !». Il est arrivé à bien des Congolais de vouloir monter quelque entreprise culturelle ou de services. Lorsqu’ils ont sollicité des prêts bancaires, on leur a demandé de fournir des preuves d’appui de la part des membres de leur communauté. C’est de bonne guerre car les banques préfèrent être certaines que l’emprunteur dispose déjà d’un marché potentiel pour écouler ses produits. Or, quel autre marché potentiel vaut celui de sa propre communauté ? Les Congolais, eux, se montrent indifférents ou carrément hostiles en répétant la même rengaine: « Alingi biso tovwamisa ye » (Il veut se rendre riche grâce à nous)? J’en parle en connaissance de cause. Mon épouse s’est retrouvée coincée quand elle a eu l’idée de fabriquer et vendre des chikwangues.  Nous nous sommes débrouillés par nos propres moyens. Aujourd’hui son entreprise est célèbre non parce que nos compatriotes l’appuient mais tout simplement parce que son produit est un des meilleurs et que nos compatriotes n’ont pas de choix : « Kolia eleki campus » S’il s’était agi d’une entreprise culturelle, il y a longtemps qu’elle aurait fermé boutique.

Parlant de boutique, je peux vous affirmer que j’en connais beaucoup  qui en possèdent. J’admire leur courage car la plupart  doivent exercer un travail parallèle pour survivre. Le consommateur congolais préférera aller acheter un produit dans un magasin jamaïcain, chinois ou haïtien, toujours pour la même raison non avouée : « Alingi tovwamisa ye, ko ! »

 

Mes chers compatriotes, nombre d’entre vous trouvent peut-être que j’ai la langue trop pendue ou que je suis trop direct dans mes observations. « Aux grands maux, les grands remèdes » dit un dicton. Lorsqu’il faut dénoncer ce genre de comportement, il ne faut surtout pas mettre de gant de peur de verser soi-même dans la complaisance. Nous sommes un grand peuple capable de s’unir ; nous avons tout ce qu’il faut pour réussir. Mais pourquoi, diantre, ne voulons-nous pas voir la vérité en face ? Allons-nous continuer à tirer de la queue par notre égocentrisme et cet esprit de rivalité insensée, je dirais même plus, pour parachever Dupond et Dupont, de « jalousie mal placée »  qui nous anime ?

 

Solidarité. Voilà le mot fétiche si nous voulons nous démarquer. Debout Congolais, unis par l’effort, unis par le sort, unis en tout, en tout temps et pour toujours !

 

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