Iradiquer la violence.

Publié le par Célestin S. Mansévani

IRADIQUER  LA VIOLENCE.

Dans un article intitulé  Polémique brutale, un code de conduite exemplaire s’impose paru sur Digital Congo sous la plume de Franck Ambangito/L’Avenir en date du  09/09/2009, sous la rubrique Musique, nous lisons : « Cette adversité entre musiciens congolais de l’actuelle génération ne se limite plus sur le plan musical mais s’étend sur les plans social, intellectuel, tribal, religieux, civil » Cette échauffourées se serait produite à la Fikin où deux célèbres formations d’artistes contemporains se produisaient. Les fans s’en sont donnés à cœur joie pour régler leurs comptes par des coups de poing »

J’ai gardé un excellent souvenir de la Fikin. Dans les années 71-73, nous y avons filmé des concerts, les inaugurations de stands, les manèges, les kiosques et bien d’autres attraits. La télévision avait à peine deux à quatre ans. Nous faisions l’envie de bien des gens et y vîmes évoluer l’orchestre Bella-Bella au temps des chansons Masuwa et Taty ainsi que le Shama-Shama avec Mopero et Donat Mobeti.  Il y eut quelques « mbokela » entre ces deux orchestres mais sans conséquence. Avec le temps, d’autres réalisateurs  reprirent le flambeau puisque Kalonji Ngoy et moi-même fûmes consignés à assurer en alternance la transmission des programmes sur les antennes de Télé-Zaïre en plus de nos autres fonctions dans la journée.

Pour revenir aux incidents dénoncés par Frank Ambangito, ce n’est pas la première fois au cours des dernières années que de tels incidents regrettables et déshonorants sont rapportés. C’est quand même dommage que deux grands orchestres adulés par les mélomanes recourent à la violence gratuite pour étaler leur rivalité. Cela relève autant de l’incivisme, du banditisme, de la barbarie que de la sauvagerie. Un jour, dans une fête, en serrant la main d’un « nvenant », un « mapeka » je me suis fait traiter à la blague par ce dernier de farceur. Le gars croyait dur comme fer que vedette était synonyme de voyou. Je n’ai pas aimé ça et je lui ai rabattu son caquet. Que des artistes musiciens se « haïssent » mutuellement, ce n’est pas un scoop que je sache ! L’Histoire nous apprend que, par le passé, les recours aux satires et quolibets étaient de mise même à l’époque des précurseurs de notre musique, soit pour vanter leurs mérites, soit pour défier subtilement les autres formations musicales.                                                                                                                                      -Wendo Kolosoy a chanté « Botiaki tembe » ; Paul Mwanga « Bakoka biso te » -le Grand Kallé : Tembe nye, Boyaki na tembe (merengue), Naboi vie ya mbangu (Mujos), Succès ya African Jazz, Yoka naino miziki, Rythmo ya suka (cha-cha-cha), Africa mokili mobimba, 3171 téléphone, etc.) ;- Franco : O.K. Jazz azongi, Ngai se muana O.K., Epanza makita, Mino ya  Luambo diamant, Renseignement ya O.K., Bana ok babomi mboka, Tozali se motoba, Bana Amida, La Mode bapiki dalapo ; - African Fiesta:  Fiesta na Milano, Tokei koyekola, Toyei na Information, Minge Rumba Fiesta, Cubana-Vis-à-Vis, Rendez-vous Chez-Là-bas, African Club, etc.                                                                                                                                                                                                                                                                                 

C’est tout à fait normal que, depuis « Tembe eluku mabe mingi, botuna tata Polo », deux ou trois ensembles rivaux qui se disputent le marché recourent à ce stratagème, bien que les artistes occidentaux le fassent rarement. Que voulez-vous ? Nous sommes en Afrique ! Cependant, les « jetons » ou « mbokela » de l’époque étaient plutôt voilés, subtils et intelligents. Il y eut par contre deux cas flagrants où ça cogna dur. Le premier opposa Franco à Kwamy. Si ce dernier utilisa des métaphores dans « Faux millionnaire et Mopepe ya mbula », Franco, lui, n’y alla  pas du dos de la cuiller. Il amena carrément le débat à un niveau bas, disons terre-à-terre dans « Course au pouvoir » (Olobi ngai nanyati liyanzi, to onyati tonga, mon frère !) ; « Chicotte » (Obimaki nsoi ya mobesu. Okomaki ebembe ya l’État) Il ne faut pas lui en vouloir. Les figures de rhétorique s’apprenaient à un niveau trop élevé pour lui à l’époque. Il est devenu plus tard un autodidacte mais cela n’a pas pallié les carences accumulées depuis son enfance plutôt difficile. Le deuxième cas se produisit lors de la scission de l’orchestre African Fiesta. Rochereau et le Fiesta national chantèrent subtilement « Likala ya moto » (Na sima ya mikolo okolongwa na pongi mpe okomona bozoba yo osali) Nico, lui, y alla mollo au début (Botala libata ameli nguma) mais, plus tard, il ne se gêna nullement  pour dire « Na engagé yo na African Jazz mpe na sima na African Fiesta » On retrouve dans la façon de s’exprimer de l’un et l’autre   des vestiges de leur éducation reçue respectivement à l’Écomoraph et à l’École de mécanique de N’Djili.

Marquons une pause ici pour faire le point sur l’incorporation de Rochereau au sein de l’African Jazz. J’ai toujours su, du moins selon la radio-trottoir, que Joseph Kabasele ne voulut pas de Tabu Ley dans l’African Jazz et que c’est Dokta Kasanda qui insista pour qu’on l’acceptât. Seulement, j’ai suivi une fois une entrevue de Rochereau lors de ses clips réalisés à Brazzaville par Innosita. Il déclara avoir été présenté à Kallé par des femmes qui fréquentaient le bar où évoluait celui-ci sur son chemin de l’école et qui trouvaient qu’il avait un teint d’ébène et de belles jambes (sic) La chanson de Dr Nico lève en tout cas le voile sur cette affaire. C’est bien ce dernier qui l’a fait entrer dans l’African Jazz. Quand je vous disais dans mon article intitulé « Quatre scénarios autour de l’usurpation des chansons (Voir Mboka Mosika du 26 août 2009) que nos musiciens ne disent pas toujours la vérité !

Bon. Passons !  Je n’écoute pas tellement les œuvres de nos artistes actuels. J’abhorre la monotonie, la cacophonie et surtout les « mabanga » dédiés aux « mapeka » Je suis quand même resté fidèle à quelques-uns (Papa Wemba, Koffi Olomide, Kester Emeneya, Kanda Bongo-Man, Lita Bembo, Zaïko-Langa-Langa, etc…dont j’écoute les belles chansons qui jadis les ont rendus célèbres ainsi que l’une ou l’autre plus récente exceptionnelle malgré quelques « mabanga » (Washington, Balobi, Mademoiselle, Dede sur mesure, Maria Valencia, Nostalgie etc.) J’en ai choisi juste une sur des dizaines.                                         

Bien sûr, c’est avec un réel plaisir que j’auditionne tous les disques, oldies et nouveautés, de Sam Mangwana et ceux de mon ami Simaro Masiya Lutumba.

                                                                                                                                                                                                                                        

Revenons à notre sujet du jour. À n’importe quelle époque, les polémiques se limitaient jadis aux métaphores et attaques verbales (je dénonce celles-ci) en chansons ou par la voie des ondes (n’entendez pas par-là les entrevues où un artiste vient injurier un autre) jamais, de mémoire, à part cet auteur tabassé par les gorilles de Rochereau au Type K. ( entendu sur Bakulutu), je ne me souviens que deux artistes, leurs musiciens ou  leurs fanatiques en soient venus aux mains. C’est peut-être arrivé (qui sait ?) mais cela a dû se passer loin des projecteurs et des feux de la rampe. Dans l’un de mes vieux articles, j’ai souligné que le niveau d’instruction des musiciens y était pour quelque chose. Si le respect dû aux parents et aux aînés ne demande pas beaucoup d’efforts, en revanche, le savoir-vivre, la galanterie, l’éthique, l’honnêteté et le respect des personnes et des biens requièrent un peu plus d’instruction. Je ne parle pas forcément de l’école conventionnelle mais plutôt de l’école parallèle.  

Je crois qu’il ne faut pas trop en vouloir à nos jeunes si les systèmes scolaires et d’éducation que nous avons hérités des régimes politiques postérieurs à  l’indépendance ne leur ont pas permis d’apprendre comme ils l’auraient souhaité. Dans la conjoncture actuelle, je ne vois pas d’issue. L’éducation scolaire et parascolaire commence à la base : « Nzete etengama bomuana » Mais, il ne faut pas désespérer car il n’est jamais trop tard. Ceux de nos jeunes artistes qui veulent s’améliorer le peuvent. De nos jours, avec les journaux, les bouquins, la télé, la radio, Internet, les voyages, les conférences, etc. il est toujours possible d’apprendre.

Cependant, en attendant que nos jeunes actuels retournent se recycler, il y a un urgent besoin : celui qu’ils respectent la vie et les biens des autres. Il appartient aux instances compétentes de mettre en place des programmes  populaires d’éducation et de sensibilisation. En même temps, j’appuie Franck Ambanito qui propose qu’on impose ce qu’il appelle un « code de conduite exemplaire » Au demeurant, je serais favorable au durcissement des lois et peines condamnant  la violence, les agressions et les bagarres. Cela contribuerait à freiner les élans de ceux qui ont l’oreille dure et qui veulent nous entraîner dans des pratiques sauvages et rétrogrades.  Ce n’est pas normal que les gens règlent leurs différends à coups de poings. Les animaux s’attaquent les uns les autres soit par instinct de conservation, soit parce qu’ils ont faim. Nous, les humains, pourquoi le faisons-nous ? Il y a d’autres façons de régler nos comptes entre autres le dialogue, la médiation et les tribunaux ? Porter la main sur autrui est un délit grave au même titre que d’autres méfaits ciblés par le Code pénal. L’histoire de l’emprisonnement d’Evoloko devrait nous servir de leçon. Je le félicite pour sa libération.          Je ne sais pas s’il a vraiment péché ou s’est fait piéger.                            Advenant ce dernier cas, je lui signale qu’il n’est pas un Michael Jackson. Au fait, malgré que le principal intéressé leur ait posé un lapin, j’ai bien aimé revoir les anciens de Zaïko sur la photo parue dans Mboka mosika. Je vous avoue que, à première vue d’œil, je n’ai pas reconnu Bimi « Wabi » Ombale et Mbuta « Brown » Mashakado.  Kisangani Espérant avait eu raison de dire »Moyen ya kopimbua lisusu ezali te » C’est vrai que nous avons tous pris de l’âge ! Mes félicitations pour les retrouvailles et merci aux organisateurs de la rencontre pour cet élan de solidarité !       

En tout cas, ce triste épisode - nul homme n’est parfait - désormais chose du passé, je l’espère-, devrait permettre aux citoyens en général et aux jeunes en particulier de comprendre à quelle (s) peine(s) ils s’exposent en usant de violence envers leur épouse, petite copine, parent, voisin, collègue, rival ou inconnu. Il est temps d’émerger de notre passé cahin-caha pour nous engager sur la voie de la civilisation qui passe par le respect des droits de l’homme en général et ceux de l’individu et des biens d’autrui en particulier.

Nous y reviendrons !

           

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