Le taureau aux méninges d'or.

Publié le par Célestin S. Mansévani

LE  TAUREAU  AUX  MÉNINGES  D’OR.

En parcourant Africatime, je viens de tomber sur un article publié par Groupe@venir.cd en date du vendredi 18 septembre 2009, intitulé:

Hommage à Me Taureau : Le comité d’organisation rencontre les Institutions du pays, dont voici un extrait.

« Tout ce que Maître Taureau a fait n’a jamais été suivi par nos autorités, aucune bibliographie, aucun livre n’a été écrit sur sa carrière. Les jeunes n’ont jamais été sensibilisés sur les actions menées par cet homme. Il n’est pas étudié à l’école primaire, secondaire, ni à l’université. C’est le moment de l’honorer par une rue ou autre »

J’ai connu Me Ngombe alias Taureau alors que je n’étais encore qu’un adolescent et que je faisais le « ngembo » comme les jeunes de mon époque. Il était un des meilleurs danseurs de l’ère coloniale. Je le vois encore lors d’une exhibition de danse à laquelle il participa avec comme autres partenaires  Mulenda et  Mondonga. Je peux me tromper sur les noms mais l’un de ces deux derniers dansait en faisant tournoyer une baguette dans sa main comme le ferait un magicien sur scène. À cette époque-là, à part notre traditionnelle rumba,  on dansait cha-cha-cha, twist, triple swing, merengue, tango, calypso, boléro, valse …Et ce n’était pas donné à n’importe qui.

J’ai revu Me Ngombe entre 1967 et 1968. Il organisait le concours de Miss Zaïre et j’ai eu à assister, en tant que secrétaire communal,  à l’un de ces concours où la commune de N’Djili était représentée dans le bar du jardin botanique à côté du grand marché de Kinshasa.  Bien sûr, en ce temps-là, il ne me connaissait pas encore.

Avec l’avènement du président Mobutu au pouvoir, il a connu une période de prospérité. Je me souviens du Ballet « Sambole-Lisano » que j’ai filmé une ou deux fois pour l’émission « La Kinoise » dans un boisé non loin de la rivière Nsele sur la route de Bandundu. Il m’a ensuite reçu dans sa résidence aux confins de Yolo-Nord et à l’orée de Yolo-Sud et je suis souvent allé dans son bar-dancing où il projetait également des films et organisait des spectacles. Je n’ai pas vraiment suivi l’épisode de la création de l’orchestre Continental. Je devais encore me trouver à l’O.R.T.F. Paris en formation. En tout cas, quand nous nous sommes rencontrés et avons sympathisé, il était un homme d’affaires respecté. On disait à l’époque que sa prospérité lui venait du fait que son épouse était une amie intime  de feue Maman Antoinette Mobutu. Si j’en crois le témoignage paru dans Sergediantantu.com, les deux femmes se sont connues sur le banc de l’école. La version propagée par les rumeurs voulait cependant que, à l’époque où Mobutu n’était encore qu’un un simple journaliste, Antoinette avait voulu demander le divorce et que c’est madame Ngombe qui l’en avait dissuadée  Depuis lors, la première dame n’avait pas hésité à lui prouver sa reconnaissance en lui demeurant très attachée.

Je dois avouer que je n’entrais pas dans les confidences de Me Ngombe. C’est un aîné que je respectais comme tous ceux de sa génération. J’ignorais même  qu’il avait joué avec Wendo dans « Victoria-Kin » avant de former son propre groupe « Vastoria » Le souvenir que j’avais gardé de lui, c’est celui de danseur. Wendo et les autres, c’était trop loin pour moi. Je devais avoir huit ans. C’est vous dire que toute la saga qui a entouré la naissance de l’orchestre Continental m’était inconnue. Par contre, j’avais vaguement entendu parler de  Françoise Eboma et de la chanson « Maman na Nicole »  sans jamais me préoccuper de savoir lequel des musiciens était l’amant de la petite. Je l’ai su grâce à l’article dont voici un extrait :

Jeudi 4 septembre 2008

La naissance de la musique des jeunes, par E.Kandolo

Na 1970, tango Rocherau awutaki kobeta na Dakar na Sénégalais Fétiche d’Afrique), président Mobutu azalaki mpe kuna na visite officielle. Neti abetaki très bien mpe bato basepelaki makasi, na cadre ya propagande ya grand Zaïre, Mobutu apesaki ye mbongo. Kasi ba musiciens bayokaki kaka lisolo ata moko atikalaki ko toucher prime oyo président apesaki te. Na kanda wana, Faugus Izeidi, leki ya Roger Izeidi, alongue, akeyi kosala orchestre Fiesta national. Kuna ba musiciens misusu balandaki ye. kasi tango ekomaki ete basala sortie officielle na bango, Maître Ngombe Baseko Taureau (Maître Ngombe azalaki un ancien danseur ; Asali mingi mpo na musique na formation ya ba jeunes danseuses, danseurs na ba chanteurs. Reddy Amisi aleka na groupe Sambole ya Maître Ngombe na Yolo Sud. Maître Ngombe azali membre d'honneur ya Imana Matiti Mabe) ayei kobenda ye ba ndulistes nionso mpo asala orchestre continental..

Dans un extrait de Sergediantantu.com, nous pouvons lire:

« Comme les pères des enfants de sa fille et de sa nièce étaient des artistes musiciens qui avaient besoin déquipements, Madame Ngombe avait réussi à leur obtenir tout ce qu’il fallait pour créer un orchestre. C’est ainsi qu’est né l’orchestre Continental. Ils ont obtenu plus que ce qu’ils espéraient notamment un autocar que conduisait de temps en temps Engenge, un des musiciens. Madame Mobutu a aussi acheté des équipements complets de musique pour l’orchestre Continental »
 

Connaissant bien l’âme africaine – les amis de nos ennemis sont nos ennemis- je suis convaincu que le décès de Maman Antoinette Mobutu a dû porter un coup terrible aux affaires du couple Ngombe. On a affirmé que la défunte  avait son propre « gouvernement » composé d’hommes et femmes à elle à qui elle dictait des ordres et qui agissaient pour ses propres intérêts. Mme Ngombe faisait partie du groupe. Suzanne, la sœur de la regrettée, a été tour à tour épouse de Landot Rossignol (Je suis allé quelque fois prendre un verre chez ce dernier à Yolo-Nord à cinq jets de pierre de chez Me Taureau. Il y vendait sa petite bière et m’accueillait à bras ouverts), d’un colonel dont j’ignore l’identité et du journaliste Ngongo Kamanda, ex-directeur à Télé-Zaïre, cousin de Benoît Lukunku, devenu ministre par la suite. On la disait très décidée et impitoyable (Mbanda Monument) Or, si elle a perdu des plumes et son lustre avec la « prise de pouvoir » de Maman Bobi Ladawa, imaginons le sort des autres !

En tout cas, je suis heureux d’apprendre que l’implication de Me Ngombe dans l’épanouissement de notre patrimoine culturel vient enfin d’être récompensée.

C’est un digne fils du pays, polyvalent, un des pionniers de notre musique, un membre d’honneur d’une prestigieuse équipe de football, un des meilleurs danseurs du pays, un organisateur du prestigieux Concours « Miss Congo », et de spectacles, le créateur d’un ballet et d’un orchestre tous deux célèbres, le propriétaire d’un bar-dancing, d’une salle de spectacles et d’un motel et surtout un grand entrepreneur et homme d’affaires. Qui dit mieux ?

Pour tous ceux qui veulent connaître l’Histoire de notre pays au plan culturel, voilà une autre source plus fiable que celle de tous ceux qui, moi-même y compris, essaient de reconstituer. « Les paroles s’envolent; les écrits demeurent », dit un dicton bien connu. J’espère qu’il se trouvera une caméra pour aller enregistrer ses souvenirs pour la postérité. Cela vaut bien le déplacement.

Commenter cet article