Poussez un peu!

Publié le par Célestin S. Mansévani

POUSSEZ UN PEU!

 

Ce matin, j’ai assisté à une scène banale qui m’a cependant rappelé des images du passé. Sur une grande rue commerçante, non loin de chez-nous, deux hommes de race noire étaient en train de pousser une vieille voiture derrière le volant de laquelle était assis un homme de race blanche en sueur. Jadis, en R.D.C.. on qualifiait ce genre de scène de « Poussez un peu !

Il m’est arrivé de conduire un tacot. Une fois, alors que j’étais secrétaire communal à N’Djili, un certain papa Simon, qui oeuvrait aux Travaux publics,  m’avait vendu sa vieille voiture. J’en ai arraché avec cette bagnole-là ! Je me faisais aider par un mécanicien du nom de Mangenza. Lui aussi en a sué. Cette voiture-là était bonne pour la casse. Lorsque des passants nous voyaient en train de trimer pour la faire démarrer ou avancer, ils nous criaient à la rigolade : « Poussez un peu ! » J’ai fini par m’en débarrasser.

Je me demande si nos mécaniciens peuvent rivaliser avec ceux de la Havane à Cuba. Là-bas, les vieilles voitures des années 20 roulent encore. Les mécaniciens de là-bas sont de véritables génies ! Ils ne sont pas les seuls. Dans les films de gangsters américains des mêmes années, on aperçoit des Roll Royce et autres voitures d’époque pimpantes neuves rouler dans les rues de Chicago ou de New York ! Il doit y avoir quelque part un cinéaste dont la spécialité est d’entretenir des voitures de cette époque-là pour les louer aux productions hollywoodiennes. Il faut être des génies du bricolage et de la mécanique pour en arriver là!

En tout cas, ces miracles-là n’existent pas encore chez-nous si je me réfère aux quelques titres d’articles ci-dessous.

Kinshasa | Société | Lundi 09 Février 2009 à 07:48:40

Panapresse 21-09-2009

Le journaliste–présentateur au desk swahili de la Radio Okapi, Joachim Kambale Kalumendo est décédé à Kinshasa samedi 07 février 2009, suite à un accident de circulation survenu dans la nuit de vendredi à samedi dans la commune de Barumbu, non loin de son domicile. Très connu à l'Est de la RDC, Joachim laisse une veuve et 6 enfants à Butembo dans le Nord-Kivu. Il était âgé de 39 ans.

Si nous je me fie à un autre article dont je reproduis un extrait ci-dessous, les accidents de la route laissent bien de veufs, veuves et orphelins.

Les accidents, une des principales causes de mortalité en RDC.- Kinshasa, RD Congo (PANA) - Les accidents de la route ont fait 20.556 victimes en 2003 à Kinshasa, dont 196 tués sur le coup, et 1.665 blessés, selon les estimations de la Police spéciale de roulage (PSR) et de la Commission nationale des transports et communications.

 

En lisant attentivement certains articles dont les deux ci-dessous, je m’aperçois que ce sont, dans de nombreux cas, les défaillances techniques qui sont en cause.

Le président provincial du Palu meurt dans un accident

Katanga | Nécrologie | Lundi 21 Septembre 2009 à 14:07:06

Le président provincial du parti lumumbiste unifié (Palu) du Katanga n’est plus. Donatien Musoka a péri le week-end dans un accident de circulation survenu sur la route de Kasenga, à l’Est de Lubumbashi. D’après le chauffeur, le minibus qui les transportait a fait un tonneau à la suite d’une crevaison. Donatien Musoka est mort sur le coup, indique radiookapi.net.

MEDIACONGO- Un accident sur la route du Bandundu fait 30 morts et 20 blessés

Trente personnes ont trouvé la mort et 20 autres blessées, lors d'un accident de circulation sur la route Kinshasa - Bandundu. Le drame s'est produit dans la nuit du samedi 15 novembre à plus de 800 mètres du pont N'Sele. Les témoins trouvés sur place ont laissé entendre qu'un véhicule surchargé en route vers Bandundu s'est renversé de suite des problèmes de l'axe de transmission avant.

En 1971, à mon retour de Paris, j’ai ramené une belle petite voiture rouge de marque MGM, elle aussi d’occasion. Un des cadres de Télé-Zaïre de l’époque m’a proposé de me la racheter. J’ai refusé. Quelques semaines plus tard, j’ai eu à faire place à des problèmes techniques insoupçonnés. Un jour, en pleine rue de la Victoire entre Kasa-Vubu et Gambela, le levier de vitesse s’est détaché et m’est resté dans les mains! J’aurais pu provoquer un accident! Je ne savais même pas à l’époque qu’il existait une loi concernant le contrôle technique des véhicules !

Ramener une voiture d’occasion au pays, c’était à la mode à l’époque et ça l’est encore aujourd’hui. Certains étudiants ou stagiaires le font lors de leur retour au pays. Des citoyens de la diaspora, désireux d’investir le font aussi. Le hic, c’est que,  dans de nombreux cas, il s’agit de voitures d’occasion. À moins de disposer de pièces de rechange sur place, ce qui n’est pas toujours le cas, les importateurs de ces bagnoles sont désabusés au bout d’un certain temps. Et comme Kinshasa n’est pas La Havane, force leur est de se débarrasser de ces voitures ou de continuer à rouler avec elles  dans l’état technique où ils sont. Dès lors ils constituent un grave danger public.

Je sais que les autorités du pays prennent toutes les mesures qu’il faut pour assurer la sécurité routière des citoyens comme on peut le voir dans le cas de la Ville de Kinshasa:

Les nouvelles mesures prises à Kinshasa dans le domaine de transport

- juillet 3rd, 2009 by nouveaucongo

Au  cours  d’un  point de  presse  donné  le  vendredi  26  juin,   le  ministre  provincial  des  transports  dans  la  ville  de  Kinshasa  a  annoncé à  l’opinion  les  nouvelles  mesures  prises   par  l’Hôtel  de  ville  en  rapport  avec  le  transport  en  commun. 

Les  points  majeurs  abordés  par  le ministre   au  cours  de  ce  point  de presse sont  notamment  le  transport  rémunéré   sur  les   taxi-motos;  l’identification  et l’uniformisation   des  couleurs  des  véhicules  assurant   le  transport  en  commun  à  travers la  ville ;  le  contrôle  technique  des  véhicules  circulant  à   Kinshasa  ainsi  que  la  gestion  des  fourrières.

Si je salue la mesure en ce qui a trait au contrôle technique, je persiste cependant à  m’opposer à l’existence des taxis-motos (voir mon article Stop! Feu rouge! (19/05/2009 ) Dans une ville comme Kinshasa déjà surpeuplée et où l’état des routes a souvent été décrié, il est imprudent de tolérer la présence des taxis-motos aux côtés des véhicules à quatre roues et plus malgré que la Ville ait prescrit, je cite :

«  le   ministre  provincial  des  transports  a  signalé  que  les  taxi-motos  ne  peuvent   emprunter  n’importe  quelle  voie ;  ils  ne  peuvent  exploiter  que  les  voies,  dont  l’accès  n’est   pas   facile   aux  véhicules  habituels. » 

C’est bien beau de limiter les circuits des taxi-motos. Encore faut-il exercer une surveillance tous azimuts pour en  faire respecter l’application. L’expérience nous a appris que les automobilistes du monde entier pèchent souvent  contre les lois (alcool au volant, excès de vitesse, poursuites policières, etc.) Ce n’est pas pour rien que les contraventions rapportent des millions aux villes ! Que ce soit ici, aux États Unis, en France ou ailleurs, des fous et des criminels du volant se font pincer tous les jours. Ce ne sont ni les sanctions ni les amendes qui les arrêteront. Dans le cas de Kinshasa encore moins.

Alors, que faire ? À mon avis, la combinaison de plusieurs actions à la fois s’impose. Il faut commencer par améliorer les infrastructures  routières de façon à barrer physiquement l’accès aux grandes artères aux bimoteurs, revoir notre signalisation routière notamment les feux rouges aux grandes intersections (à l’époque, il n’y en avait juste un ou deux dont celui au croisement des avenues Kasa-Vubu et du Commerce ), installer des panneaux de limitation de vitesse partout, instaurer un système de contrôle par radars, intensifier la présence des voitures de police, mener en tout temps des campagnes d’éducation et de sensibilisation mais aussi bannir de la circulation tout véhicule ne répondant pas aux critères de sécurité de façon à ce qu’on n’ait plus à assister à ces scènes comiques et archaïques de « Poussez un peu ! »

C’est un défi de taille mais pas une gageure!

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