Mpongo Love et moi.

Publié le par Célestin S. Mansévani

MPONGO LOVE ET MOI

Hier soir, j’ai eu la chance de lire ce titre sur Starducongo.com.

« La fille de Mpongo Love veut célébrer dignement la voix de sa mère »

« Kinshasa. Mpongo Love, l’une des meilleures voix féminines de l’art d’Orphée en Rdc, n’a pas la stature de Luambo certes, mais elle demeure un monument de la chanson féminine congolaise »

J’ignorais que Mpongo Love avait eu des enfants. Pourtant, je suis quelque fois allé chez-elle en compagnie d’elle. Elle habitait Binza Ozone, je crois. Elle ne m’a jamais vraiment parlé des problèmes qu’elle avait eus à sa naissance. J’avais appris cependant de la radio-trottoir que son père, le major Mpongo, avait été capturé et tué par des sympathisants lumumbistes alors qu’il était en mission officielle pour le compte du président Mobutu peu de temps après la mort de Patrice Lumumba. Je n’aime pas parler de politique sur mon site car c’est un domaine que je ne maîtrise pas. En tout cas, la rumeur voulait que la mère de Mpongo Love, qui était enceinte, avait alors reçu un tel choc psychologique qu’elle a eu des problèmes lors de son accouchement. Je ne lui ai jamais demandé sa version à elle pour ne pas ranimer de  douloureux souvenirs. Elle m’a cependant confié un jour que sa maman était directrice du foyer social de Camp Kokolo. D’autres sources ont insinué qu’elle sortait avec Niwa Mobutu, l’aîné des fils du président. Je n’ai pas cherché là non plus en savoir plus. Une chose est certaine : la petite ne vivait pas dans la dèche.

Même si nous ne nous voyions pas souvent, Love et moi étions très liés. Elle m’appelait « Yaya » et lorsque je m’absentais du pays, elle allait rendre visite à mon épouse et lui remettait une enveloppe avant de repartir. D’aucuns ont même insinué que j’avais des rapports charnels avec elle, ce qui n’a jamais été le cas. Quand on a un but dans sa vie, il faut s’abstenir de mêler sexe et vie professionnelle.

En tout cas, feu Tshitenge N’Sana me taquinait souvent à propos d’elle, la  qualifiant de « Muana na yo Mpongo Love» Et pour cause ! C’est grâce à moi que cette artiste entreprit sa campagne de promotion à la télévision. Je venais d’être confirmé réalisateur lorsque  Empompo Loway vint me la présenter à l’ancienne station de Télé-Zaïre sur l’avenue de la Justice dans la zone de la Gombe. En la voyant, j’émis des doutes mais Empompo me rassura en disant: « Manse, pesa ye kaka micro, yo moko oyoka » Aussitôt dit, aussitôt fait. Tous les techniciens et moi-même fûmes ravis d’autant que, lorsqu’elle fut maquillée, nous découvrîmes qu’elle était très télégénique. Voilà la genèse de mes rapports avec Mpongo Love. Nous avons réalisé et porté à l’écran les chansons de son premier album comprenant Kapwepwe, Ede, Nkoba, Nyekese, Tcheke-Tsheke, Ngai Ndaya, Monama Elima et autres. À la fin de l’enregistrement, nous avons taillé bavette avec Empompo et Mpongo Love.

C’est alors que j’ai appris qu’elle était secrétaire dans une entreprise située à N’Dolo qui vendait des voitures et que c’est un certain colonel qui faisait sa promotion. J’ai su que tantine Abeti n’avait pas apprécié une des chansons qu’elle considérait comme une attaque personnelle contre elle. Je n’y ai pas pris garde. « Kinshasa mboka elinga masolo ya bato ! »

Nous avons gardé le contact. Elle voyageait souvent. Une fois, revenant du Gabon où elle venait de séjourner pour livrer plusieurs spectacles, elle m’a raconté qu’elle avait été choyée là-bas lorsqu’elle a dit à Félix Etchenda, un cousin du président Bongo et ministre à l’époque, qu’elle était ma cousine. Il paraît qu’il leur a offert à elle et son orchestre une résidence de luxe durant toute la durée de leur séjour à Libreville.  Etchenda et moi avons suivi ensemble le stage d’assistant à la production et à la réalisation à L’O.R.T.F. Paris (1970-1971) Il adorait notre musique et était un gars très sympathique.

Plus tard, Love est revenue me trouver à la Cité de la Voix du Zaïre dans la zone de Lingwala. J’étais alors chef de la réalisation des programmes TV. Cette fois son nouvel album comprenait les chansons Rebé, Yoko, Trahison et une autre folklorique dont j’ai oublié le titre. Elle n’était plus avec Empompo. Ce dernier avait déniché Vonga Aye. Ceux qui suivaient Télé-Zaïre à l’époque, se souviendront de ces clips qui ont souvent été diffusés sur les antennes de la station d’État. Tout de suite après, Abeti Masikini m’a invité chez-elle à Lemba. Elle habitait sur la route en face de la Cité Salongo. Elle semblait quelque peu désappointée que l’album de Love ait pratiquement monopolisé le petit écran. Je lui ai dit qu’elle n’avait pas à s’en faire, que je n’étais pas du genre à faire des discriminations et que j’étais disposé à collaborer aussi avec elle. C’est ainsi j’ai pu sympathiser avec Gérard Akweson et elle. J’ai réalisé des publicités et filmé des shows pour Abeti Masikini à l’Hôtel Intercontinental ou au Cinéma Palladium. Je ne me souviens plus. Ce fut en tout cas un couple très « cool »

 J’étais déjà reparti pour la France lorsque Mpongo Love a enregistré l’album « Femme commerçante » Ce n’est donc pas moi qui l’ai réalisé. Cependant, j’ai chez-moi un CD de cet album en souvenir de sa belle voix unique, de son courage après les problèmes qu’elle avait eus dans sa naissance et par-dessus tout de notre amitié. Elle a toujours été très polie et réglo avec moi.

C’est au Canada que j’ai appris son décès. Cela m’a fait beaucoup de peine. C’était une fille très douée qui avait du talent à revendre et une des grandes dames de notre musique. Si mes souvenirs sont bons, j’ai lu quelque part dans un article que c’est pour lui faire contrepoids que Rochereau était allé dénicher Mbilia Bel. C’est de bonne guerre. L’émulation est une bonne chose pourvu qu’elle soit honnête.

En tout cas, Mpongo Love a laissé une marque indélébile de son passage sur terre. C’est la marque des surdoués. Comme je l’ai toujours prêché, la célébrité ne s’achète pas. Je me joins donc de cœur et d’esprit à sa fille ainsi qu’à toutes les personnes qui vont honorer sa mémoire. J’espère qu’un geste sera posé par nos autorités urbaines pour que son souvenir demeure à jamais gravé dans le cœur des Congolais en général et des Kinois en particulier.

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