Lundi 28 septembre 2009

MOTUS  ET  BOUCHE  COUSUE- corrigé.

Je viens de lire des articles sur le rôle joué par la DSP de Mobutu dans la  disparition mystérieuse de Philippe de Dieuleveut. Mes cheveux se sont hérissés sur ma tête. Pour ceux qui n’étaient pas encore nés ou qui étaient trop jeunes à l’époque, le disparu fut un reporter et animateur qui sillonnait plusieurs pays du monde en hélicoptère avec son émission « La Chasse aux trésors » qui était très populaire. J’étais un des fans de cette émission qui nous permettait de découvrir des coins cachés de la planète. Aujourd’hui de nombreuses émissions sont diffusées qui nous amènent un peu partout : Aventures en Australie, la Course autour du monde et tant d’autres qui en fait ont été inspirées par cette « La Chasse aux trésors »

Personnellement, je ne crois pas à ceux qui prétendent qu’une idée ne peut pas être volée. En ma qualité de réalisateur, je puis vous affirmer que si vous demandez à mille réalisateurs de vous écrire un scénario à partir d’une idée, vous allez vous retrouver avec mille scénarios sur les bras. Il n’y a pas longtemps est né le Canal « Évasion » Je peux vous assurer que les thèmes développés par les différents producteurs se ressemblent sans qu’il y ait besoin de crier au plagiat. En tout cas, le concept de « La Chasse aux trésors » a fait des millionnaires parmi les producteurs et participants aux émissions. Il faut avouer que les producteurs dépensent des sommes énormes mais avec la brochette de commanditaires, les subventions gouvernementales et les crédits d’impôts, ils peuvent bien se frotter les mains et se pourlécher les babines.

J’ai été déçu et attristé par ce qui est arrivé à Philippe de Dieuleveut. À l’époque, comme tout naïf, j’ai cru à cette histoire d’accident. Le mythe des chutes de Mbengo-Mbengo, non loin de la ville portuaire de Matadi, l’équivalent du Triangle des Bermudes est bien connu, De plus, « La Chasse aux trésors » était une émission qui avait fait ses preuves et qui n’avait aucun caractère politique. Plus tard, avec toutes les levées de boucliers qu’il y a eu et connaissant bien les dessous du régime Mobutu, je me suis mis à me poser, moi aussi, des questions. Des titres et extraits comme ceux ci-dessous sont venus éclairer ma lanterne :

Philippe de Dieuleveult a été « exécuté » par la police de Mobutu, selon XXI

15/10/2008 | 10H15

L'animateur-vedette Philippe de Dieuleveult, disparu lors d'une expédition sur le fleuve Zaïre en 1985, ne s'est pas noyé mais a été arrêté par les services secrets zaïrois avant d'être très certainement exécuté, affirme le magazine trimestriel XXI à paraître jeudi.

J’ai lu plusieurs articles à propos de cette histoire et j’ai eu une nouvelle preuve que nous vivons dans un monde dépourvu de vérité. En tout cas, je n’aime déjà pas la façon dont les politiciens africains se comportent et je ne ferai jamais partie d’un service secret quelconque. Un jour, j’ai taillé  bavette avec la fille d’un de nos illustres leaders politique disparus. Elle m’a confié que son défunt père s’était retiré de la vie politique parce que l’un de ses compagnons de lutte, qui prétendait défendre les intérêts du pays, était en fait un espion de Mobutu qui allait rapporter à ce dernier les propos tenus au cours de réunions souvent secrètes. Les participants à une réunion étaient arrêtés sans qu’ils aient le temps de crier gare à cause de cette taupe qui s’est toujours déclarée anti-Mobutu mais qui, en réalité, se faisait graisser la patte et a pu ainsi impunément « donner » ses compagnons d’armes !

Pour en revenir à l’affaire Philippe de Dieuleveut, en tant qu’internaute, vous avez sans doute déjà lu toute la controverse entourant ce dossier. Pour ceux qui l’ignoraient, voici des extraits d’articles et commentaires qui en disent long.

PARIS, 14 oct 2008 (AFP) -
"Philippe de Dieuleveult n'est pas mort noyé", affirme le magazine XXI


L'animateur-vedette Philippe de Dieuleveult, disparu lors d'une expédition sur le fleuve Zaïre en 1985, ne s'est pas noyé mais a été arrêté par les services secrets zaïrois avant d'être très certainement exécuté, affirme le magazine trimestriel XXI à paraître jeudi.
Interceptés au barrage d’Inga par des hommes de la 31e brigade parachutiste zaïroise et de la Division spéciale présidentielle (DSP), ils auraient été transférés au camp militaire Redjaf à Matadi, avant d’être conduits à Kinshasa, au camp Tshatshi, pour être interrogés. Mais dès Inga, deux Blancs sur les sept ont été tués car ils refusaient d’obtempérer aux ordres des Zaïrois.

Dans une enquête, intitulée "Les crocodiles du Zaïre", la journaliste Anna Miquel assure que le 8 août 1985, deux jours après la disparition officielle des sept membres de l'expédition "Africa Raft" dans les rapides d'Inga, Philippe de Dieuleveult était interrogé à Kinshasa par un commandant de la "Division spéciale présidentielle", la garde personnelle de l'ex-dictateur Mobutu Sese Seko.

Un procès-verbal de cet interrogatoire, dont l'AFP a pu consulter une copie, s'ouvre par ces mots : "L'an mille neuf cent quatre vingt cinq, le huitième jour du mois d'août, a été entendu le prévenu Philippe Dieuleveult". Le PV, sur papier à en-tête de la DSP portant la mention "pro-Justicia", est estampillé d'un tampon "République du Zaïre" et porte deux signatures : celle du "major K.", "chef d'opérations" et celle du "comparant" Philippe de Dieuleveult, qui a été authentifiée pour XXI par son frère Jean. Anne Miquel a assuré à l'AFP avoir obtenu, lors de plusieurs séjours dans la capitale de la République démocratique du Congo, des témoignages concordants faisant état de l'exécution par la DSP, après interrogatoires, des membres de l'expédition interceptés lors de leur descente du fleuve pour avoir été soupçonnés d'être des espions et/ou des mercenaires.
Depuis plus de vingt ans, la noyade est la thèse officielle expliquant la disparition de l'animateur de "La chasse au trésor" et de ses compagnons.

L'interrogatoire, entièrement manuscrit, débute par ces mots :

« Quel est le but de votre visite au Zaïre ?
– Je suis venu pour une expédition.
– Êtes-vous militaire ?
– Après ma formation militaire en 1973, j’ai quitté l’armée pour le journalisme.
– Avez-vous des documents justifiant votre visite ?
– Oui, j’avais le document, mais il m’a été ravi lors de mon arrestation à l’île des Hippopotames, vers le barrage hydroélectrique d’Inga.
– Êtes-vous déjà venu en Afrique ?
– Oui, avant d’arriver au Zaïre, j’étais au Tchad, à Bangui et ailleurs.
– Quelle était la mission de votre visite au Tchad ?
– Je faisais
la Chasse aux trésors avec mon équipe. […]
– Nous tenons des informations que vous et votre équipe, vous êtes de la DGSE.
– Non
[…]
– Avez-vous quelque chose à ajouter, un dernier mot ?
– Non, mais j’affirme que nous sommes venus pour l’expédition Africa Raft et je veux être entendu devant mon avocat par mon ambassade. »

Le procès-verbal de Philippe de Dieuleveult : « Je suis venu pour une expédition »

Le procès-verbal de l’audition de Philippe de Dieuleveult est daté du 8 août 1985, sur papier à en-tête de la DSP, la division spéciale présidentielle de Mobutu. Il porte la mention "pro-Justicia".

Dans ce document, Philippe de Dieuleveult explique être "venu pour une expédition", avec en sa possession un document justifiant sa visite qui lui a "été ravi lors de [son] arrestation." Il dément toute appartenance à la DGSE et réclame d’être "entendu devant [son] avocat" à l’ambassade de France.

La signature de ce document a été authentifiée par ses proches.



Anna Miquel s'est également procuré la copie d'un télex de l'Agence nationale de documentation (AND, ex-renseignements intérieurs zaïrois), envoyé le 3 et reçu à Kinshasa le 4 août 1985.
Signé "GOUDOC/ANR", il stipule notamment, en capitales: "HONNEUR VOUS SIGNALER RENVOI Mr PHILIPPE DE DIEULEVEULT ET TOUTE SA BANDE DE MATADI (la ville la plus proche des rapides d'Inga) A KINSHASA, ACCUSER PAR SERVICE AMI D'ETRE MERCENAIRE SUIVANT PARCOURS, DESTABILISER POUVOIR EN PLACE. STOP (...) ARRIVER AUSSITOT TRANSFERER AU CAMP TSHATSHI POUR AUDITION. STOP".

Selon l'enquête publiée dans le trimestriel, les membres de l'expédition ont été torturés pendant leur interrogatoire puis exécutés.

"Je n'ai plus aucun doute sur le fait qu'ils ont été tués", a confié à l'AFP Anna Miquel. "Tous les témoignages se recoupent. On ne ressortait pas vivant de ce genre d'interrogatoire".

Selon elle, les corps auraient été dans un premier temps enterrés dans l'enceinte du camp militaire de Tshatshi à Kinshasa puis, des mois plus tard, inhumés et dispersés pour n'être jamais découverts.

Je vous fais grâce de vous redire tout ce qui a été dit au sujet de ce dossier. Ce qui me dérange personnellement, c’est le fait que personne n’ait été en mesure, tant du côté français que du côté zaïrois, de nous dire la vérité, toute la vérité sur les raisons de cet assassinat ni sur ses vrais motifs. Voici quelques révélations faites par des proches ou par des témoins du meurtre. C’est un peu long mais vous ne vous ennuierez pas. Croyez-moi !

Jean de Dieuleveult, ancien militaire, est l’un des frères de Philippe de Dieuleveult. Il n’a jamais cru à la thèse de la noyade. Après la disparition de son frère, alors qu’il était en poste à Riyad, en Arabie Saoudite, il obtient une permission spéciale de sa hiérarchie pour se rendre sur place au Zaïre, avec deux amis, afin d’en savoir plus. Il s’étonne alors de l’attitude des autorités françaises, qui confisque leurs passeports. Etonnement encore plus grand quand, quelques jours plus tard, les autorités zaïroises, avec l’aval de la France, prétendent avoir trouvé le corps de Philippe de Dieuleveult. Il s’agissait, en fait d’une mascarade… Jean de Dieuleveult : « On m’a présenté un faux corps pour enterrer l’affaire »

Hypothèse de l'assassinat [modifier]

L'hypothèse de son assassinat a été évoquée en 1994 par Okito Bene-Bene, un ex-officier des services secrets zaïrois qui affirme dans un livre intitulé J’ai vu mourir Philippe de Dieuleveult chez Michel Lafont, que Dieuleveult a été assassiné. Dans ce livre, Okito Bene-Bene, réfugié en Belgique en 1990 et aujourd'hui décédé, dit avoir assisté à l'exécution de Philippe de Dieuleveult. Il décrit en détails ses dernières heures. Après avoir été mis au cachot et subit des heures d'interrogatoire dans un camp militaire, il aurait été exécuté avec quatre de ses compagnons.

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Si peu à peu, ce dossier mystérieux est tombé dans un certain oubli, classé au rayon des énigmes irrésolues, un rebondissement est tout de même venu apporter de l'eau au moulin des partisans de la bavure. Au début des années 90, un certain Okito Bene-Bene, ancien officier des services secrets du Zaïre, publie un livre intitulé Africa Raft. Accusé en 1988 d'avoir préparé un complot contre le président Mobutu, réfugié en Belgique depuis 1990, l'homme affirme avoir assisté à l'exécution de Philippe. En 1994, il accorde une interview à Isabelle Cauchois, de l'hebdomadaire français Télé 7 Jours, à qui il décrit en détail comment se seraient déroulées les dernières heures de Philippe de Dieuleveult. Si ses affirmations sont exactes, la façon dont l'animateur est mort est vraiment atroce.


 Que s'est-il passé le 6 août 1985 ?
-A 9h30 le 6 août 1985, alors que j'étais à mon poste à Boma, je reçois un message d'Inga, me signalant la présence d'un commando cubain d'une dizaine d'hommes puissamment armés sur l'île des Hippopotames. Or, les services secrets français nous avaient informé quelque temps auparavant d'une attaque imminente des Angolais (…). Nous étions également en alerte depuis que Khadafi, de passage au Burundi, avait appelé à la télévision le peuple zaïrois à attenter à la personne physique de Mobutu. Venant moi-même à l'époque d'être accusé d'intelligence avec la Libye et ayant passé 27 jours en détention, il n'était pas question de trop réfléchir sur le message. Il fallait agir.

 

Que décidez-vous ?

-Parallèlement, le même message était parvenu au major Boyenge, commandant de la gendarmerie à Boma. Après une réunion de sécurité organisée à la mairie, nous décidons de partir sur les lieux et de mettre les « mercernaires » hors d'état de nuire. Je réunis aussitôt trois de mes meilleurs limiers et quatre militaires tandis que le major Boyenge part de son côté avec trente gendarmes. L'opération Monama était enclenchée.

Pourquoi ne pas être partis ensemble ?
-L'ADN et l'armée zaïroise sont en rivalité perpétuelle. Chacun voulait tirer le bénéfice des opérations. Je suis arrivé à Inga avec mes hommes vers 11h, le major Boyenge, plus rapide, était déjà là et l'opération Monama, me dit-il, en cours. Ses hommes, conduits par le lieutenant Kasongo, étaient sur le terrain. Nous avions pourtant convenu que l'opération devait être concertée. Une heure après, un message nous parvient qui faisait état de l'arrestation de cinq membres de l'expédition Africa Raft et de la mort de deux d'entre eux. Immédiatement, nous nous sommes rendus sur les lieux.

Qu'avez-vous découvert ?
-D'abord, deux morts sur la berge en aval du village de Kiege. Richard Jeannelle, le photographe de Paris-Match, et André Herault. Le lieutenant Kazongo, qui avait conduit l'opération, nous a expliqué que ses hommes avaient lancé des sommations aux occupants du radeau où ils se trouvaient, le Godelieve, et devant leur refus d'obtempérer, avaient ouvert le feu. Jeannelle et Herault avaient été tués. (…). Guy Collette et Nelson Bastos avaient pu accoster, comme les occupants du Françoise, un peu plus loin sur la berge de la vallée Van Deuren. L'un d'entre eux pourtant était blessé. Lucien Blockmans avait été touché à l'épaule et saignait abondamment.
Toujours convaincus qu'ils étaient des mercenaires, nous les embarquons tous à Inga. Après une brève audition, nous apprenons que c'était une expédition française, autorisée par Kinshasa. Cette autorisation, nous devions la retrouver sur le corps de Jeannelle, dûment signée par tous les responsables.

Alors pourquoi ne pas avoir arrêté là les dégâts ?
-Quatre jours auparavant, j'avais reçu de Kinshasa une copie de la fiche de Guy Collette avec plusieurs photos de ce Belge, prises lors des escales de Kisangari et Kinshasa. Le directeur des opérations de la branche extérieure de l'AND l'accusait d'avoir eu des accointances avec les agents libyens à Bujumbura, la capitale du Burundi. Or, Collette faisait partie du groupe. Une autre chose m'intriguait aussi. Un message des services secrets zaïrois, en provenance de Paris, quelques jours plus tôt, signalait que Philippe de Dieuleveult se serait entretenu avec un agent de la DGSE, un certain M. Claude, à qui il aurait confié ses intentions de voir clair dans l'enclave angolaise de Cabinda. Je ne savais plus quoi penser quand nous avons reçu l'ordre de conduire les « mercenaires » à Matadi.

Comment régissaient vos prisonniers ?
-Philippe de Dieuleveult n'avait de cesse de demander que la plaie de Blockmans soit soignée d'abord. Ils voulaient aussi savoir où se trouvaient les corps de Richard Jeannelle et d'André Herault, tués par les gendarmes. En guise de réponse, Philippe de Dieuleveult reçut une gifle qui lui ouvrit l'arcade sourcilière droite et un violent coup de crosse fit s'écrouler Nelson Bastos. Il fut décidé, devant mon insistance, que les deux cadavres soient inhumés sur la berge à cinq kilomètres du village de Kiege. Leurs corps furent enroulés dans des feuilles de bananier et mis en terre sous une grosse pierre.

A Matadi, que s'est-il passé ?
-Nous y sommes arrivés le 6 août vers 21h. Les « mercenaires » étaient exténués, affamés et malades, et malgré tout, le colonel commandant de la circonscription militaire du Bas Zaïre ordonna qu'ils soient mis au cachot du camp militaire de Redjaf, en attendant l'équipe de la DSP, la Division spéciale présidentielle, qui venait de Kinshasa. Le dossier n'était plus entre nos mains, mais entre celles de la DSP. La DSP est arrivée aux petites heures de la matinée, conduite par le major Ngongo.

Votre rôle était donc terminé ?
-Non, nous avions encore mission de l'assister. C'est ainsi que l'audition des mercenaires se déroulera dans des locaux plus discrets de l'AND et que j'assistais à leur interrogatoire. Un interrogatoire musclé. Dieuleveult et ses compagnons étaient assis à même le sol. Après six heures d'audition, c'est-à-dire vers 18h, Bastos, Blockmans et Angelini étaient ramenés au cachot tandis que Dieuleveult et Collette, sur lesquels pesaient les plus lourds soupçons, subissaient sept heures encore un interrogatoire. A minuit, ils furent à leur tour conduits au camp Redjaf. A 10h, le 8 août, l'interrogatoire recommençait. Ils avaient appris la mort pendant la nuit de Blockmans, faute de soins, et réclamaient qu'on prévienne leur consulat respectif. Sans succès.

Pendant ce temps-là, les recherches n'étaient pas déclenchées à Inga ?
-Bien sûr que si. Le docteur François Laurenceau et Jean-Louis Amblard, qui avaient quitté l'expédition, s'échinaient pour retrouver leurs collègues disparus. Ils avaient signalé à l'ambassade de France la disparition de l'expédition Africa Raft. D'un autre côté, un message nous signalait qu'à Inga, les rumeurs commençaient à bruire. Un ingénieur zaïrois travaillant au barrage déclarait avoir vu le Françoise et trois Blancs sur la berge près de l'aérodrome. Un technicien américain affirmait qu'il avait vu un groupe de Blancs s'activer au bord du fleuve avec les gendarmes. Cette situation devenait préoccupante pour les autorités locales que nous étions. A ce moment, nous avons reçu un message de la DSP : exécution discrète des prisonniers.

Les prisonniers n'avaient pourtant pas avoué quoi que ce soit ?
-Il fallait agir vite. Le major était affolé. C'est à ce moment là que, pris de colère, il se défoula sur Dieuleveult et Collette en les frappant avec sa ceinture. Puis il donna l'ordre à un de ses adjoints d'aller creuser deux fosses à l'ancien cimetière de Kikanda, non loin de la frontière angolaise. Dans la nuit du 8 au 9, à minuit, nous y avons emmené les prisonniers. Là, les mains liées derrière le dos, les yeux bandés et couchés au sol, ils furent exécutés à bout portant par des éléments de la DSP. Puis ils furent enterrés sans cercueil ni linceul, Collette et Dieuleveult dans une fosse, les trois autres dans l'autre.

N'auriez-vous pas pu vous interposer ?
-Qu'étais-je pour m'interposer ? Je n'étais rien, je ne pouvais rien. En cette période de dictature, il me fallait, moi aussi, tout faire pour sauver ma tête. (…) C'est ainsi que le 9, je reçus l'ordre de rendre fiable et plausible la version officielle : disparition accidentelle par noyade des membres de l'expédition Africa Raft.

Pourtant, il y avait des témoins pour dire le contraire.
-Nous nous sommes employés à les neutraliser. L'Américain et l'ingénieur zaïrois furent ramnés à Boma pour y être entendus. Il leur fut ordonné de changer leur version des faits. A l'ingénieur zaïrois, Tunasi Atanga, il lui fut rappelé qu'il était Zaïrois et que les intérêts du pays étaient en jeu face aux mercenaires payés par la Libye afin déstabiliser le Zaïre. On lui proposa sa vie et son emploi en échange de son silence. Pour convaincre l'Américain de se taire, on le menaça d'exhumer son dossier judiciaire : il avait été poursuivi pour pédophilie. Il promit le silence lui aussi.

Ne restait-il pas les radeaux intacts comme preuve de la non-noyade ?
-Nous sommes allés les détruire pour faire croire à un accident. Mais nous n'avons pu nous acharner que sur le Godlieve et le déplacer, car Amblard et Laurenceau risquaient de nous surprendre. Le Françoise, nous l'avons laissé sur place. Restaient les cadavres de Jeannelle et Hérault. Une équipe de la DSP les a déterrés et enterrés au cimetière de Boa, au pied d'une croix portant le nom de Bula Matari.

Pourquoi avoir poussé l'horreur jusqu'à affirmer qu'on avait retrouvé deux corps dans le Zaïre et que c'étaient ceux de Collette et de Dieuleveult ?
-Le corps de Guy Collette aurait été retrouvé le 19 août à Skinkakasa, à plus de 150 km d'Inga, et bien plus tard, le 16 septembre, celui de Dieuleveult. Pourquoi ces deux corps-là justement, ceux sur lesquels le plus de soupçons pesaient ? Je ne saurais le dire. Ils ont pourtant bel et bien été enterrés en ma présence. »

C'est donc de cette triste manière qu'aurait péri Philippe de Dieuleveult, lui qui nous a tant fait rêver en nous permettant de nous évader chaque semaine aux quatre coins du monde. Une fin injuste que personne, malheureusement, n'a pu confirmer par des preuves irréfutables, même si beaucoup y croient. Ainsi, Amblard et Laurenceau, dès le début, ont toujours été persuadés qu'une bavure avait eu lieu. Conviction partagée également par plusieurs membres de la famille de Philippe, ou encore par Colette Braeckman, journaliste belge réputée pour sa connaissance de l'Afrique, dans un livre consacré à Mobutu, Le dinosaure. Cette dernière cite d'ailleurs dans cet ouvrage le témoignage de Christian Prouteau, chef de la cellule antiterroriste de l'Elysée qui avait rencontré Philippe lors de sa brève escale à Paris fin juillet 1985. Prouteau s'est exprimé sur le sujet dans l'hebdomadaire français VSD du 29 septembre 1994 :

 « 
J'ai déjeûné avec Philippe le 28 juillet. Il voulait me remercier de lui avoir obtenu l'autorisation d'effectuer un reportage sur le GIGN. Il m'a raconté qu'il s'était embêté dans la première partie de l'expédition mais que les choses sérieuses allaient commencer. Je lui ai dit : « Les chutes d'Inga ? » « Non, a-t-il rétorqué, autre chose… » Et il n'a pas voulu s'étendre sur le sujet. J'ai toujours pensé qu'il avait un autre projet en tête, un scoop comme un reportage sur la Renamo, un mouvement de guerilla dans la région. Il m'en avait parlé à plusieurs reprises »

Ce témoignage confirmerait donc en partie certains des propos de Okito Bene-Bene sur les motivations parallèles à l'expédition proprement dite que Philippe aurait pu avoir…
Il faut cependant noter que la femme de Philippe, Diane, ne partage pas entièrement la thèse de la bavure, préférant rester beaucoup plus prudente sur la disparition de son mari. Dans son livre, intitulé tout simplement Philippe, elle explique avoir rencontré aux USA l'ingénieur américain cité plus haut. Ce dernier aurait été nettement moins affirmatif que lors de ses premières déclarations au Zaïre (mais ne serait-ce pas, là aussi, une confirmation des propos de Bene-Bene ?).
Diane de Dieuleveult s'est également rendue au Zaïre, où elle explique que le président Mobutu lui-même lui a offert son entière collaboration. Pour avoir vu les rapides d'Inga, elle explique avoir été impressionnée par la violence du fleuve. Sans vouloir être affirmative, Diane semblait donc tout de même (en 1986 du moins) pencher plutôt vers l' hypothèse de la noyade.

Révélations - La vérité sur la mort de Dieuleveult

Philippe Cohen-Grillet, le jeudi 16 octobre 2008 à 04:00

En marge de ses activités de journaliste et d’animateur, Philippe de Dieuleveult était membre du « service action » de la DGSE, les services secrets français. Il est probable qu’il se soit rendu au Zaïre afin d’établir des contacts avec l’opposition. Le régime de Mobutu avait eu l’indécence de restituer à la France le corps atrocement mutilé d’un « Blanc », censé être celui de Dieuleveult. L’identité de ce malheureux reste, aujourd’hui encore, inconnue. Quant à la dépouille de l’animateur, elle n’a jamais été retrouvée.

Des questions qui restent en suspens

Quant à certaines anomalies ou “oublis” de l’enquête, ils sont expliqués de vive voix, alors qu’on aurait aimé les voir expliqués plus clairement dans l’article de XXI. Un télex de l’AND annonçant le renvoi de Dieuleveult « et toute sa bande, de Matadi à Kinshasa », daté du 3 août, soit… trois jours avant leur arrestation à Inga : « C’est vrai, c’est bizarre, admet Anna Miquel, mais il y a peutêtre des anomalies dans les dates depuis le début. On ne sait pas exactement s’ils ont été arrêtés le 6. La première dépêche AFP date du 10. » Le corps du Belge Guy Colette, qu’elle signale comme disparu dans son article alors qu’il a été inhumé en Belgique et identifié grâce à un test ADN en 2001 : « Il y a des choses sur lesquelles j’ai des éléments mais qui doivent encore être creusées. » L’absence du témoignage des deux rescapés, Jean-Louis Amblard et François Laurenceau, qu’elle a cependant contactés : « Ils ne disent peut-être pas tout. »

L’écrivain-explorateur Patrice Franceschi, ami de Philippe de Dieuleveult, a participé aux opérations de recherche en août 1985. Il ne croit pas à la thèse de l’exécution : « Quand je suis arrivé sur place, je penchais pour la piste angolaise. Mais je me suis vite rendu compte que ces rapides étaient terriblement dangereux. Nous avons fait des tests avec des bidons lestés dans des Zodiac, ils ont été renversés par la puissance des vagues. À 90 %, ils se sont noyés. Ensuite, il y a les 10 % d’inconnues. Peut-être une bavure à Inga [thèse avancée par un ancien officier de renseignement zaïrois, Okito Bene-Bene, aujourd’hui décédé, dans son livre J’ai vu mourir Philippe de Dieuleveult]… On ne peut rien écarter. Mais exécuter un type aussi connu que Dieuleveult en le ramenant à Kinshasa, lors d’une expédition que tout le monde connaissait là-bas, cela me paraît impossible. » Ancien animateur de la Carte aux trésors, émission soeur de la Chasse, Sylvain Augier partage cette opinion. Sur un plateau de télévision, il déclarait que la mort de Dieuleveult n’avait rien de mystérieux. Il en est convaincu depuis qu’il a survolé le fleuve : « C’était une expédition mal préparée. »

Tugdual, le fils de Philippe, a coréalisé un reportage sur l’affaire en 2006, pour Lundi Investigation. Pour lui, des questions restent en suspens : « Il faut faire expertiser ces documents. Pour moi, il n’y a pas encore de réponse. Parmi les deux rescapés, Jean-Louis Amblard est persuadé qu’il s’est passé quelque chose, il ne croit pas à la noyade. Je vois mal une exécution : Richard Jeannelle, le photographe, connaissait très bien Mobutu. Quant à une mission de la DGSE pour saboter le barrage, cela me paraît difficile en venant d’un fleuve aussi agité, même pour une simple observation »

Il y en a un qui croit dur comme fer au “lâchage” de Philippe de Dieuleveult : son frère Jean, commandant en poste en Arabie Saoudite à l’époque. « Le problème, ce ne sont pas les Zaïrois, pense-t-il. Il a été donné par un service français, une officine, ou quelqu’un dans un service. » Il n’a pas digéré qu’on fasse passer pour le corps de Philippe ce qui s’est avéré, après autopsie à Paris, être celui d’un… Noir. Il brandit le rapport d’autopsie. « Sur place, le vice-consul Dupin m’a pris mon passeport, on a tout fait pour que je ne puisse pas voir ce corps. »

Il poursuit : « Je pense que Philippe avait une mission pour Elf au Cabinda. Son repérage au Zaïre, il avait dû le faire lors d’une Chasse aux trésors l’année précédente, comme semblent l’indiquer les interventions françaises qu’il relate à la page 28 de son livre. Il me disait beaucoup de choses. Je n’ai pas compris pourquoi il repartait sur cette expédition, alors que sa femme devait accoucher huit jours après. Il n’était pas bien, Fifi, comme lorsqu’il avait dû passer clandestinement la frontière thaïe.Tendu au téléphone, il m’a dit qu’il était obligé d’y aller. J’ai appris qu’à Roissy, alors que je devais partir pour l’Arabie et lui pour l’Afrique, il m’a cherché pendant une heure. » Jean de Dieuleveult a demandé une réouverture de l’enquête : « Je ne lâcherai pas. J’en veux à ceux qui l’ont trahi et qui les ont envoyés à la mort. C’était mon frère, merde… »

FRANCE.INFOS

Créé le 14/10/08 - Dernière mise à jour le 16/10/08 à 17h27

Anne Miquel, journaliste du magasine a assuré avoir obtenu, lors de plusieurs séjours dans la capitale de la République démocratique du Congo, des témoignages concordants faisant état de l'exécution par la DSP, après interrogatoires, des membres de l'expédition. Depuis plus de vingt ans, la noyade est la thèse officielle expliquant la disparition de l'animateur de "La chasse au trésor" et de ses compagnons. L'hypothèse de son assassinat avait déjà été évoquée en 1994 par un ex-officier des services secrets zaïrois. Il affirmait dans un livre intitulé J’ai vu mourir Philippe de Dieuleveult, avoir assisté à l’exécution du journaliste.

Il semble donc bien que Philippe de Dieuleveut ait pu être mêlé à un complot mais lequel ? Il devait s’agir de quelque chose de très grave car Richard Jeannelle, le photographe, connaissait très bien Mobutu et avait des entrées auprès de ce dernier, paraît-il. Et puis, à l’époque, les relations entre la France et le Zaïre étaient au beau fixe. Dans ce cas, si exécution il y a eu, cela ne se serait pas passé à Kinshasa comme l’a affirmé Okito Bene-Bene :

« A ce moment, nous avons reçu un message de la DSP : exécution discrète des prisonniers.-Il fallait agir vite. Le major était affolé. C'est à ce moment là que, pris de colère, il se défoula sur Dieuleveult et Collette en les frappant avec sa ceinture. Puis il donna l'ordre à un de ses adjoints d'aller creuser deux fosses à l'ancien cimetière de Kikanda, non loin de la frontière angolaise. Dans la nuit du 8 au 9, à minuit, nous y avons emmené les prisonniers. Là, les mains liées derrière le dos, les yeux bandés et couchés au sol, ils furent exécutés à bout portant par des éléments de la DSP. Puis ils furent enterrés sans cercueil ni linceul, Collette et Dieuleveult dans une fosse, les trois autres dans l'autre »

Qu’est-ce qui a pu motiver l’exécution rapide des membres de l’équipe de reportage  d’une émission aussi célèbre au risque de créer un incident diplomatique entre le Zaïre et la France, alors qu’on aurait pu les garder en prison en attente d’un procès ? Pourquoi le major Ngongo, qui ordonna l’exécution, eut-il la frousse sinon par peur de représailles ? Qu’est devenu ce major ? La DSP n’a pu agir dans ce dossier sans doute sensible sans l’aval de Mobutu lui-même. Les faire exécuter à Kinshasa aurait, advenant une indiscrétion, provoqué un tapage médiatique et révélé un secret d’État.

Je me souviens vaguement d’un écrit adressé au président Mobutu par un journal parisien avec ce gros  titre : « Monsieur le président, vous qui savez ! » Il n’y a jamais eu de réponse !

On a souvent adressé des reproches  à certaines personnes qui ont traité les politiciens de menteurs. Une nébuleuse histoire comme celle-là a de quoi faire réfléchir. Qui a oublié toutes les salades qu’on nous a servies à propos de la mort de notre héros national Patrice Lumumba avant que nous connaissions enfin la vérité ? Qui sait exactement les dessous des assassinats du président John Kennedy, de Che Guevara, d’Indira Gandhi, de Marien Ngouabi, de Laurent-Désiré Kabila, de Lady Diana, de Pierre Mulele, d’Aldo Moro, du général Masiala, de Tupac et de tant d’autres ? Ceux qui savent se taisent. Motus et bouche cousue ! Pour quelles raisons ?

Pourquoi les enquêtes piétinent-elles ? On se souviendra que tout dernièrement, l’ancien vice-président Dick Cheney a élevé le ton lorsqu’il a été question de révéler les dessous de la C.I. A. au sujet des méthodes utilisées lors des interrogatoires des prisonniers de Guantanamo.  Dans quel monde vivons-nous avec nos politiciens ? Celui du mensonge institutionnalisé pour des soi-disant « raisons d’État » et craintes de poursuites ? Si eux, qui sont supposés nous protéger, se prêtent à ce jeu, que vaut notre peau, nous qui sommes de simples citoyens ? Y a-t-il vraiment une justice dans ce monde ou sommes-nous de simples marionnettes et des canards boiteux ?

Par Célestin S. Mansévani - Communauté : cinémusique
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