L'eau empoisonnée.

Publié le par Vieuxvan

L’eau empoisonnée.

Chaque jour, lorsque je rentre chez-nous, je consulte les articles consacrés à la République Démocratique du Congo. Ce soir, j’en ai repéré deux qui parlent de la pénurie d’eau dans deux quartiers de Kinshasa.

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L’eau est une denrée très chère. Quand j’étais jeune, je croyais que l’eau coulait partout. À l’époque, la télévision n’existait pas encore chez-nous. J’étais donc mal informé à ce sujet, d’autant plus que j’écoutais souvent la chanson de Franco qui disait ceci :

Nakendeki epai ya Caroline. Mposa ya mai esalaki ngai

Nasengi mai ye apimeli ngai. Mawa na ngai nazangaki mai

Oh ! Yo Caroline, ata mai ya pamba . Opimeli ngai lokola bilei

Mayi masanga te oh ! Mayi Nzambe asala. Opimeli ngai lokola bilei.

La chanson de Franco se trouvait corroborée par la situation que je vivais à l’époque. Je n’ai jamais connu une pénurie d’eau. Au Bas-Congo, il y avait de grandes rivières.

À Inkisi coulair la rivière Inkisi, à Moerbeke et Kimpese, nous traversions la Kwilu, à Kizoladio alias Mvelezi, village natal de ma mère Thérèse Nsemba s’écoulait la Lungezi qui séparait la RDC de l’Angola. Je ne me suis jamais hasardé aux abords de ces grands cours d’eau par peur des crocodiles. À vrai dire, les ens de la région d’origine de mes parents n’étaient pas de grands nageurs comme ceux de l’Équateur, par exemple, qui se vantent d’être des « Bana Mai » Ceci dit, à Mbanza-Ngungu et à Mbansa-Mboma, nous avions l’eau courante.

À Songa-Lumueno, le village natal de mon père Léonard Ndongala Nsingani, coulaient une rivière et un ruisseau. L’eau des deux était claire par endroits et l’on pouvait y apercevoir de petits poissons et des têtards nageant. Dans la rivière Lwanza, il fallait gagner les endroits plus profonds pour dénicher et pêcher les gros poissons : anguilles, silures chats, « nkamba », « nzonzi » (ne m’en voulez-pas si je n’en connais pas la traduction en français), etc.  En ce qui a trait au ruisseau  Lukaya,  l’eau y était encore plus claire puisque, en amont, elle sortait directement d’une source naturelle mais rien ne garantissait que dans son débit elle demeurait propre à la consommation. Pourtant, il m’est arrivé d’en boire lorsque notre provision d’eau de source que nous avions emportée au champ dans des calebasses  était épuisée. Il ne faut pas s’étonner dès lors qu’on ait découvert des vers intestinaux  (ascaris) lors de nos examens de selles consécutifs à des maux au ventre.

L'EAU QUI TUE

La sœur qui m’a suivi est morte de bilharziose. Et, moi, j’avais horreur des médicaments ! Lesquels ? De l’huile de ricin ou du « pulukanti »( purge, un puissant laxatif au goût de bicarbonate de soude) Pouah ! Mais il fallait bien. Par contre, nous avions deux sources d’eau, toutes deux situées à flancs de collines. L’une s’appelait Ngidi. Elle était située à l’est à un kilomètre du village. L’autre, se trouvant à l’ouest, était celle de Lukaya d’où coulait le ruisseau dont je vous ai parlé.

À Kinshasa, je ne me suis pas trop posé la question étant donné que nous consommions l’eau de la Regideso qui était traitée en permanence.  Lorsque je fus secrétaire communal à Ndjili, les installations de la Regideso se trouvaient juste à une centaine de mètres de ma résidence en face du quartier 3, derrière le dispensaire, sur la portion-est de la boucle qui relie le boulevard Lumumba à la Place Ste-Thérèse. Cependant, plus tard, alors que j’avais depuis longtemps déménagé de Ndjili, il y a eu des rumeurs de corruption de l’eau. J’ai connu un vieux travailleur de la Regideso, aujourd’hui décédé. Il était mon voisin de quartier à Limete. Il m’a raconté des scènes dont il fut témoin notamment du sang de victimes de tortures du camp Tshatshi versé dans le fleuve Congo ainsi que des corps repêchés à la hauteur de Kinsuka. Je sais que ces deux témoignages ont été confirmés dans deux documents que j’ai lus. Je ne me souviens plus des sources malheureusement.

J’aurais pu vérifier l’information à l’époque mais je ne voulais pas ternir mes relations avec le vieux Tshiongo, PDG de la Regideso à l’époque. J’avais fait sa connaissance en réalisant un petit reportage sur cette grosse entreprise au temps où je réalisais l’émission « La Kinoise » (1972) Le building de la Regideso se trouvait sur le boulevard du 30-Juin presque en face de l’entrée principale de l’ancienne RTNC. Nous sommes restés en contact. Cependant, des rumeurs ont couru plus tard à l’effet qu’il fût de mèche avec le président Mobutu dans le versement du sang dans le fleuve qui avait pour but d’envoûter la population kinoise et la rendre docile au Président, comme sous le pouvoir de l’opium.  Moi, chaque fois qu’il s’agissait d’allégations de magie ou de sorcellerie, je me réservais d’en parler, surtout avec de hautes personnalités. « Toute autorité vient de Dieu » dit-on. J’ai toujours respecté les autorités, mes supérieurs et quiconque était plu âgé que moi. C’est peut-être pour éviter d’aborder un sujet aussi délicat basé sur des rumeurs que je n’ai plus contacté le PDG Gilbert Tshiongo Tshibinkubula, un homme qui n’avait pas la tête d’emploi d’un méchant. J’ai appris plus tard qu’il avait été emprisonné en 1997 avec les autres PDG, dont Jeannot Bemba Saolona, Jonas Mukamba Kadiata, Landu Lusala Kassa et autres lors de du coup d’état du président Laurent-Désiré Kabila. À ce jour, je crois qu’il est toujours député après avoir été pendant quelques années gouverneur de la province du Kasaï occidental. Les Dépêches

Revenons à notre sujet du jour : l’eau. Heureusement que, dans sa chanson « Mai masanga te »,  Franco Luambo Makiadi parlait juste en qualité de Congolais. En effet, en République Démocratique, avec le fleuve, ses affluents, les rivières, ruisseaux et sources, l’eau est pratiquement à la portée de tous. Au Québec aussi, la situation est la même. C’est une province assise sur des lacs et des rivières, sans compter le fleuve St-Laurent qui la traverse d’un bout à l’autre. En tout cas, Franco doit s’être rendu compte plus tard que l’eau valait  plus cher que l’alcool, contrairement à sa chanson.

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L’eau a d’ailleurs été le thème principal du grand spectacle donné par le premier « clown de l’espace », Guy Laliberté, un Québécois, fondateur et grand patron du Cirque du Soleil, qui, après avoir dépensé 35 millions pour visiter la station spatiale, a animé à partir de celle-ci une grande émission de variété retransmise à travers le monde avec des séquences reliées les unes aux autres, provenant de tous les continents.  Ce fut un succès sans précédent !

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Trente-cinq millions de dollars ! Il faut le faire ! En tout cas, j’ai suivi son spectacle. En ma qualité de réalisateur ayant coordonné de grands événements comme la visite du Pape Jean Paul II au Zaïre en 1980 et l’inauguration de la Cité de la Voix du Zaïre (1976), je dois vous dire qu’il a fallu beaucoup de préparation à l’équipe au sol qui a coordonné cet événement. Il devait y avoir un réalisateur sur place à chaque ville de la planète ainsi qu’un script bien précis pour que chacun intervienne au moment convenu. Je ne compte même pas les répétitions qui ont eu lieu à chaque endroit. Quand le commun des mortels voit un grand spectacle, Kin-Kiese (Variétés Samedi Soir) par exemple, il ignore souvent que cela requiert des journées de répétitions pour les artistes et l’équipe technique.  C’est pourtant rien, comparé à un événement comme l’inauguration de la Cité de la Voix du Zaïre où nous avons dû faire usage des caméras de plusieurs de nos studios combinées à celles de nos deux cars de reportage. Il fallait un réalisateur à chacun des studios, le fixe (Régie finale, studio A et B.) ainsi que les deux mobiles (cars de reportage) Et puis…Avec les artistes, on pouvait répéter, mais lorsque le président Mobutu s’amène en direct avec ses homologues des autres pays, il ne faut surtout pas pavoiser. Tout doit être à poil car il suffit du moindre grain de sable pour que tout foire et bascule. Heureusement, nous répétions quand même avec un substitut. Dans le cas du président Mobutu, le vieux « Carbure », notre  ministre Bula Mandungu, s’est lui-même s’est prêté à l’exercice.

Tout cela pour vous dire que coordonner le spectacle du « clown de l’espace » Guy Laliberté et de ses réalisateurs n’était pas du gâteau et mérite mon coup de chapeau. Ce spectacle inouï aurait dû donner un coup de pouce à la Conférence de Copenhague sur l’environnement  qui avait à son calendrier la problématique de l’eau.

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Hélas ! Malgré la présence des présidents de républiques, leurs fortes délégations ainsi que des spécialistes en environnement les plus chevronnés, le miracle tant attendu à Copenhague n’a pas eu lieu. Notre planète est donc toujours en danger.

VEOLIA ENVIRONNEMENT - Veolia Environnement - Conférence de ...

Force nous est donc d’en revenir aux anciens clichés qui nous donnaient un signal sans équivoque du spectre des bouleversements climatiques qui  nous menace.

En ce qui a trait à l’eau, quel est l’état de la situation ?

Faire face à la pénurie d'eau

Pénurie d'eau : Quelles solutions pour l'Afrique?

La planète menacée par une pénurie d'eau - LeMonde.fr

Avoir accès à l’eau, c’est une chose. En avoir qui soit potable est une autre paire de manches. En Amérique du Nord, le cas qui nous préoccupe le plus est celui de Los Angeles et la Californie. Les riches, qui avaient l’habitude d’arroser leurs belles pelouses, ont été invités à économiser l’eau pour prévenir une pénurie généralisée. À toutes fins utiles, c’est toute la Californie qui est affectée par ce problème.

Californie : la pénurie d'eau préoccupe à tous les niveaux ...

L'Ouest américain sous la menace de pénurie d'eau - France USA Media

Vous trouverez sans doute étrange qu’un État situé sur la côte de l’Océan Pacifique éprouve des problèmes d’eau courante. C’est un des états les plus peuplés des États Unis. La demande en eau est très considérable. Heureusement pour les Californiens, ils peuvent recourir à des solutions telles que le dessalement.

Cécile - Reportage - blog: La Californie veut rendre l'eau du .

La qualité de l’eau est essentielle à la santé. Le plomb et les bactéries sont des composantes qui peuvent rendre l’eau impropre à la consommation. Ici, au Québec, le gouvernement veille à la qualité de l’eau.

L'environnement à Montréal

Qualité de l'eau - Québec

Eau potable - Santé environnementale - Ministère de la Santé et ...

Malgré toutes ces précautions et garanties, il arrive que des citoyens dénoncent la qualité de leur eau ou que des annonces invitent à faire bouillir leur eau avant de la consommer. Depuis huit ans, mon épouse et moi avons reçu la visite d’agents d’une compagnie qui installe des filtres pour améliorer la qualité de l’eau. Au cours d’une démonstration, il a été établi que l’eau qui sort des robinets n’est pas aussi pure qu’on le prétend. Ainsi, nous avons fait installer des filtres d’eau chez-nous. Nous avons fait la même chose avec l’air aussi. La compagnie vient les remplacer en chaque début d’année moyennant des coûts supplémentaires.

Ceci m’amène à vous parler d’un autre article qui a attiré mon attention.

RD CONGO : Le vieillissement de l'infrastructure d'eau crée plus ...

La vétusté des installations d’épuration et de conduction d’eau revêt aussi une importance capitale pour la qualité de l’eau. Après plusieurs années, les installations et tuyaux qui desservent les ménages kinois en eau potable ont besoin d’être renouvelés, c’est sûr ! Voici l’extrait d’un article qui nous donne une idée de ce que pourrait nécessiter la remise à neuf des installations de plomberie d’adduction d’eau.

Investissement Canada-Québec de 4 867 734 $ pour la collecte et l ...

Le projet consiste à mettre en place un réseau d’égout domestique jumelé à la construction d’une station d’épuration. Les travaux prévoient également le remplacement de conduites de distribution d’eau potable sous diverses rues. Quelque 173 personnes pourront bénéficier de ce projet.

A la lumière de ce qui précède, il appert que renouveler les tuyaux qui achemine l’eau de la Regideso dans les ménages kinois requerra de grands travaux. J’espère que, avec les cinq chantiers en cours annoncés par le président de la République, cette situation sera réglée au plus sacrant. Je m’interroge cependant pour savoir comment la population pourra s’approvisionner en eau potable pendant la durée des travaux.

En attendant, j’espère que les autorités font des campagnes de sensibilisation pour prévenir les maladies dues à la consommation d’eaux insalubres et que la population est invitée à faire bouillir l’eau chaque fois que les circonstances l’exigent.

Nous contactons souvent des maladies à cause de la qualité de l’eau. Sachez, mes chers amis, que celui qui consomme de l’eau insalubre absorbe du poison. 

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