L'heure juste.

Publié le par Célestin S. Mansévani

L’HEURE JUSTE

Maman Thérèse Nsemba, ma défunte mère, m’a légué un grand héritage avec ses nombreux contes. Ils ont ouvert mon cerveau à l’imaginaire. Malheureusement, ma mère n’a jamais été à l’école. Elle était donc une analphabète. Je viens seulement, il y a de cela quelques années, d’écrire une trentaine de ces contes pour moi et pour la postérité si Dieu me prête vie.

L’une des lacunes que l’on reproche aux Africains, c’est l’absence de tradition écrite. Beaucoup de guérisseurs et sages sont passés de vie à trépas sans avoir légué leur savoir à l’un des leurs parce qu’ils gardaient tout pour eux et étaient réticents à le vulgariser. Heureusement que les universités ont formé des historiens et des anthropologues qui tentent de remédier à cette situation.

Il était temps car l’insuffisance de documents écrits donne souvent lieu à de mauvaises interprétations puisque les narrateurs de notre passé se basent sur des témoignages verbaux. Or, les Romains disaient : « Traddutore, traditore » (traduire c’est trahir). Il n’est pas toujours facile de rendre fidèlement les propos recueillis d’un témoin de notre histoire. Souvent, les versions des témoins divergent et même les personnes concernées personnellement par des événements peuvent eux-même se tromper ou avoir des trous de mémoire. J’ai déjà écouté les commentaires d’un des fondateurs de l’orchestre Simba qui disait avoir rappelé à Rochereau Tabu Ley une de ses vieilles chansons. Ce dernier semblait ne plus s’en souvenir. Tous ceux qui rapportent les événements du passé ne sont donc pas à l’abri de quelque errance.  Et puis, nous ne sommes pas à la merci des bobards et racontars.

Je viens dernièrement de lire deux articles intéressants. Le premier débute ainsi:

Le souvenir de Luambo Makiadi Franco et l'Ok Jazz - Congopage

Par Clément OSSINONDE

Dimanches après midi, parallèlement à leur emploi pendant la semaine au studio, se constituent ainsi en orchestre qui porte l’appellation « OK JAZZ ». L’idée est venue de Jean Serge ESSOUS qui avait trouvé mieux d’honorer Oscar Kashama pour la noble initiative prise par lui d’octroyer au groupe, les instruments et le bar. Le nouvel orchestre sous la houlette d’Oscar KASHAMA « Kassien » compte au début près de 10 musiciens : ESSSOUS – LUAMBO « Franco » – LOUBELO « De la lune » LANDO « Rossignol » – PANDI « Ben » – MONIANIA « Roitelet » – DIABOUA « Lièvre » – LIBERLIN DIOP – PELLA « Lamontha » BOSUMA « Dessoin », avant de se fixer au nombre de 7 à la sortie solennelle qui a eu lieu le 20 Juin 1956 au Parc de Boeck (Parc du zoo) , notamment : Jean Serge ESSOUS, chef d’orchestre (clarinette) – François LUAMBO « Franco » et Daniel LOUBELO « De la lune » (guitare)- José Philippe LANDO « Rossignol » et Victor LONGOMBA (chant) Saturnin PANDI « Ben » et Nicolas BOSUMA « Dessoin » (tumbas)

Je m’étais souvent posé la question de savoir quels étaient les vrais co-fondateurs de cet orchestre. D’une part, en écoutant « Tozali se motoba », on a l’impression qu’ils étaient six. Ils en citent même sept. D’autre part, dans d’autres chansons, Rossignol nous donne une autre composition de l’orchestre où Essous Serge, Pandi, Loubelo alias De la Lune et lui-même figurent notamment. L’article de Clément Ossinonde lève l’équivoque à ce sujet. Edo Nganga, Célestin Nkouka et Armando Brazzos ont intégré l’orchestre plus tard.

Le deuxième article qui a monopolisé mon attention est celui d’Emmanuel Kandolo sur Mboka Mosika

Lundi 19 octobre 2009
Communauté :
Retrospective

Emmanuel Kandolo répond....

Il nous édifie notamment sur les rôles qu’ont joué beaucoup de nos dignitaires militaires dans l’histoire du pays. Certaines révélations ont de quoi donner le frisson.

À coté de certaines pratiques décriées, Guantanamo n’est qu’un dortoir pour enfants de chœur !

J’ai beaucoup apprécié l’apport de ces deux compatriotes qui nous ont donné l’heure juste sur des faits historiques qui nous ont dans certains cas mal rapportés par ceux-là mêmes qui en étaient les acteurs ou, dans d’autres cas, par des proches, amis ou collègues qui prétendaient ou croyaient savoir mais qui pouvaient être victimes de l’erreur. Ces deux écrits constituent de vraies mines d’or pour l’histoire de notre pays.

J’ai souvent ouï dire « Ce gars-là est une véritable mémoire ambulante » D’accord, mais  qu’adviendra-t-il après sa mort ?

Je souhaite donc que ces auteurs écrivent des livres ou, si ce n’est déjà fait,  qu’on les aide à le faire.  À défaut d’archives, leurs écrits auront contribué à constituer des bibliothèques auprès desquelles les générations actuelle et future pourront aller glaner des données et informations importantes pour les aider à reconstituer un tant soit peu une partie de l’histoire de notre pays. Je l’ai souligné dans mon article intitulé « À propos de la vulgarisation du cinéma congolais », il est essentiel que les événements et personnages historiques de notre pays soient consignés dans des livres et ouvrages durables pour qu’ils ne soient pas effacés de la mémoire collective.

Le Ministre de la Culture devrait sérieusement se pencher sur la question et nous permettre à nous tous, fils du pays, qui tâtonnions ici et là, à la recherche de notre passé historique et culturel, d’avoir,  cette fois, une fois pour toutes, l’heure juste. « Verba volant ; scripta manent » (Les paroles s’envolent mais les écrits demeurent)

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