Les bonnes manières.

Publié le par Célestin S. Mansévani

Les bonnes manières.

Il y a deux jours, je vous ai entretenu des Congolais qui vivent en ghetto. Aujourd’hui, je vais vous parler des bonnes manières.

L’autre jour, j’étais en train de prendre ma douche. Soudain, j’ai entendu quelqu’un sonner à notre porte. J’étais seul dans la maison. Le temps de sortir de la douche et de me diriger vers la porte, la sonnerie s’est à nouveau fait entendre. Je suis parvenu enfin à la porte, je l’ai ouverte et je me suis retrouvé devant une cliente de ma femme, impatiente. Elle venait voir celle-ci sans rendez-vous. Je lui ai dit qu’elle était à sa boutique. Elle aurait dû le savoir puisque c’est une cliente de longue date. Est-ce que vous ne pouvez pas lui téléphoner de ma part ? Le téléphone se trouvait loin dans le deuxième salon. Je lui ai dit : « Attendez que j’aille m’essuyer. Je me trouvais sous la douche » Elle devait bien le voir puisque j’avais ma serviette nouée autour des hanches et le haut de mon corps ruisselait d’eau. Ma femme a horreur que j’expose le haut de mon corps devant des visiteurs surtout lorsqu’il s’agit de femmes. Elle m’a dit : « J’ai failli m’en aller » Je lui ai répondu : « Vous avez le téléphone ? Pourquoi n’avez-vous pas téléphoné ? Et si j’avais été absent ? »

Les scènes de ce genre sont  monnaie courante. Moi, je suis un homme de logique. Je ne peux pas comprendre que quelqu’un aille en visite chez une autre personne quelqu’un sans rendez-vous ou s’annoncer par téléphone. Personne n’est chez soi 24 heures sue 24 ! Si on était en Afrique où il n’y a pas toujours le téléphone, je comprendrais mais pas au Canada quand même !

Ce n’est pas le premier incident avec cette bonne dame. Elle est travailleuse de nuit. Il lui est arrivé plusieurs fois de nous téléphoner à 5 heures 30 de matin pendant que nous étions encore endormis en disant : « J’ai fini mon travail plus tôt; j’ai cru bon en profiter pour vous appeler avant de retourner chez-moi » À cette heure-là les gens sont couchés ! Ici les bureaux et entreprises ouvrent à 9 heures. Les employés se lèvent entre 7 et 7/2 pour se préparer à sortir de chez-eux ! Et de s’enquérir au téléphone : « Est-ce que na dérangé bino ? » Quel cynisme ! Moi, quand on dérange mon sommeil, je ne suis plus capable de me rendormir. Or mon cerveau a besoin de repos pour bien performer. C’est comme ça pour tous les auteurs, qu’ils soient peintres, musiciens, écrivains ou scénaristes.

J’observe certains de mes compatriotes et je me rends compte qu’ils ont gardé leurs manies africaines. Certains patrons se plaignent d’eux parce qu’ils s’absentent sans donner de raison ni téléphoner pour s’excuser. Après, ils prétendent que c’est parce qu’ils ne se sentaient pas bien. Il y en a qui ont été virés à cause de ça. Et c’est la réputation des Africains qui en prend un coup. On dit de nous que nous sommes des paresseux et que nous arrivons très souvent en retard à nos rendez-vous. C’est une  indélicatesse que de faire perdre le temps à quelqu’un qui nous attend. « Time is money ». Le temps,  c’est de l’argent! Je ne sais si c’est vrai ou faux. J’ai appris un incident qui se serait déroulé en France il y a une vingtaine d’années avec l’orchestre Zaîko Langa-Langa. Il devait entrer en studio pour enregistrer un disque à partir de 9 heures. Le producteur et le patron du studio ont attendu jusqu’à 14 heures pour que le premier musicien pointe son nez. Ils n’étaient pas les seuls inscrits au calendrier de la location du studio. L’enregistrement a du être différé et le producteur a perdu des sous !

Passons à autre chose ! Deux Congolaises travaillaient avec une Québécoise francophone. Très souvent, les deux compatriotes ne se gênaient pas de délaisser le français pour se parler en lingala. La pauvre autre employée croyait que ses collègues disaient du mal d’elle et ne voulaient pas qu’elle comprenne leurs propos. Après s’être plusieurs fois plainte, elle n’a eu d’autre choix que d’aller trouver la patronne qui a remercié les deux Congolaises.

Une autre de nos mauvaises habitudes, c’est de parler fort. Beaucoup de Congolais ont eu maille à partir avec leurs voisins à cause du bruit. Ici, la loi veut que, après 23 heures, chaque résident s’abstienne de faire du bruit pour ne pas déranger le sommeil de ses voisins. Les Congolais le savent mais c’est plus fort qu’eux. « Nzete etengama bomuana » Tenez ! Lorsqu’ils louent une salle à l’occasion d’une fête ou d’un événement, ils débordent de l’heure de fermeture convenue ; des fois, quand il s’agit de jeunes, des bagarres éclatent pour des raisons futiles. Qu’est-ce qu’il en résulte ? Des voisins téléphonent à la police.

Il ne faut pas prendre comme prétexte que c’est parce que nous vivons à l’étranger. Toutes les situations que je viens d’évoquer auraient bien pu se passer au pays. Elles se seraient terminées par de la dispute. Chez-nous, au pays, c’est normal qu’il y ait de la dispute. Ici, les gens sont individualistes et n’aiment pas qu’on dérange leur quiétude. Alors, ils téléphonent tout de suite au 9-1-1.

Il est grand temps que nous prenions les bonnes habitudes. On ne le répétera jamais assez : la liberté d’un individu s’arrête où commence celle de l’autre.

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