Les risques du métier.

Publié le par Célestin S. Mansévani

LES  RISQUES  DU  MÉTIER.

Dans mon adolescence, j’étais trop jeune et encore sur les bancs de l’école. Je ne lisais les journaux que d’un œil distrait sauf lorsqu’il s’agissait de contempler des photos de plongeons spectaculaires de Boniface Kibiasi alias Vignal, le gardien de buts vedette de notre génération. Je les découpais et les collais aux murs de ma chambre. À vrai dire, bien que la musique accaparât mon imaginaire, je n’avais pas l’habitude de lire des articles de nos musiciens dans les journaux. Je ne me souviens même pas si l’on parlait d’eux dans les quotidiens de l’époque. Je n’ai donc pas eu l’occasion de rencontrer en personne des  journalistes célèbres de l’époque. Je me rappelle vaguement Muissa Camus qui écrivait dans un journal catholique, l’Actualité africaine, je crois. Plus tard, juste après l’indépendance, j’ai pris l’habitude de jeter de temps à autre un coup d’œil ici et là dans les quotidiens de l’époque juste par curiosité. De voir que des Congolais avaient pris le pouvoir à la place des Belges me galvanisait sans pour autant susciter en moi un penchant vers la carrière politique. J’ai ainsi découvert des journalistes dont Raphaël Mpanu-Mpanu (Courrier d’Afrique), Joseph Mbungu (La Presse), et Paul Bondo (Étoile du Congo)

J’ai connu le vieux Mpanu-Mpanu, alias Dipanda, au Collège de Mbansa-Mboma. Il était de la quatrième promotion avant la nôtre. Il ne me connaissait même sûrement pas. J’ai gardé deux souvenirs de lui. Le premier se passait sur le terrain de football où, après le dîner, tous les élèves se regroupaient par classes et jouaient au foot. Peu importe, qu’on fut bon ou mauvais, chaque élève devait participer au jeu. Nous avons connu de vrais phénomènes comme Gaston Ngambani alias Gabin, un dribbleur hors pair mais aussi de vrais nuls comme notre vieux Dipanda. Il courait vite mais il manquait souvent ses tirs, ce qu’on appelle communément « kokata duma » Il nous faisait vraiment rire. Le deuxième souvenir m’a été rapporté par ses collègues de classe. Imaginez-vous, en 1957, il s’était permis de rudoyer le père Michel Deckers, son professeur de troisième latine et c’est cet acte qui lui avait valu d’être renvoyé du collège. Il fallait avoir du culot à cette époque-là ! Le père Michel, titulaire de la 3ême année gréco-latine, nous a appris la dissertation et la description. La majorité de mes condisciples le haïssaient. Ancien aumônier militaire et para- commando belge, qui avait fait la guerre de Corée, il était très exigeant et avait des humeurs changeantes. Dans la même journée, il pouvait vous féliciter d’être tous les meilleurs élèves de la planète puis dans le cours suivant vous traiter tous de pitres et bons à rien.

À l’époque, les écoles laïques étaient mal vues des pères Jésuites et notre professeur n’hésitait pas de dire à l’un ou l’autre d’entre nous: « Tu vas aller planter les choux à Ngiri-Ngiri » ( Il faisait allusion à l’Athénée de Ngiri-Ngiri) Quoi qu’il en soit, personnellement j’ai gardé de bons souvenirs de lui. Il m’a appris beaucoup. Je le vois encore sillonner les corridors du collège, lisant son bréviaire pendant que nous nous trouvions dans la cantine. Puis, soudainement, il entrait dans celle-ci et jetait un regard à la ronde. Dès qu’il repérait un garçon qui était mal assis ou qui faisait montre d’un manque de bonnes manières, il s’approchait de lui et lui donnait un violent coup de coude dans les côtes. Puis, il ressortait, sans avoir dit un mot, lisant toujours son bréviaire.

Bien que le cours d’initiation au savoir-vivre ne fût pas partie du programme, lui nous apprenait les bonnes manières : Ne pas parler aux autres en mangeant, se boucher la bouche en toussant ou en baillant, ne pas poser ses pieds sur la table, ne pas roter ni péter en public, ne pas poser ses coudes sur la table en mangeant, etc.

Un jour, nous nous trouvions dans notre classe. À l’époque, j’étais en cinquième gréco-latine, l’équivalent de la 2ème secondaire. Nous avions une classe de débiles. Au lieu d’étudier, nous faisions du boucan. Certains chantaient. Un de nos collègues, Fabien Zitu alias Mara, était en train de s’exhiber, se dandinant en équilibre sur une de ses jambes, aux cris de « Rara…Rara…Rara… » Un autre, Philippe Kabuiku Mafuala, avait mis un masque de fantôme sur son visage. Attiré par ce tintamarre, le père Deckers, toujours lisant son bréviaire, est venu aux nouvelles. Juste lorsqu’il s’est pointé à la porte de la classe, il s’est retrouvé en face de Philippe avec son masque de fantôme. Il a sursauté et lâché son bréviaire. Il a observé un moment les élèves dérangeurs qui reprenaient leurs bancs. Ensuite, il a ramassé son bréviaire tombé et il est reparti. Le calme est revenu dans la classe. Le lendemain matin, quatre de nos condisciples ont été convoqués au bureau du recteur: Fabien « Mara », Philippe Kabuiku, Théophile Mundele (devenu plus tard journaliste au quotidien Salongo) et Urbain Mandina. Ils ont été tous renvoyés du collège.

Cela ne nous a pourtant pas ralentis. Notre dortoir était adjacent au bâtiment réservé aux pères professeurs. Le lendemain, sans doute pour protester contre le renvoi de nos condisciples, nous avons remis ça. Nous nous sommes mis à chahuter et à chanter une chanson tirée de la pièce « Le moulin à vent » d’Alphonse Daudet qui venait d’être interprétée une semaine plutôt par des aînés dans notre salle des fêtes : « Ah ! Pauvre Nicolet, le triste sort vraiment, être un petit valet, dans un moulin à vent » Le père Michel, toujours lui, est entré dans le dortoir. Cette fois l’un d’entre nous l’avait vu venir et nous avait prévenus. Dès qu’il est entré, tout le monde s’est tu. Il a fait quelques pas, se rendant vers l’autre bout de la pièce. À cet instant, ceux qui se trouvaient derrière lui on crié « Ah ! Ah ! » (il avait plusieurs tonalités allant de l’aigu au grave, très énervant)  Il s’est retourné et il est revenu sur ses pas. Le bruit s’est arrêté de ce côté mais à l’autre bout du dortoir, un autre « Ah !Ah ! » a jailli. Il s’est de nouveau retourné et s’est dirigé du côté du bruit. Celui-ci s’est arrêté mais derrière le dos du prêtre cela a repris. Le manège s’est reproduit trois fois. De guerre lasse, le père s’est écrié : « Je sais que vous ne dormez pas. Levez-vous, tous et mettez-vous à genoux» Nous ne nous sommes pas fait prier. Il nous a planqués là et il est reparti. Au lever du jour, le père recteur est venu nous demander de regagner nos lits et il nous a crié : « Je vous mets en garde ! S’il faut en renvoyer douze par jour, je n’hésiterai pas » À ce rythme-là, il ne faut pas s’étonner que des 53 élèves que nous étions en classe de 6ème, nous nous soyons retrouvés en classe de Poésie, en juin 1960, après notre transfert au Collège Albert 1er, qu’à huit : André Ilongo, René Luaka, Philippe Batutiako, Gabriel Ndombi, Gabriel Mundele, Célestin Nsila et moi-même ( le nom du 8ème m’échappe)

Bon. Revenons-en à Raphaël Mpanu-Mpanu. Son geste, qui collait parfaitement bien avec son sobriquet de « Lipanda », lui valut d’être expulsé illico presto du collège. Plus tard, j’ai appris qu’il s’était lancé dans le journalisme et encore un peu plus tard dans la politique, les affaires et le sillage du président Mobutu. Il y a un autre des trois journalistes cités que j’ai aussi connu personnellement. Il s’agit de  Paul Bondo (Nsama). Nous avons terminé la même année au Collège Albert 1er, lui en 1êre Scientifique B et moi en Rhétorique.

Paul écrivait déjà dans le journal Étoile du Congo où il couvrait des événements sportifs particulièrement les matchs et nouvelles de football. Il écrivait déjà très bien et signait « Bopol », je crois. Je n’ai pas été étonné de le voir devenir président directeur général de l’Étoile du Congo, devenu journal Salongo avec le recours à l’authenticité, un journal qui a eu ses vedettes comme Eddy Mavomo, Théo Mundele, Triphon Mulumba Kin-Kiey, Bazakana Bayete et autres. Depuis l’avènement du Nouveau régime et mon emploi à Télé-Zaïre, le cercle de mes relations avec les journalistes s’était agrandi, il va de soi. Cependant, à aucun moment, de mémoire, je ne me souviens pas d’un journaliste tué comme c’est le cas aujourd’hui.

PANA DÉPÊCHES

Les journalistes de la RDC manifestent contre l'insécuritéKinshasa, RD Congo (PANA) - L'Union nationale de la presse congolaise (UNPC) a organisé ce jeudi dans plusieurs villes de la RD Congo (RDC) des marches de protestation contre les assassinats et les menaces de mort dont sont victimes plusieurs journalistes locaux.    

Il y a bien eu quelques victimes de la colère de Sese Seko. Avant que j’arrive à la télé, une équipe d’antenne dont faisaient partie le cameraman Fabien Yane et le preneur de son Simon Kimpianga, s’était retrouvée un jour au cachot de Kalamu pour une erreur à l’antenne. Les pauvres gars avaient reçu des taloches et des crosses de fusils sur la tête pendant deux ou trois jours avant d’être relâchés. Ils avaient appris leur leçon !

Moi-même j’ai failli connaître le même sort. C’était juste après que le président Mobutu eut instauré le recours à l’authenticité. Les studios de la Voix du Zaïre et de Télé-Zaîre se trouvaient encore sur l’avenue de la Justice dans la commune de la Gombe. Je faisais mes débuts à la tété de retour de mon premier stage de formation à Paris. J’étais encore assistant à la réalisation. Revenu d’un voyage au Maroc, Vieux « Seskou » suivait le reportage de ladite visite quand soudain, au lieu de « le président Mobutu Sese Seko », la voix du commentateur dit : « le président Joseph-Désiré Mobutu » J’interrompai le reportage et mis un film de secours en attendant. Dans la minute suivante, le téléphone se mit à sonner. Le président fulminait. Mes patrons s’étaient fait enguirlander. Le secrétaire général Dongo Badjanga Eseko Obala vint personnellement s’enquérir de la situation. D’en très haut lieu, il avait reçu cet ordre: « Ce gars-là (moi) est fini » Bien que je fusse en train de trembler, j’expliquai au secrétaire général et à Lukunku ce qui venait de se passer. Ce n’est pas moi qui avais filmé ni commenté ni monté le reportage. Le boss Dongo  demanda à Lukunku, alors directeur des programmes, de s’amener très tôt le matin pour visionner la séquence incriminée. Ce dernier se tourna vers moi et me dit:  Je veux te voir ici demain matin. J’espère pour toi que tu as dit la vérité, sinon « etali yo » Je ne fermai pas l’œil de la nuit. Le lendemain, je fus là, inquiet, attendant le verdict mais sûr de moi. Lukunku me rejoignit avec les deux bandes de 16 mm son et image (les caméras vidéo n’existaient pas encore) contenant le film du reportage et me dit : « Petit, obiki ! » L’incident fut clos. Je ne sais même pas si le monteur de la RENACT à l’époque, qui avait omis d’enlever cette séquence, fut puni. En tout cas, moi, je l’échappai belle !

Plus tard, il fut une période où seuls Kalonji Ngoy et moi étions habilités à assumer la réalisation d’antenne le soir. Nous travaillions en alternance. Cela a changé deux ans plus tard. Botulu Monga Longo, Diambu Kumbazi et Wamushala Kamba ont pris la place de Kalonji Ngoy mais moi j’ai été consigné à faire ce travail-là toute la durée de mon emploi à Télé-Zaïre en plus de mes autres occupation.

Quand je quittais la maison les soirs où j’étais réalisateur d’antenne, je ne savais jamais à quoi  m’attendre. Dans le régime où nous vivions et avec l’excès de zèle dont faisaient preuve certains de mes supérieurs, j’avais en tout temps l’Épée de Damoclès suspendue au-dessus de ma tête. En plus, il eut des moments où nous n’étions pas véhiculés. À la fermeture des émissions, il fallait marcher à pied jusqu’au marché central pour prendre un autobus ! Et pourtant, je n’ai jamais été inquiété par des voyous ni des tueurs nocturnes !

Je ne suis pas le seul à avoir frôlé la catastrophe. Il y a eu aussi le cas de Tshitenge Nsana, alors directeur des programmes en remplacement de Lukunku muté pour négligeance professionnelle. Il a  eu le malheur de diffuser un long documentaire sur le président Kim Il Song, le Guide de la révolution nord-coréenne, le jour où le Guide de la Révolution zaïroise regagnait le pays après un périple en Europe. Le président était si furieux qu’il a demandé que le fautif soit révoqué sur le champ et renvoyé à Luebo au Kasaï, son village d’origine. Heureusement que c’est le ministre Édouard Mokolo wa Mpombo qui fut titulaire de l’information à cette époque. Lui, il connaissait bien le président. Il assura ce dernier que ses ordres seraient exécutés à la lettre mais il n’en fit rien, demandant tout simplement à Tshitenge de faire le mort et veiller à ce que son nom n’apparaisse plus à la télévision. Trois mois plus tard, le président lui demanda des nouvelles du même Tshitenge et demanda qu’on le fît revenir de son village et qu’il réintégrât son poste. Il était toujours là à son poste ! Quand je pense que quelques années plus tard, en mon absence du pays, Tshitenge et une délégation du groupe Salongo ont été reçus par le président,  que ce dernier leur a remis une forte somme d’argent ainsi qu’une voiture Mercedes pour le patron de l’équipe et un taxi-bus pour les déplacements du groupe !

Bon. Voilà pour la petite histoire et les souvenirs de Télé-Zaïre ! Nous étions constamment en danger. Les sautes d’humeur du maréchal se sont toutefois que des peanuts comparées à ce qui se passe sous d’autres cieux où des journalistes sont torturés et même liquidés.  Il existe plusieurs façon de faire du journalisme. Ceux qui couvrent juste l’actualité quotidienne sont rarement inquiétés car ils ne font que rapporter les faits tels quels. Ceux qui font des reportages sont également à l’abri de représailles sauf s’ils politisent leur reportage et vont dénicher une vérité cachée. Et que penser des correspondants de guerre ?

Un coup d’œil à la liste des journalistes qui ont été liquidés et qui font partie des archives de Reporters sans frontières, j’ai retenu quelques cas. Comme vous pouvez le constater, ce sont les journalistes militants d’un parti ou d’une cause ainsi que ceux qui font des investigations qui sont les plus à risque. Vous n’êtes pas obligés de les lire tous. Je tenais quand même à les présenter pour ceux d’entre vous qui sont  curieux.

Norbert Zongo était un journaliste burkinabè, directeur de publication de l’hebdomadaire L'Indépendant. Après avoir commencé une enquête sur la mort mystérieuse de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré, le frère du président burkinabè Blaise Compaoré, Norbert Zongo meurt assassiné le 13 décembre 1998, avec les trois personnes qui l'accompagnaient (Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma et Ernest Zongo) Norbert Zongo et trois proches ont été retrouvés morts et calcinés dans leur véhicule le 13 décembre 1998 à une centaine de kilomètres au sud de Ouagadougou, sur la route de Sapouy.

Uğur Mumcu (22 août 1942 - 24 janvier 1993) était un intellectuel turc, un journaliste d'investigation et un chroniqueur pour le quotidien Cumhuriyet . Il a été assassiné par l'explosion de sa voiture.

 Samir Kassir, né en 1960 à Beyrouth et assassiné le 2 juin 2005 dans un attentat à la voiture piégée, était un historien et journaliste franco-libanais. Le 2 juin 2005, au volant de sa voiture, garée devant l'immeuble où il habite à Ashrafieh, quartier résidentiel de Beyrouth, une charge explosive, installée sous son siège, explose lorsqu'il branche le contact et le tue sur le coup.Son assassinat s'inscrit dans la série qui voit la disparition de personnalités politiques libanaises telles que Rafiq Hariri et George Hawi. Il porte à 28 le nombre de journalistes victimes jusqu'ici d'attentats depuis la pendaison par les Ottomans, en 1918, de plusieurs journalistes et activistes libanais et syriens ayant œuvré pour l'indépendance de leur pays.  

Kenji Nagai- (27 août 1957 27 septembre, 2007) était un photojournaliste japonais tué par balles en Birmanie pendant les événements politiques de 2007 en Birmanie. Nagai continua, même blessé, à prendre des photos. Il décéda peu après des suites des blessures par balles qu'il avait reçues à la poitrine. Il fut la seule victime étrangère de la répression des manifestations populaires.

Stanislav Markelov (20 mai 1974 - 19 janvier 2009) était un avocat des droits de l'homme et journaliste d'investigation russe, auteur de plusieurs articles sur la Tchétchénie. Il avait été l'avocat de la famille d'Elza Koungaïeva, une jeune femme tchétchène tuée par le colonel russe Iouri Boudanov[1], libéré de prison à la mi-janvier 2009, quinze mois avant la fin de sa peine d'origine. Stanislav Markelov a été assassiné le 19 janvier 2009 à Moscou d'une balle dans la tête[2],[3].

Jean-Pascal Couraud (né à Poitiers en 1960), surnommé JPK, était un journaliste français, qui a disparu à Tahiti dans la nuit du 15 au 16 décembre 1997. Selon certains témoignages, il enquêtait sur des transferts de fonds suspects entre Robert Wan, homme d'affaires tahitien proche de Gaston Flosse, et Jacques Chirac".[1

Lasantha Wickrematunga était un journaliste srilankais, rédacteur en chef rédacteur en chef de l'hebdomadaire Sunday Leader, à Colombo, connu pour ses positions critiques envers le gouvermement. Il avait été qualifié de reporter terroriste en octobre 2008 par le président Mahinda Rajapakse. Il a été assassiné le 8 janvier 2009.

Natalia Estemirova- en russe : Наталья Хусаиновна Эстемирова) (28 février 1958 - 15 juillet 2009) était une journaliste et activiste russe qui défendait activement les droits de l'homme, membre du Conseil d'administration de l'ONG russe en faveur des droits de l'homme, Memorial. Son travail avait été distingué par l'attribution à cette association, en 2004, du Prix Nobel alternatif décerné par le Parlement suédois.

Larissa Youdina-(en russe : Лариса Алексеевна Юдина), née le 22 octobre 1945 à Elista (Kalmoukie, Russie) et morte le 8 juin 1998, est une journaliste et éditrice du journal d'opposition Sovietskaïa Kalmykiïa Sevodnia (Kalmoukie soviétique aujourd'hui). Elle a été retrouvée assassinée de plusieurs coups de couteau et d'une fracture du crâne le 8 juin 1998 à Elista, capitale de la Kalmoukie.

Les histoires de Terry Lord et Daniel Pearl, ci-dessous, nous prouvent que lorsqu’il s’agit de reportages sur des fronts de guerre, les journalistes ont intérêt à se munir de pare-balles et de prendre des assurances-vie. C’est ce qu’ils font d’habitude car on ne sait jamais. D’ailleurs les images recueillis en direct sur des champs de bataille rapportent très gros. Cependant, hélas, leurs auteurs courent de très gros risques.

·  Terry Lloyd- (21 novembre 1952 - 22 mars 2003) était journaliste à la télévision britannique. Il a été abattu par l'armée des États-Unis alors qu'il couvrait l'invasion de l'Irak en 2003 pour le réseau anglais ITN. La veuve de Terry Lloyd, Lynn, a réagi en qualifiant la mort de son mari de "crime de guerre" et que les Marines devraient être amenés devant la justice[2].

Selon Wikipédia, James Miller (journaliste) né le 18 décembre 1968 à Haverfordwest, Pembrokeshire, Pays de Galles - mort par arme à feu, exécuté par un soldat israélien, lors du tournage d'un documentaire le 2 mai 2003 à Rafah) était un journaliste et producteur britannique indépendant. D'après une enquête britannique, James Miller, qui portait un gilet pare-balles avec les lettres « TV » inscrites en « gros caractères », a été tué intentionnellement [1] à Rafah par un soldat israélien alors qu'il tournait un documentaire intitulé « Death in Gaza ». Un journaliste britannique s’identifiant comme "Dan" a déclaré que « James Miller et deux autres journalistes agitaient un drapeau blanc en même temps qu’ils filmaient ». « Nous étions tout à fait visibles pour les troupes, avec un drapeau blanc et des gilets marqués « presse », mais ces dernières ont tout de même ouvert le feu, touchant James Miller », a pour sa part rapporté Abdel-Rahman Abdullah, journaliste indépendant palestinien qui se trouvait sur place.

Revenons au pays pour nous rendre à Bukavu. Ici il ne s’agit pas d’un journaliste tué au cours d’un reportage ni suite à une erreur humaine. Il s’agit de la victime d’un meurtre prémédité. Les questions qui restent en suspens sont celles de savoir par qui et pourquoi ? Dans une région qui est devenue un véritable Far-West, tout peut arriver. Avait-il dit des choses qu’il ne fallait pas ? S’apprêtait-il à révéler un secret ? S’agissait-il d’un règlement de comptes personnel ? Comment le savoir ?

Un journaliste assassiné à Bukavu dans le Sud-Kivu

L'assassinat de Bruno Koko Chirambiza vient allonger la liste de journa­listes tués dans la ville de Bukavu. Les derniers cas en date sont ceux de Didace Namujimbo, journa­liste de Radio Okapi, assassiné en novembre 2008 et de Serge Maheshe, un autre journa­liste de Radio Okapi, lâchement abattu en juin 2007.

Quoi qu’il en soit, le métier de journaliste comporte beaucoup de risques. Les meurtres survenus à ce propos chez-nous sont pratiquement insignifiants comparés à ceux qui se passent dans certains pays comme le Mexique et la Colombie où la guerre des cartels de la drogue a jusqu’ici fait de nombreuses victimes. Et que dire de pays industrialisés et démocratiques comme la Russie, la Tchétchénie, l’Italie et d’autres où politiciens véreux et bandes criminalisées se disputent le monopole du crime organisé ? Si la vague de meurtres crapuleux qui sévit actuellement à Kinshasa doit être prise très au sérieux et exige des mesures urgentes comme je l’ai souligné dans mon dernier article intitulé « Tueurs à pendre », en revanche, les journalistes d’opinion et ceux qui sont pris dans l’engrenage des partis politiques doivent savoir que leur métier est à risques, au même titre que celui des policiers et des militaires. Dans ces métiers-là, on peut se retrouver soudainement dans une vraie ou fausse ligne de tir.

Ceci dit, j’appuie sans réserve la marche des journalistes. Nous ne sommes quand même pas dans un de ces pays où les meurtres font partie du quotidien ! Chez-nous, des journalistes ont déjà eu maille à partir avec la liberté d’expression, mais cela se limitait à des arrestations, tortures, interdits de parution et fermetures de postes de radio et de télévision. Nous avons connu les Mbungu, Mukanda, Mavungu Malanda, Kwebe, Landu Lusala, Kimpele, Lumbana Kapasa, Esolomua et même Dominique Sakombi Inongo, d’une part initiateur de la fameuse « carte blanche » et du générique « Dia lelo » sous Mobutu et d’autre part responsable avec Émile Bongeli de la fermeture de chaînes de radio et de télévision de Kinshasa. Sous d’autres cieux, certains d’entre eux auraient-ils fait des vieux os?

Non. La liquidation physique des journalistes ne fait pas partie de notre culture. Il faut peut-être chercher les réponses aux meurtres de Bruno Koko Chirambiza,  Didace Namujimbo, Serge Maheshe et Franck Ngyke ailleurs.  Mais, de grâce,  qu’on fasse la lumière sur ces actes monstrueux et inciviques avant que cela dégénère et devienne une habitude ! En tout cas, en ce qui concerne Kinshasa, elle a toujours été, à ma connaissance d’ancien piéton, homme de télé et « mutambula mpimpa »,  une ville sécuritaire pour les journalistes!  

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