Merci bapesa na mbwa: 16 thèmes, 16 scénarios -reprise.

Publié le par Célestin S. Mansévani

Merci bapesa na mbwa : 16 thèmes pour 16 scénarios…

Dans mon article intitulé « Le Tout-puissant Mazembe, bravo ! » j’ai mentionné la chanson « Ilunga zéphé", qui a inspiré "Lubumbashi, Véa kufua" Il faut plutôt lire « Mado » Dans celui-ci, « Merci bapesa mbwa, 16 thèmes, 16 scénarios », il y a encore eu des ratés. Trop de fautes involontaires. Il fallait que je le corrige quand même !  Excusez-moi encore et reprenons !

J’ai toujours affirmé que l’Afrique recelait des richesses inouïes en matière d’enseignements basés sur le vécu quotidien. Ce dimanche matin après-midi, je regardais un film ennuyant à la télé. Sans le savoir, je me suis assoupi. Dans ma somnolence, j’ai cru assister à un concert de l’orchestre O.K. Jazz. Tout le monde était là, comme du temps où le Grand maître Luambo vivait encore. Madilu, Josky et Dalienst étaient au micro. La voix de ce dernier s’est élevée : « Bobebi na bino ! » Le poète Lutumba, lakisa bango ! » Il s’est mis à chanter Dati Pétrole. Mon rêve a pris fin mais je suis resté sur mon fauteuil, bercé par cette belle mélodie, ses belles paroles et son orchestration. J’étais comme paralysé, engourdi, pris dans l’engrenage de cette belle musique, comme dans une toile d’araignée. Dieu merci.  Le téléphone n’a pas sonné. Je ne l’aurais sûrement pas entendu. Je me suis laissé aller…

-            Nandimi babenga ngai muasi mabe, naboi ko partager yo na mbanda…

Sacré Madilu ! Quand je pense qu’il nous a quittés définitivement ! Il n’y a pas que lui. Et Franco ? Et Ntesa et tous les autres ? J’étais là, soudain triste de voir ce que la vie nous réserve. J’aurais eu envie de verser quelques larmes. Hélas ! Je n’en ai pas eu le temps. Mon CD a changé de chanson et s’est mis à chanter : « Café ». De la tristesse, je suis passé à la joie. Lentement, sans le vouloir, je me suis mis à me trémousser sur mon siège. J’aurais voulu que quelqu’un fût là pour danser avec moi. Hélas ! Maman Jeanne Lutondo, mon épouse, n’était pas encore revenue de sa boutique "Aux Sources de l'Afrique". J’étais seul avec moi-même dans ce salon aux airs de solarium, qui me fait voir à travers les stores remontés la grisaille du dehors, de l’automne, avec les feuilles mortes jonchant notre cour arrière, rejetons vomis par un arbre fatigué d'offrir ses charmes au soleil d'été et qui attend désormais, comme chaque année, de se faire courtiser, les bras levés comme une femme polyandre soumise  qui s'offre, par le prochain mari: l'hiver qui s'approche à grands pas. Novembre,  le morne mois où je suis né! Moi, dans mon coin, dans mon isolement, seul sans personne pour partager mon allégresse, je me sentais seul mais quand même heureux, je dirais même repu.

Vous savez ? Cette chanson « Café » ne dure que 5 min. 49 sec. Moi, j’ai eu l’impression qu’elle jouait depuis une vingtaine de minutes. Quelle mélodie ! Quel rythme et quelle orchestration sous la direction de la guitare solo du Grand maître Franco à son meilleur ! Je me suis demandé comment des gens qui n’ont jamais été formés dans une école de musique pouvaient se surpasser de cette façon ! C’est vraiment un délice ! Les belles choses ont malheureusement une fin. Café s’est arrêté comme il a commencé après une dernière note, comme pour me dire au revoir. Au moment où je m’apprêtais à tempêter, une nouvelle mélodie se faufilait, suivie de la voix de Madilu System… « Ah ! Ah ! »

- Ata ko natungisaka yo tango tobandaka, kasi okokaki kozongisela ngai boye te,

  Nzambe…(Même si je t’ai fait marcher quand notre idylle a débuté, tu ne devais

  pas m’en tenir rigueur…)

Cette fois, je me suis à écouter plus attentivement la chanson « Merci bapesa na mbwa ». C’est incroyable ce que cette œuvre nous livre comme messages. Il y a de quoi écrire plusieurs scénarios de films.

Ce ne sont pas les thèmes qui manquent. Je me suis dit : « Non ! Je ne peux pas garder ça pour moi tout seul, il faut que j’en touche un mot à mes fervents lecteurs ! » La vie est souvent difficile à comprendre. Un proverbe bien connu nous enseigne : « Ndako yo olalaka te, biloko eswaka na kati oyebi te »

 Ce serait long d’exploiter tous les thèmes contenus dans cette chanson. Nous allons nous limiter à quelques-uns. Et voilà ! Allons-y thème par thème !

1. Ata natungisaka yo tango tobandaka…

Déclarer l’amour à une femme n’est pas toujours facile. Il y en a qui mettent leur plus beau costume ; il y en a qui perdent tout leur latin pour séduire ; j’ai déjà vu un bègue qui n’arrivait plus à articuler un seul mot ...Tétanisé ! Il faut souvent de la patience.

2. Kasi okokaki kozongisela ngai te, Nzambe oh !

La Bible est parfois difficile à comprendre. C’est elle qui disait aux enfants d’Israël : « Œil pour œil, dent pour dent » C’est aussi elle qui nous prescrit :

« Si ton frère pèche cent fois et qu’il vient te demander pardon, pardonne-lui ! » Hum !…S’il vient demander pardon, oui !

3. Ata ko ezalaki libala ya kokabela…

Les mariages arrangés existent. Certains d’entre eux sont imposés par la famille. D’autres sont dus à l’intervention d’un(e) proche ou d’un(e) amie (e) ou collègue  lorsque l’homme est nul en matière de baratin. Vous savez ? Les Casanova ne courent pas les rues !

4. Motu nini nabomela yo na kati ya famille…

AhMotu nini nabomela yo na kati ya famille…

Ah ! Voilà une réalité que des gens ont tendance à oublier. Il y a des méchants qui tuent et jettent des mauvais sorts. Ceux-là aussi, il faut leur pardonner même s’ils persistent dans leurs enchantements ? Il en existe beaucoup de ceux qui aiment s’ingérer dans les affaires d’autrui. Qu’ils se mêlent donc de leurs affaires !

   

5.Tala ngai leki na yo nasali mosala ya mpunda…Bapesi ngai merci bapesaka na mbwa…Bafuti ngai na monnaie de singe…

Ces trois dictons constituent le thème principal de cette chanson. « Quelle ingratitude ! »  Les gens qui ne sont pas reconnaissants sont légion. Après, ils se plaignent de se voir rejetés pour leur comportement. La Bible l’a bien recommandé : « Éloignez-vous de ces gens-là ! »

6. Bolingo eyebi nde kosambuisa motu

    L’amour rend les gens aveugles. Il y en a qui deviennent la risée des autres ;

    il y en a volent, tuent ou se suicident…La vie, elle, continue…

7. Ozalaka ns mposa tokabuana kasi obangaka kolobela ngai vérité…

    Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de rage…

8. Mino nazui na mokili ya Nzambe ata ko eboi nga nasala nini…

Nul ne peut changer son propre destin…

    

9. Nkoy akikaka motu azokisi ye te, wapi moyen nabosana…Ekoleka na bongo

    lokola bilili ya télévision…Wapi moyen nabosana ? Kasi nakobangaka

    mabe osala ngai, ekoma monument na motema…

    Il y a de ces blessures qui ne guérissent pas, quoi que nous fassions. Leur

    souvenir revient nous hanter…

10. Olingaka tokabuana, nakokaka te, mbala oyo nakomeka…

      La patience a des limites…(Nalembi par Rochereau)

11. Baninga ya losambo bapesi ngai toli nalinga mobali mosusu…

      Attention ! Certains frères et sœurs, voire même pasteurs, sont de mauvais

      conseillers ! Beaucoup de mariages se retrouvent le bec à l’eau…

      (Voisin par Madilu)

12. Naboi kozela libala na ngai te, oh !

      Celui qui n’est pas jaloux n’aime pas. Je ne parle pas de jalousie mal placée.

      Cependant, à l’impossible, nul n’est tenu…(Dati Pétrole)

13. Surtout lokola toboti te, souvenir nini okozua epai ne ngai

       L’éternel débat de la femme stérile ! « Amela milangi » Des fois on découvre

       que c’est l’homme lui-même le problème ! (Falaswa)

14. Ngai ko nabotama na ngai na ndeko ya mobali te…

      Voilà un thème cher à Lutumba (Voir Mamba) La primauté de l’homme africain

      sur la femme. C’est une mentalité actuellement désuète…

   15. Nakomi kotelengana lokola Caïn…

       Les mariages ratés font qu’une femme en a ras le bol et préfère le

       statut de prostituée…( Pesa mbanda mbote mbala misatu de Kiese Diambu

       et l’Afrisa)

16. Nzambe, ngai ko vedette !

      Être vedette n’est pas une situation facile à vivre. J’ai déjà vu des gens rire de

      Dokta Kasanda: « Vieux asila ! » alors qu’il a repris vie après mon départ définitif

      du pays ! Un artiste ne meurt jamais !

 17. Bino mpe ndenge bolinga ngulu, yo mpe okata camon, oliaka yango te !

      Ça c’est du Franco tout craché. Il adorait manger les ngululu ya kotumba et le

      kamundele avec ses musiciens, Quant au camon, on est tous passé par là !

      Camon ! Camionnette ! Il y en a eu des faux évidemment.

Voilà ! Retenez les 16 thèmes de Lutumba. Oubliez le 17ème qui est de Franco. Comme je l’ai souligné, il y a bien d’autres thèmes ou sous-thèmes que j’aurais pu relever mais certains sont redondants alors autant se limiter à ces quelques-uns.  Ne dites surtout pas que je fais allusion à une situation particulière vécue personnellement ou que je me prends pour un super auteur scénariste et réalisateur. C’est à Simaro qu’il faut poser la question. C’est lui qui a pondu cette œuvre. Moi, je ne fais que constater, analyser, décortiquer et apprécier.

Pour ceux qui sont à court d’inspiration et qui ont besoin d’idées, la table est mise. Des fois, nous recherchons des sujets ou thèmes trop sophistiqués. Commençons par exploiter les thèmes les plus simples comme ceux-là. Ça me fend le cœur de voir un (e) Belge ou un (e) Français (e) nous apporter ses scénarios. Que sait-il au juste sur notre pays ? Hein ! Quand j’ai débuté à Télé-Zaïre en 1971, j’ai trouvé un certain monsieur Haas qui dictait des ordres aux réalisateurs. Un jour, il m’a énervé. Je lui ai dit : « Assieds-toi à ma place et réalise ! » Il en a été incapable. Je ne l’ai plus revu depuis. Il a sûrement été muté pour aller faire la loi chez des « mbendre » dans quelque autre pays..

Si j’avais à mettre en scène Nalembi, Mbawu, Eau bénite, Trahison, Dati Pétrole, Sylvain, Kadima, Mbongo, Mamba et autres,  le public en aurait plein la vue.

Je m'écrierais comme Madilu: « Bobebi na bino ! » Madilu fut un véritable Kinois ! Bon. Tout cela, c’est le passé ! Certains vont encore me prendre pour un « m’as-tu vu » Je n’en ai cure. Mon choix à moi est fait. Zaïre ou plutôt R.D.C. adieu ?  Sur le plan professionnel, oui et c’est définitif. Pour l'amour de la patrie, non. Loin des yeux mais près du cœur quand même ! Le hasard n’existe pas. Dieu est Tout Puissant. Ses desseins se réalisent toujours.

Mes chers compatriotes, nous avons des génies dans notre pays. Simaro Masiya Lutumba en est un bel exemple. Le commun des mortels pense que les artistes roulent sur l’or. C’est vrai dans les pays industrialisés mais pas dans les nôtres. N’attendez pas que Simaro meure pour le remercier pour tout ce qu’il a accompli pour le pays. Nul n’est prophète chez soi. C’est vrai. Mais vous l’avez, lui, reconnu comme un vrai prophète. Honorez-le de son vivant. J’ai été souvent chez-lui dans la parcelle familiale de la rue Isangi à Lingwala. Il a peut-être déménagé depuis ? Il a de la famille, une grosse famille ! S’il vivait ici en Amérique du Nord, il serait multimillionnaire !

Je suis au courant des honneurs qui lui ont été réservés à l’occasion des ses 70 ans.  Je crois que, dans la situation que vivent nos vieux artistes, qui ont vécu à une époque où la musique se faisait par plaisir, il faudrait faire un geste plus substantiel en matière d’espèces sonnantes, comme ce fut le cas avec feu Wendo.

Merci de votre bonne attention. De temps en temps j’analyserai avec vous une œuvre qui le mérite et j’espère que cela fera réfléchir nos artistes de la nouvelle génération.

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