Mika mia mbua, c'est assez!Mika mia mbua, c’est assez ! Sacha Distel - Monsieur Cannibal « kodia dieto diasisa bambuta tulanda, kodia, eh…yaya ! » C’était l’hymne de ralliement de l’ABAKO

Publié le par Vieuxvan

Mika mia mbua,  c’est assez !

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

« kodia dieto diasisa bambuta tulanda, kodia, eh…yaya ! »

C’était l’hymne de ralliement de l’ABAKO au temps de la lutte pour l’indépendance du Congo. Je n’ai jamais aimé qu’on associe les Bakongo à un limaçon ! Moi, mon animal préféré, c’est l’aigle. Il est fort, il a de l’acuité visuelle et il peut voler librement d’un espace à l’autre. Je me demande si un limaçon résisterait à l’attaque d’un aigle ? Je ne pense pas !

Du temps des débuts du MPR, un slogan a fait le tour du pays : « MPR miso ga ! » Certains bakongo avaient du mal à le prononcer. Ils disaient plutôt « MPR miso nga ! » Ça faisait rire de nous, les Bakongo, particulièrement les Bandibu » qui ont du mal à se départire de leur accent typique !

Pourquoi ce préambule ? Eh, bien ! Je viens de lire sur Digital Congo cet article qui dénonce les barrages de la police érigés à la frontière entre la province du Bas-Congo et la Ville de Kinshasa.

La police rançonne à la barrière délimitant Kinshasa et Bas-Congo

Cette situation n’est pas nouvelle. Elle nous ramène vingt cinq ans en arrière à l’époque où je vivais encore au pays. En effet, j’ai connu ce genre de barrages qui étaient l’œuvre de gendarmes. Ils rançonnaient les chauffeurs qui venaient du Bas-Zaïre pour approvisionner la Capitale, et ce, au vu et su des autorités.

La RDC a beaucoup changé. Le régime militaire de feu le président Mobutu a été remplacé par des institutions démocratiques viables. Alors, quoi ? Qu’est-ce qui se passe encore ?

J’ai déjà dénoncé le laxisme des dirigeants politiques du Bas-Congo qui se complaisent à multiplier des déclarations dans les journaux. Mais, sur le terrain, qu’est-ce qui se passe ? Les Bas-Congo est une province au potentiel économique très riche. Le bilan financier de 2009 indique que le port de Matadi a rapporté gros au pays

Port de Matadi : 112 millions US des recettes réalisées en 2009

Le barrage d’Inga n’a cessé de déferler la chronique, lui qui peut rapporter des milliards de dollars au pays. Et pourtant, les populations du Bas-Zaïre continuent à vivre dans des villages sans éclairage public et elles doivent éclairer leurs maisons avec des lampes à pétrole si pas avec un feu de bois. Si les barrages de Zongo et Nsanga, érigés avant l’indépendance par les Belges, n’existaient pas, les villes et grands centres du Bas-Congo seraient dans la même situation. 

Les engagements de la Banque mondiale sur le barrage d'Inga ...

Des promesses ! Que des promesses ! Et que se passe-t-il avec la Cimenterie de Lukala ? On dirait qu’elle est à bout de souffle ?

Quid du rôle de la cimenterie de Lukala - Digitalcongo.net 3.0

La Compagnie sucrière de Kwilu-Ngongo, qu’est-elle devenue ? Dans les Caraïbes, les pays vivent grâce à la canne à sucre. Celle-ci ne produit pas seulement du sucre mais également du rhum. Nous en buvons ici du rhum de Cuba, de la Martinique et de la Jamaïque. Ne pourrions-nous pas, nous  aussi, boire du rhum de la RDC ?

Les Dépêches

Si nous nous nous rapprochons de la côte atlantique, nous avons le pétrole de Lindu à Boma. D’aucuns  se sont déjà posé la question : à qui profite-t-il ?

Le Pétrole de Moanda au Bas – Congo: Qui en Bénéficie ?

Il y a aussi ces étendues de forêts où poussent du bois, lequel est exploité depuis l’époque de la colonisation.

Le Congo-Kinshasa - Résultats Google Recherche de Livres

Malgré tout ce potentiel, le Bas-Congo continue pourtant à vivre comme au temps de le colonisation. Tout dernièrement, on a offert aux femmes de Kasangulu des houes ! Pourquoi pas des tracteurs ? Pourquoi pas les aider à mécaniser leur agriculture ? Des houes ! Franchement ! De qui se moque-t-on ?

Digitalcongo.net 3.0

Après l’accession de notre pays à l’indépendance, il y a eu des tentatives de sécession. Pourquoi ?

D’autres provinces sont aussi bien nanties au plan du potentiel économique : le Katanga, le Kivu, la province oriental, le Kasaï, etc. Nous avons un pays archi-riche en ressources naturelles ! Qu’arrive-t-il si le peuple n’en profite pas ?

J’ai lu dernièrement cet article qui stipule que le DG de l’ACGT inventoriait les besoins en infrastructures du Bas-Congo. À quand le réaménagement de ces structures ? Et pourquoi avoir attendu 50 ans après l’indépendance pour s’en occuper ?

Bas-Congo : l’ACGT inventorie les besoins sociaux en infrastructures

Nous ne pouvons pas condamner les autorités actuelles qui ont hérité d’une situation pourrie. Cependant, il faut que les choses changent ! Avec son potentiel, le Bas-Congo, qui, disons-le en passant, a une superficie 53 920 km², une population de 2 835 000 habitants et  une densité 52,58 hab./km², pourrait très bien se passer du reste du pays. Qu’est-ce qui arriverait s’il revendiquait son autonomie ?

Au Québec, où je réside depuis 26 ans, les séparatistes revendiquent leur droit à l’autonomie pour moins que ça : leur culture et leur langue. Je ne les condamne pas. Lorsqu’on ne se sent pas dans son assiette, on le dit haut et fort. Moi, par contre, j’estime que le Québec est encore plus fort au sein de la confédération canadienne.

Pourquoi faire l'indépendance du Québec ? - Amériquébec

Croyez-moi, je ne suis pas de ceux qui prônent la division. L’union fait la force ! J’aime mon pays, la RDC et je veux qu’il reste à jamais uni et que le potentiel économique de ce vaste et riche pays profite à ses files et filles. Cependant, je ne puis pas non plus rester insensible aux inégalités et injustices. Si j’étais originaire d’une autre province, j’aurais fais la même chose.

Jadis, certains citoyens traitaient ceux originaires du Bas-Congo de mous. C’est entre autres la faute aux dirigeants Bakongo qui ont fait du « Kodia », l’escargot leur emblème, et de « Mika mia mbua », leur slogan.

C’est bien beau de bien vouloir jouer les gens polis, sages et bien élevés, mais ça nous amène où ? Des gens venus d’autres provinces sont en train de s’accaparer des terres ancestrales des Bakongo. Les Chinois vont bientôt se déployer sur nos terres avec leur marée jaune. Où iront alors nos populations du Bas-Congo, ces « escargots » qui se cachent sous leurs coquilles fragiles? Se jeter dans la mer et se cacher sous les rochers des bas-fonds comme dans « Bas-Zaïre à la mer » chanté par feu Luambo ? Lui aussi dénonçait souvent subtilement le laxisme des Bakongo : « Zibula meso ! (Ouvre les yeux)

C’est dommage qu’il soit mort ! C’est dommage qu’il y ait peu de Bakongo qui ne mâchent pas leurs mots comme lui ! Les dirigeants bakongo  donnent parfois l’impression que les leaders de l’ABAKO avaient trouvé le mot juste pour les décrire: des escargots !

Je reviens à ces policiers qui rançonnent les véhicules ravitaillant Kinshasa de produits agricoles en provenance du Bas-Congo. Nos autorités ne sont-elles pas au courant ? Comment réagissent-elles ?

Et pourtant, on nous fat croire que les choses ont changé ?

Kasangulu : la police congolaise dotée de deux centres de ..

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À quoi servent ces écoles de police et ces réformes si la police continue à perpétrer des actes inciviques ? Y a-t-il des dirigeants de cette police qui se montre aussi indisciplinée et incontrôlable?

La population du Bas-Congo mérite mieux. C’est bien beau, les promesses mais on ne vit pas de l’air du temps ni de pain et d’eau fraîche !

Élus nationaux et provinciaux,  réveillez-vous ! De grâce ! Faites quelque chose pour cette population qui, d’une part, est prise en otage malgré l’énorme potentiel de ses ressources et qui, d’autre part,  a presque perdu ses terres ancestrales et sa dignité. Assez, c’est assez !

À demain !

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

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