Photo ya Madjesi.

Publié le par Célestin S. Mansévani

Photo ya Madjesi.

« Photo ya Madjesi nakobomba na soutien ! »

J’ai connu un photographe célèbre qui s’appelait Lukuni Thomas.  Dans le vieux temps, tous les Kinois dignes de ce nom se rendaient dans son studio au quartier Renkin (Matonge) sur l’actuelle avenue Kasa-Vubu au croisement avec l’avenue de la Victoire dans un bâtiment qui comprenait plusieurs boutiques et faisait face au`quartier Dendale (Kasa-Vubu). Ce monsieur-là faisait d’excellentes photos. C’est là que j’ai connu pour la première fois Verckys Kiamwangana. Il était venu retirer une photo de l’orchestre Conga Succès où l’on le voyait en compagnie des autres musiciens du groupe. La photo était bien réussie et notre ami la montrait fièrement à quelqu’un. « Tu vois ce gars-là au milieu avec un saxophone ? C’est moi » À l’époque Verckys et moi ne nous connaissions pas.

J’allais souvent dans ce studio me faire prendre en photo que je voulais remettre à une de mes nouvelles conquêtes. Quand on est jeune, on se croit le plus beau des garçons et on aime impressionner nos petites copines. Dans le même bâtiment, de l’autre côté, sur le flanc droit, sur Lokolama, je crois, se trouvait mon coiffeur, un gars de Bandundu, fanatique de V.Club. Des fois, j’écoutais avec lui des matchs des Bana Véa lorsque ceux-ci rencontraient une autre équipe qu’Imana ou Bilima pendant qu’il faisait promener ses ciseaux sur ma tête. Je le sentais nerveux et je le taquinais souvent quand ça allait mal pour son équipe chérie. Moi, j’avais hâte qu’il finisse de me coiffer pour courir chez le photographe me faire photographier avec ma face rajeunie. La raison pour laquelle je parle de Lukuni Thomas c’est parce qu’il vous faisait poser comme pour la photo passeport. On faisait ce qu’on appelle « Kobeta phase ». Si le photographe était satisfait de la position prise, il vous disait : « Ne bougez plus ! » Et il actionnait son flash. Plus tard, j’ai connu d’autres photographes dont Lusadisu, un collègue que j’ai trouvé à Télé-Zaïre et qui faisait des photos d’événements. Il avait acquis des équipements sophistiqués et des appareils avec des objectifs interchangeables ainsi que ceux avec des zooms. Il était capable de prendre quelqu’un en mouvement. En dehors de lui, j’ai aussi connu des reporters qui faisaient de belles photos où l’on voyait quelqu’un en action. Ces photos paraissaient souvent à la Une des journaux, illustrant les événements politiques et sportifs entre autres.

J’ai sursauté en voyant sur Digital Congo une photo du président Joseph Kabila, posé comme au vieux temps de Lukuni Thomas. C’est comme si on lui avait demandé de poser. Pourtant, ce ne sont pas les photos où on le voit en action et en mouvement qui manquent ? Il reçoit des homologues, il préside des réunions, il assiste à de gros événements, il reçoit de bains de foule ? Il parle, écoute, observe, signe des papiers, applaudit, serre des mains, lève les bras,  sourit, rigole…Où sont passées ces réactions ? J’en ai vu des photos officielles, des photos de presse, des reportages, des documentaires, des photos artistiques et autres. Celle parue ce 16 novembre, par exemple, soulignant son retour au pays de retour de Lubumbashi, me paraît plus conforme même si elle est un tantinet floue. Mais, l’autre, celle qui illustre le bilan de l’assemblée de l’Asajkk du 14 novembre, ne passera pas à l’histoire. Elle n’a rien d’une photo officielle.

Elle ressemble plutôt à une des miennes quand j’avais 18 ans. J’étais exactement dans la même pose (« nabeta phase »), bien coiffé, bien maquillé et bien rasé, sauf que, d’une part moi, je portais juste une chemise  bariolée à col ouvert alors que lui porte un costume et une cravate, et que, d’autre part,  je n’étais qu’un simple collégien alors que lui est notre président, monsieur le président de la R.D.C.!

Nos journaux doivent s’efforcer de soigner les images de nos leaders et, de surcroît, celle de notre président de la République. Les photos doivent correspondre aux événements au cours desquels elles ont été prises. Si la personne n’était pas présente à l’événement rapporté, autant aller chercher une belle photo d’archives. Ce n’est pas ce qui manque. Si une image vaut mille mots, celle-là, en tout cas, n’est tout simplement pas à sa place.

Moi, chaque fois que je la regarde, j’entends résonner dans ma tête la chanson « Photo ya Madjesi ».

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article