Prostitution: les "Londoniennes de Kinshasa"

Publié le par Vieuxvan

Prostitution : Les Londoniennes de Kinshasa

SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE

Le  Canada vient de remporter une autre Médaille d’or aux 21èmes Jeux d’hiver de Vancouver. Cette fois, c’est l’équipe féminine de hockey qui a battu la formation correspondante des États Unis par 2 buts à zéro.

Jeux olympiques | Hockey féminin - Les Canadiennes remportent l'or ..

Les réjouissances se poursuivent donc ici au Canada où le hockey est le sport-roi. Voyons à présent le résumé de la journée du 25 février 2010.

Jeux olympiques de 2010 à Vancouver Médailles Résulats Horaire ...

De plus en plus, Afrik.com et d’autres organes dénoncent de plus en plus la prostitution, devenue une plaie de l’ère. J’ai cru utile de jeter un regard sur ce dossier d’actualité, et ce,  en deux volets. Le premier étudie le phénomène à Kinshasa. Le second scrutera ce qui se passe en Europe.

Bulawayo

Le terme péjoratif « bulawayo » désignait, à mon époque, toute femme qui était infidèle. C’était une injure que des hommes qui reprochaient à leurs épouses ou copines leur légèreté utilisaient souvent. Il ne s’agissait pas vraiment de vraies putes.

Les Londonniennes

Il y a toujours eu de putes de luxe dans les boîtes de nuit fréquentées par des expatriés. Des professionnelles. Elles avaient  comme appellations les filles de « London » J’en ai connu deux qui créchaient non loin de chez-nous à Limete. On les avait surnommées « Basi ya London » Je ne sais pourquoi. Le jour, elles étaient des ménagères et mères de famille normales. Cependant, dès la tombée de la nuit, elles s’habillaient, se maquillaient, se parfumaient, se coiffaient, ce qui s’appelle en langage courant « kosala monzele » et prenaient discrètement un taxi pour se rendre discrètement dans quelque boîte du centre-ville fréquentée par des expatriés. J’ai fréquenté de ces boîtes parce que j’avais de temps en temps envie de danser des rythmes internationaux. Je rencontrais indubitablement certaines de ces en chasseuses de Blancs en galante compagnie. Il est arrivé à certaines d’entre elles d’en mettre plein la vue et le sexe à des expatriés nouvellement débarqués qui finissaient par les épouser.

Les serveuses dans les clubs-hôtels

J’en ai parlé dans l’un des mes précédents articles de ces filles serveuses dans des clubs-hôtels des quartiers. Elles se font draguer au cours de la soirée et finissent par se retrouver dans le lit de l’une des chambres de l’établissement à la fermeture du bar-dancing. La plupart d’entre elles sont des mères de famille. 

Les filles de rues majeures

Je parle ici des filles majeures. Le cas des mineures est différent parce que ce sont des victimes qui ont besoin d’être secourues par la Protection de la Jeunesse. À vrai dire, je n’ai pas beaucoup connu les filles de rue à Kinshasa telles qu’elles sont décrites aujourd’hui. Quelques-unes ont sillonné le boulevard du 30 Juin à une certaine période mais le président Mobutu a fait nettoyer vigoureusement les lieux. Elles ne sont plus revenues. J’apprends qu’elles ont repris du poil de la bête.  Les plus connues sont celles qui s’affichent publiquement en ville ou dans certains quartiers chauds, comme c’est le cas dans l’article ci-dessous.

Prostitution : Plongée au cœur de "Kinshasa by night"

Qu’est-ce qui motive les filles à se prostituer ? Les raisons sont diverses. Personnellement, j’en dénombre quatre : l’inégalité entre l’homme et la femme ; le surnombre des femmes ; la pauvreté ; la sorcellerie.

La suprématie de l’homme

Depuis ma tendre jeunesse, j’ai vécu dans un système où l’homme est supérieur à la femme. Chez certaines tribus, la dot constitue une preuve d’achat de la femme par son mari. Dès lors, ce dernier détient sur elle tous les droits. Il peut la battre, la tromper avec d’autres femmes et même la répudier sans autre forme de procès.

Si je me réfère à notre musique, un art qui traduit fidèlement le mode de vie de notre société,  la femme s’était résigné à son sort.

Dans Alphonso (Franco), Sylvain (Simaro), Mamba (Simaro), Linzanza libongi na langi (Vicky Longomba), Samba tokosamba (Michel Boyibanda), Biso basi baloka (Franco), « Ngai nalatisaka » (Kwamy), Libala nayaki (Franco), c’est toujours la femme qui implore l’homme qui est infidèle ou vient de lui montrer la porte de sortie. 

La société trouve ça tout à fait normal. La preuve la plus évidente, c’est que l’infidélité d’un homme est tolérée alors qu’une femme infidèle se voit répudiée. Les tribunaux du pays en tiennent aussi compte lors des procès pour demande de divorce.

Le surnombre des femmes

En 1967, lors d’un meeting populaire au Stade du 20-Mai, le président Mobutu révéla qu’il y avait 10 millions de plus de femmes par rapport aux hommes. Certains musiciens ont repris le refrain à l’époque, dont Rochereau.  Dans le cas de Kinshasa, avec l’avènement du M.P.R., le groupe-choc des animatrices, venues de toutes les provinces du pays, vint encore grossir les rangs des femmes  à Kinshasa. Beaucoup d’entre elles devinrent qui 2ème, qui 3ème bureau,  d’hommes forts du régime avant de se voir engrossées puis rejetées. À la longue, elles finissent par se convertir en putes de luxe : Bondumba na ngai ya civilisée Franco), Ngai Marie nzotu ebeba (Franco), Quatre boutons, Loboko (Franco), etc.

La pauvreté

Dans un pays où sévit la pauvreté, il est tout à fait compréhensible que les femmes sans maris, non scolarisées, en arrachent. Il en est de même des filles issues de familles démunies. Des chansons comme « Douze enfants » (Miyalu) et « Loboko na litama » (Franco) en ont été inspirées.  Certains parents vont jusqu’à obliger leurs filles de se prostituer pour leur apporter de quoi vivre. Les Frères Soki l’ont dénoncé dans «  Muana yoka toli »

La Prostitution à Kinshasa, Vice ou Moyen de Vivre?

Pépé Kallé a chanté « Article 15 «  Il a cité entre autres exemples de la débrouillardise les « bato ya pusu ». J’aimerais bien voir des femmes exercer ce métier-là ! Dans un pays où les hommes les hommes aiment bien se montrer infidèles, les filles qui aspirent à se trouver un emploi, à graduer à l’université ou encore à attirer l’attention de quelque homme pouvant s’occuper d’elles à plein temps, il est normal d’assister à des situations comme celles décrites dans l’article ci-dessous :

Les “bana vénin”, une nouvelle race de prostituées - Digitalcongo .

La sorcellerie

La quatrième des prostituées le sont par mauvais sort si j’en crois certains témoignages lus dernièrement su ce qui se passe dans d’autres pays africains. Chez-nous, le phénomène peut se retrouver dans le cas des filles qui refusent un mariage forcé. C’est ce que je retiens de la chanson « Maseke ya meme » (Negro Succès) et « Monama «  (Empire Bakuba)  Bien sûr, il ne faut pas perdre de vue les filles qui appartiennent à des familles qui, pour des rites sataniques, ont décidé que leurs filles devaient vivre de prostitution. Il y a eu aussi des cas de filles qui ont été victimes de la jalousie d’une collègue, d’une condisciple de classe ou d’une voisine de quartier. Certaines filles dotées de pouvoirs maléfiques ne tolèrent pas que d’autres aient plus de succès qu’elles. Elle peuvent très bien s’en « charger » en

les assignant à la prostitution. Mes lectures sur la sorcellerie africaine m’ont appris à ne plus savoir à quoi m’attendre.

Que devons-nous retenir de tout ça ? La prostitution existe à Kinshasa depuis très longtemps. On n’y prêtait moins attention à l’époque où la ville ne comptait que 800 mille habitants. Cette population a quadruplé depuis et le nombre de femmes répudiées, divorcées, en surnombre ou maudites aussi. Parviendra-t-on à éradiquer ce fléau ? En partie, oui. Comment ?

D’abord, il faut que nos lois fassent en sorte que l’homme et la femme soient égaux en droits. Les filles doivent devenir plus autonomes et accéder à des postes importants dans les grandes entreprises, l’administration publique, l’enseignement primaire et secondaire. Pour cela, le gouvernement doit accorder des bourses d’études permettant aux étudiants de poursuivre leurs études universitaires jusqu’au bout.  Il faut éviter la discrimination de sexes lors des embauches et promotions.

Ensuite, il faut mener une lutte à la pauvreté.  À ce titre, il faut des écoles maternelles, primaires et secondaires gratuites pour tous les enfants.  Le personnel enseignant doit être bien rémunéré et le matériel scolaire adéquat.

Pour ce qui est du marché de l’emploi, c’est connu ! Les garçons peuvent exercer des travaux manuels ou de petits jobs; ce n’est pas le cas avec la femme.

J’encourage le gouvernement à créer des écoles de métier pour les filles. Ici, en Amérique du Nord, il y a des femmes qui conduisent des taxis et des autobus. Il y en a d’autres qui suivent une formation accélérée de préposées aux bénéficiaires pour s’occuper des vieillards et personnes à mobilité réduite dans les hôpitaux. Beaucoup de nos compatriotes congolaises exercent d’ailleurs ce métier. On pourrait suivre le même exemple en RDC ? Ce qu’il faut surtout, ce sont des écoles de métier pour que les filles puissent s’établir éventuellement à leur propre compte. Des propriétaires de garderies, des coiffeuses, des restauratrices, des couturières, des maquilleuses, etc. Voilà quelques-uns de métiers qui pourraient faire l’affaire !

En fait, dans toutes les questions pour répondre aux divers phénomènes dégradants qui minent notre pays, la réponse est la même : le nerf de la guerre. Avec toute cette aide, en centaines de millions, découlant de la coopération internationale, on pourrait créer des sociétés et des emplois  pour les parents? En ce qui concerne les enfants scolarisés, pourrait-on améliorer notre système d’enseignement ? Chaque commune pourrait-elle se voir doter de sa propre école secondaire et, au besoin, d’une école d’apprentissage de métier ? Pourrait-on les transports et communications ? 

Une des questions que je me pose toujours en est une de la décentralisation pour une meilleure autonomie des communes. Que faut-il pour que l’appellation « ville » disparaisse à jamais du vocabulaire des citoyens habitant loin du centre-ville ? Si chaque commune disposait de ses propres centres commerciaux avec des magasins, supermarchés, cliniques médicales, pharmacies, boutiques et succursales de banques ? Cela résoudrait en partie le problème des transports, désengorgerait les grandes artères et le centre-ville.

Tout cela nous éloigne du sujet du jour, à savoir la prostitution, me direz-vous ?

Pas du tout !            Si vous saviez combien de filles trouveraient un emploi de  secrétaires médicales, préposées à la clientèle, caissières, enseignantes, gardiennes, coiffeuses, couturières et j’en passe tout près de chez-elles ! Plus besoin de dépenser des sous pour les billets d’autobus, moins de danger de se faire détrousser par des pickpockets ou de se faire draguer par des expatriés en ville !

On ne réussira jamais à rayer le plus « vieux métier au monde » de nos mœurs mais on peut mettre en place des mesures préventives pour que, à l’avenir, seules les prostituées professionnelles s’y adonnent encore. Cependant, je suis convaincu que, avec le temps, le phénomène finira par disparaître faute de nouvelles adeptes.

À suivre….

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

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