RD Congo - Destinée

Publié le par Vieuxvan

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Dimanche 5 juin 2011

 

L’événement du jour

La nature continue de dicter sa loi à l’humanité impuissante. Aujourd’hui, c’est le Chili qui en fait les frais.

L'éruption d'un volcan entraîne l'évacuation de milliers de Chiliens

 

L’article du jour

 

 

RD Congo – Destinée

 

Le destin !  Voilà un concept assez relatif et qui ne fait pas consensus. Certains disent que le destin d’un individu est immuable ; d’autres affirment qu’il nous vient de Dieu ; d’autres encore allèguent que des magiciens et sorciers peuvent décider à tout moment du sort de quelqu’un. Où est la vérité dans tout cela ?

 

J’ai connu une grande artiste pleine de courage dont le sort a été affecté depuis la naissance. Il s’agit de Mpongo Love. Lorsque mon ami Empompo Loway me la présenta, il voulut que j’enregistrasse ses premières chansons et que je les diffusasse dans le cadre de ma tranche hebdomadaire Télé-Dimanche. A l’époque, nous émettions encore à partir des studios de la Gombe. Je ne fus pas chaud en voyant comment elle marchait en boitant. Empompo insista et me dit :

 

- Mansé ! (un autre surnom que j’ai oublié de vous mentionner, gracieuseté

  de  Rochereau Tabu Ley) Donne-lui le micro et tu verras par toi-même !

 

Sans manifester beaucoup d’enthousiasme, j’accédai à sa demande. Mais, auparavant, on maquilla la fille comme on fait avec tous les invités. Soudain, je la vis se métamorphoser à vue d’œil. Elle était télégénique ! On lui fit faire un effet de voix. Mes techniciens d’exploitation et moi-même en fument estomaqués. On la fit asseoir ; on braqua les projecteurs sur elle ; on la cadra et ce fut parti. Son répertoire était riche. Il comprenait toutes ces chansons de ses débuts, certaines composées par elle-même, d’autres par Freddy Mayaula, d’autres encore par le poète Simaro Lutumba. Elles s’intitulaient Ndaya, Kapwepwe, Koba, Ede, Montayo, etc..

YouTube - Mpongo Love Ndaya (English)

 

Le même jour, les images de ces chansons se retrouvèrent sur tous les écrans du pays. Une nouvelle vedette était née. Elle était très fière d’elle et reconnaissante à mon égard. Nous sympathisâmes encore plus quand j’appris plus tard le drame qui avait frappé sa famille et comment elle était née infirme du fait que lorsque sa mère, qui était enceinte d’elle, avait appris les circonstances tragiques dans lesquelles son mari Gilbert Mpongo était décédé.

Cette Kinoise était originaire de ma province, elle avait du talent à revendre et surtout beaucoup de courage. Je décidai aussitôt de faire sa promotion chaque fois qu’elle le désirerait. Tshitenge Nsana me disait souvent à la blague : « C’est ta fille ; c’est toi qui l’as lancée »

 

Plus tard, Empompo et elle se séparèrent. Elle est revenue me voir.
Cette fois, ce fut à la Cite de la Voix du Zaïre. Nous réalisâmes de nouveaux clips avec  son nouvel album
YouTube - Mpongo love - Rebe.

 

Elle revenait du Gabon où elle s’était installée et s’était produite en spectacles un bon moment. Elle me raconta comment elle et ses musiciens avaient été choyés au Gabon. Fidèle Etchenda, un des mes collègues de promotion à l’O.R.T.F Paris, cousin du président Bernard Omar Bongo et ministre de l’information, les avait pris sous sa protection dès qu’elle avait mentionné ses liens de « parenté » avec moi. Au cours de notre stage en 1970-1971, Etchenda voyageait souvent les week-ends entre Paris et Libreville. Il était toujours bourré de fric alors que, nous, nous nous contentions de notre bourse du Centre International des Stages (CIS)

 

Bref, elle et ses musiciens avaient été logés gratuitement dans une ou deux villas de luxe pendant toute la durée de leur séjour.

YouTube - M'PONGO LOVE - DESTINE

 

Rassurez-vous ! Les clips que je vous présente aujourd’hui ne sont pas ceux que j’ai réalisés dans le studio B de la Cité de la Voix du Zaïre. Je ne sais pas ce que sont devenus ceux-là.  J’aime bien la chanson Fétiche Mpongo qui correspond un peu au sort qui les avait frappées elle et sa mère :

YouTube - M'Pongo Love - Fetiche Mpongo

 

Nous avons continué à nous voir quelque fois lorsqu’elle n’était pas en voyage ou moi en mission de tournage à l’intérieur du pays. Lorsqu’elle passait par Kinshasa en mon absence, elle rendait visite à ma famille. Une ou deux fois, je suis allé avec elle chez-elle à Binza Ozone. C’est alors qu’elle m’a mis au parfum des relations avec la famille présidentielle. Sa mère œuvrait depuis la mort de son mari au foyer social du camp Kokolo sur l’ordre du président Mobutu.

 

Encore une fois, les voyages nous ont éloignèrent l’un de l’autre. Cette fois, ce fut en février 1982. Je m’envolais pour Bry-sur-Marne en France pour deux années de perfectionnement. Puis, je me retrouvai en 1984 à l’Université Laval au Canada. C’est de là que je suivis de loin la suite de sa carrière musicale. J’aimai bien la façon dont elle rendit hommage aux femmes commerçantes et surtout monoparentales de notre pays.

YouTube - Mpongo love- Femme commercante

 

Je ris en mon for intérieur en écoutant une autre de ses chansons qui ne pouvait viser que Vonga Aye, la nouvelle protégée d’Empompo. Il y eut des bobards au sujet du triangle Empompo-Vonga Aye- Mpongo Love ainsi que de ses prétendues aventures avec Mobutu Niwa et Luntadila Luzolo (Ratelsco) et Nsuele, Père Boucher. Tous ceux dont je viens de vous citer les noms sont décédés. Bizarre ! Mais, moi, par respect sans doute, comme le font les filles bien élevées à l’égard de leurs grands-frères, elle ne m’a jamais parlé de sa vie sexuelle.

YouTube - Mpongo Love - Trahison

 

Il y a quelques mois, des mélomanes kinois ont fêté des anniversaires de musiciens célèbres décédés. Le sien est presque passé inaperçu. Les gens ont parfois la mémoire courte ! Mais, moi, je n’ai pas oublié cette fille douée pour la chanson et très courageuse malgré son handicap. Elle aura laissé sa marque.

 

Mpongo Love me considérait comme son grand-frère. Elle m’appelait toujours « yaya » avec un accent kikongo. Son décès me chagrina et me fait souvent penser que nous ne sommes que de passage ici-bas et que nous avons chacun notre destin.

 

Je ne lui reproche donc pas d’avoir essayé de profiter de la vie, car on ne vit qu’une seule fois :

 

On Ne Vit Qu'une Seule Fois (Lutumba Simaro) -

 

Que Dieu ait pitié de son âme !

 

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La pensée du jour

Ceux qui n’ont jamais connu la rigueur des pays nordiques

Ignorent les manteaux, fourrures, bottes et gants d’hiver,

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À demain !

Rose Laurens - AFRICA-

 

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