RD Congo - Diaspora et amitiés douteuses

Publié le par Vieuxvan

RD Congo : diaspora et amitiés douteuses

 

 

Un jour, j’ai reçu un commentaire d’un lecteur qui avait un nom et un prénom américains. Ä force de m’agacer par ses questions, j’ai fini par lui demander de quoi il se mêlait. Il m’a alors révélé qu’il était un Congolais pur sang comme moi mais qu’il évitait de se mêles à ses compatriotes. Ce la ne m’a pas étonné. Je connais beaucoup de Congolais de la diaspora qui ont rompu leurs liens avec la communauté.

 

Le problème des Congolais, c’est qu’ils aiment se mêler de ce qui ne les regarde pas pour ensuite critiquer bêtement sans avoir fait de vérification.  Les Africains aiment faire circuler les rumeurs. Je connaisun compatriote qui a mauvaise réputation à ce sujet. Un jour, on lui a tendu un piège. Suite à des fausses informations circulant dans la communauté congolaise de Montréal, il a été soupçonné d’avoir répandu la nouvelle. Comme il niait et persistait, quelques compatriotes lui ont délégué quelqu’un qui s’est dit atteint de sida. Le lendemain, tout Montréal était au courant. Il avait utilisé son téléphone pour répandre la nouvelle. C’est par le même téléphone que les gars qui lui ont tendu le piège lui ont fait savoir qu’il était tombé dans le panneau. Il est resté bouche bée.

 

Notre ami n’est pas le seul à dénigrer et à colporter de fausses révélations. Certains de nos compatriotes qui, lorsqu’ils se réunissent, parlent maladroitement de la politique au pays ou se moquent de tel compatriote qui a eu tel ou tel problème. On dirait qu’ils manquent d’imagination ou n’ont pas de sujets de conversation. Beaucoup d’anciennes amitiés ont connu un fiasco à cause de ces « biloba-loba »

 

J’ai connu un monsieur qui réunissait des amis chez lui. Il passait son temps à vouloir se moquer de l’un ou l’autre. Le groupe a fini par se désintégrer. Il y a beaucoup de « mapeka » qui aiment se donner de l’importance en faisant croire qu’ils sont supérieurs aux autres, ce qui est totalement faux. Je me suis toujours dit qu’il n’y a pas de sottes gens ni de sots métiers. Personne non plus n’est irremplaçable.

 

Personnellement, j’ai des îlots d’amis. J’en ai un dans la ville de Québec, où j’ai vécu durant mes études de maîtrise. Ce sont des Québécois de vieille souche. Jamais, lorsque nous nous rencontrions, nous ne parlions de politique ni parlions de personnes absentes. Nous n’avions à cœur que de nous amuser dans le respect réciproque. Un de mes anciens collègues d’université, un Haïtien pourtant marié à une Blanche,  a essayé d’adhérer au groupe. Il s’est aussitôt trahi. D’abord, il était souvent ivre avant même de sortir de chez-lui. Tenez, un jour, il  était tellement rond qu’il s’est présenté à une soirée de la Ville de Charlesbourg avec une paire de chaussures dont l’un des souliers était brun et l’autre noir ! Quelle gêne pour sa femme et tout le groupe ! Et puis, il s’est mis à vouloir courtiser les femmes du groupe en l’absence de leurs maris. Les bonnes femmes m’ont mis au courant et informé leurs maris. L’insensé s’est vu interdire de se joindre à nos réunions et soirées.

 

Revenons à Montréal ! Dans la communauté congolaise, il y a aussi ce genre d’individus qui se permettent de manquer de galanterie et de bonnes manières. Vouloir courtiser la femme d’un ami est un signe de mauvaise éducation. Un jour, une semaine à mon arrivée à Montréal, j’ai été chez chez Lotutala, aujourd’hui professeur à l’UNIKIN, qui avait perdu un parent au pays. Quelqu’un s’est approché de moi gentiment ; il m’a serré la main en me demandant : « Farceur, comment ça va ? » Il me connaissait de réputation. On ne s’était jamais rencontré auparavant. Il croyait dur comme fer que tout artiste est un voyou. Sans élever la voix, je l’ai aussitôt remis à sa place. Et il y en a eu un qui s’est porté à sa défense, comme tout bon Mukongo, pour me rappeler le dicton : « Vo lende lawu una kimpene, vuata nlele ; vo kewau ko si babanza vo nge mpe diaka u lawu » (Si tu pourchasse un fou qui est nu, mets-toi un pagne sinon on risque de te prendre, toi aussi, pour un fou) Je n’ai pas osé relever vu la cérémonie qui nous avait réunis. Ce sont ces petites choses-là qui font que la communauté s’est scindée en groupuscules. Moi-même, à part mes amis de la ville de Québec, je me suis fait deux amis à Radio-Canada, tous deux se prénomment Marc. Ils m’ont fait entrer dans leur groupe où il y avait un John, un médecin, Alain, un éditorialiste et Gilles, un professeur d’université ainsi que sa femme Glenda. Nous ne nous voyons plus très souvent à cause des conflits d’horaires et des emplois de temps. Mais, nous avons gardé le contact et il nous arrive de prendre un verre chez l’un ou l’autre.

 

Depuis la chute de Mobutu, le nombre de Congolais de Montréal a centuplé. On ne se reconnaît même plus. Plusieurs regroupements ont vu le jour. Les Baluba ont leurs groupes, les gens de Bandundu, les « Bana Ekanga », etc. Je me suis souvent retrouvé en milieu inconnu à l’occasion d’une invitation à un mariage. Cela ne veut pas dire pour autant que les gens pratiquent du tribalisme. Loin de là !

 

J’ai, depuis,  adhéré à un groupe de Congolais grâce à ma fille Trophée Mansevani. C’est un mélange de plusieurs ethnies. Nous sommes unis, solidaires, courtois, gentils. En font partie entre autres Tonton Despy et Maman Aline, Tonton Danny et Maman Betty, Ma fille Trophée et son mari Anto, Tonton Lutumba et ses filles,Picasso, Atou, Jackson, Lydie Belesi et cie ainsi que quelques autres couples qui se joignent à nous de temps en temps. C’est étrange. Ce groupe d’amis se comporte exactement comme mes amis de Québec à tous points de vue. La seule différence, c’est que nous avons le même feeling, appartenant à la même culture. Ainsi, à certaines grandes occasions dont le Nouvel An et les anniversaires d’un chacun,  nous nous réunissons. Nous veillons ensemble en mangeant, en buvant et en dansant. Jamais je n’ai entendu des paroles désobligeantes parmi les couples de notre groupe.

 

Nous ne sommes pas qu’un groupe de fêtards. La plupart  d’entre nous sommes des chrétiens même si nous ne fréquentons pas les mêmes Églises. Et qui plus est, lorsque l’un ou l’autre d’entre nous a un problème et qu’il fait appel à nous, nous sommes toujours prompts et disponibles pour lui prodiguer des conseils et ça reste entre nous.

 

Voilà  ce que j’appelle une vraie amitié !

 

Avant mon arrivée ici, les rares Congolais qui résidaient au Canada étaient des étudiants boursiers. Ceux qui voulaient rentrer au pays le faisaient. Ceux qui voulaient demeurer se mariaient à des Canadiennes. Mais. de façon générale, à quelques exceptions près, la plupart savaient bien se comporter en public. J’ai rencontré ici des enfants de Mpinga Kasenda, Engulu, Nzuzi wa Mbombo, général Bangala  et autres. Ils étaient des Kinois. Ils respectaient leurs vieux, dont moi-même. Mais, il y a eu aussi les nouveaux venus de la fin des années 90 qui n’étaient pas, hélas, du même genre. Il y en a qui quittaient le pays pour la première fois. Certains venaient d’ailleurs tout droit de l’intérieur du pays.

 

“Mboka mopaya zoba” Voici quelques petits incidents qui vous feront rire!

 

Une femme, qui venait de trouver un logement sur la 6ème avenue à Verdun,  allait souvent sur la  5ème avenue

pour rencontrer son médecin. Depuis un mois, elle prenait l’autobus no 58 qui dessert la rue Wellington, descendait au métro de l’Église, descendait les escaliers, prenait le métro Verdun, descendait au métro Verdun et se rendait à son rendez-vous. Un jour, à sa sortie de chez le médecin, mon épouse la rencontra et lui demanda où elle habitait. Elle le lui dit. Au moment de se séparer, elle se dirigea vers le métro Verdun pour reprendre son trajet habituel en sens inverse. Ma femme lui demanda si elle allait au centre-ville. Elle répondit qu’elle retournait chez-elle. Ma femme éclata de rire et lui dit : « Tu n’as pas besoin de métro ni d’autobus ! Tu habites à cinq minutes de marche d’ici. Vois-tu ? Nous sommes en ce moment sur la rue Verdun qui est parallèle à la suivante, la rue Wellington, où tu prends ton autobus ! » Comme mon épouse n’était pas pressée, elle l’accompagna à pied jusque chez-elle ! Toutes deux éclatèrent de rire !

 

Un couple, nouvellement arrivé à Montréal, avait rendez-vous avec l’agent de l’immigration au métro Guy-Concordia. En arrivant au métro Lasalle, il demanda à une femme québécoise que métro prendre pour aller à son rendez-vous. La femme lui dit : « Prenez la ligne verte ! » Le couple descendit dans la bouche du métro et attendit de voir arriver une rame de métro peinte en vert. Les minutes s’écoulèrent. Tous les métros qui venaient et repartaient étaient bleus. Finalement, au bout de trois heures, il se plaignit auprès d’une autre femme en disant : « Voilà des heures que nous attendons la ligne verte » La femme ne put s’empêcher de rire : « Monsieur, dame, vous êtes bien sur la ligne verte ! Sur papier sur les affiches, c’est indiqué « ligne verte » mais les wagons, eux, sont bleus ! » Le couple prit le prochain métro et arriva en retard à son rendez-vous. Il dut expliquer sa mésaventure ! C’est la femme du couple qui raconta elle-même son histoire à ma femme dans sa boutique, quelques années plus tard…

 

J’ai entendu une autre histoire, celle d’un ancien commandant de garnison congolais,  qui n’avait jamais vu d’escalator. Lui, un ancien officier, avait peur de mettre son premier pied sur l’escalier roulant  et il tremblait de tous ses membres. Cela s’est su grâce à la radio-trottoir. On a bien compris qu’il n’avait jamais vécu à Paris, ville chère aux amateurs de « nguma » !

 

 Il y a aussi un gars, qui se disait avoir été garde du corps d’un de nos généraux ; il a été surpris en train de se frictionner discrètement les aisselles avec un tube contenant un désodorisant, l’ayant confondu avec un déodorant ; cela s’est passé en public. Les jeunes qui étaient là n’ont pu s’empêcher d’éclater de rire ! 

 

Bon. Ceux-là, on ne peut pas leur en vouloir. Cela peut arriver à tout le monde.

 

Moi-même, en 1970, j’ai vécu un moment effroyable. Nous avions été invités à une soirée à la Maison de l’O.R.T.F. Nous eûmes droit à un copieux festin arrosé de champagne, de whisky et vins de diverses sorte. J’en bus tellement que J’en fus ivre et incapable de bouger le petit pied. Nous résidions à Maison-Laffite, en banlieue parisienne, non loin de notre école. Francis Pezo, qui était mon collègue, dut ma traîner de la Tour en question à Maison-Laffite. Il était minuit passé, je crois. Je vomissais dans le métro et le train, faisant fuit les passagers. Je ne me souvenais plus de rien. Pourtant, malgré sa petite taille, son dégoût (les Blancs nous zieutaient curieusement) et le fait que lui-même fut aussi éméché, mon compatriote parvint à me ramener à destination. Je ne l’oublierai jamais. Il me fallut deux jours pour récupérer et écouter le récit de ma salle aventure !

 

Bon. Assez d’histoires !

 

Des fois, nous en rions, mais il me faut rappeler combien certains compatriotes, surtout ceux des plus jeunes générations, aiment impressionner (Je vous parle de ceux du Canada). Il en est qui le font si maladroitement qu’ils suscitent des moqueries de leurs pairs qui, eux, n’ont pas besoin de publicité mais qui travaillent fort pour s’intégrer à la société canadienne. Et, ce sont ces derniers qui font notre fierté ici. À cause justement des maladresses d’autrui, certains d’entre eux  préfèrent de plus en plus vivre en vase clos.

 

Je crois que nous devons changer nos mentalités où que nous soyons. Il y a des qualités comme l’honnêteté, l’éthique et le respect des autres qui sont essentielles à la survie d’une amitié. Certaines fréquentations sont à éviter. Que ceux qui se sentent isolés ne s’en prennent qu’à eux-mêmes !  Il est des choses qui ne s’achètent pas. La bonne réputation en est une.  La noblesse en est une autre.

 

Merci de votre bonne attention et à demain !

 

À demain !

 

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