RD Congo - En souvenir de Madilu

Publié le par Vieuxvan

RD Congo : En souvenir de Madilu

 

 SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE

 

Il y a deux jours, j’ai lu cet article consacré à l’artiste Madilu qui nous a quittés inopinément il y a trois ans. Comme le temps passe vite !

Culture

Madilu System: le troisième anniversaire de sa mort passé dans la méditation

 

J’ai connu Jean- de- Dieu Bialu Makiese alias Madilu System à l’époque où il venait de fonder l’orchestre Bakuba Mayopi, lequel n’a malheureusement pas fait long feu. Je l’ai quelque peu perdu de vue jusqu’à ce que survienne cet incident à l’aéroport international de Ndjili avec Rochereau Tabu Ley qui l’aurait laissé tomber au dernier moment. Il ne faut pas se surprendre que Madilu ait atterri chez Franco. Bien que les deux géants de l’époque se soient officiellement réconciliés, Franco a souvent piqué les musiciens de Rochereau en représailles, sans doute, au fait qu’il lui ait « volé » Sam Mangwana. À l’époque où j’ai réalisé le clip publicitaire avec la chanson « Mosekonzo », Muana Ndjoku était pratiquement, de son plein gré,  séquestré sur la 10ème rue à Limete où le grand « Roch » résidait et avait son quartier général avant  de transporter ses pénates à « Sebene » puis « Type K »

 

Les premières années de Madilu dans l’O.K. Jazz ont été plutôt discrètes. J’ai entendu des gens l’appeler du sobriquet « Oncle Zicalpens ». En tout cas, l’orchestre disposait déjà d’une attaque-chant formidable. Néanmoins, j’ai senti la présence de Madilu dans les trois chansons obscènes qui ont motivé le ministre de la Justice de l’époque à les envoyer derrière les barreaux. Il y a de ces commentaires en sourdine qui dépassent tout entendement notamment dans « Heleini » Si j’avais été le juge qui les a condamnés, j’aurais cherché à identifier qui étaient ces musiciens qui toussaient, criaient et sifflaient en sourdine. Rien que pour cet excès de zèle, je les aurais condamnés à une plus lourde peine.  Il y a eu, bien sûr, la série « Chandra », « Biya », « Edingwe » et « Maclebert » (Excusez-moi si j’énonce mal les titres ; j’étais déjà parti du pays) Mais. Madilu semblait encore jouer les deuxièmes rôles.

 

Les années 80 nous ont fait découvrir un Madilu transfiguré. Tout le monde sait comment, grâce à son épouse, à bord d’une voiture, Franco s’est rendu compte qu’il avait au sein de son orchestre une voix dont le timbre se compléterait admirablement avec le sien. Et Franco créa Madilu System !

 

Ce que j’apprécie particulièrement de Madilu à part le timbre et le charme de sa voix, ce sont justement ces petits ajouts et commentaires comme dans « Sylvain » où il commence par « Ah !Ah ! », dans Dati Pétrole où il s’introduit par « Bobebi na bino » , « Oh ! Mama ! » … « Bana imbua, wou…wou.. » ou encore  « Hé ! Hé !Hé ! » dans « Eau bénite »  Ces répliques-là, qui viennent toutes à propos, ce n’est pas n’importe quel  musicien qui est capable de les débiter aussi spontanément et naturellement. Dans les œuvres de Lutumba, en tout cas, les « mabanga » semblent bien s’insérer dans les ingrédients qui embellissent l’œuvre musicale.

 

En parlant des « mabanga », précisément, c’est lui qui les a vulgarisés dans le T.P. O.K. Jazz. Je suis certain que, à certains moments,  Lutumba devait se tirer les cheveux. Mais que faire lorsqu’une chanson est bien interprétée et que les « mabanga » ne sont pas si gênants que ça ?  Il nous arrive de laisser passer certaines choses malgré nous à cause des contraintes budgétaires qui nous obligent de respecter les  horaires d’occupation de studio ou de plateau. On ne va pas recommencer un enregistrement ou une prise de vue chaque fois parce qu’un artiste a « lancé » quelqu’un soudainement ? Ils ne sont pas fous, ceux qui se livrent à ce jeu. J’en ai fait les frais lorsque je réalisais le « Théâtre de chez-nous » Lorsque Madilu a été congédié et qu’il s’est mis à voler de ses propres ailes, il ne s’est pas gêné de se faire le champion des « mabanga » Un jour, un ami et moi en avons dénombré 1500 dans une même chanson. Il faut le faire !

 

Je pense que, avec les chansons « Mario », « Mamou », « Non » et autres, Franco a lui-même créé un monstre. Chose rare jusque-là, Franco plébiscitait son chanteur : « Madilu, tika ye aloba…loba…loba.. », « Madilu System, muana, yemba ! », « Madilu, ngai nakamuaka »” En cela, Franco a fait de Madilu un héros parmi ses pairs. Faut-il s’étonner dès lors que l’artiste se soit enflé d’orgueil  ou que certains de ses collègues musiciens l’aient pris en grippe ? Mon ami, feu le général Mahele, alors en stage à Paris,  m’a dit un jour, alors que le président Mobutu l’avait invité à le rencontrer :« Pembeni ya mokonzi bakufaka nzala te » (Matthieu 15 :27) Effectivement Madilu m’a tenu presque les mêmes propos au sujet de ses rapports avec Franco, le jour où il m’a reçu en privé chez la fille de l’un de ses amis dans le quartier Charlevoix. Cela s’est passé lors de sa dernière visite à Montréal où il a donné des concerts avec Canta Nyboma. Il y avait des témoins avec moi, à savoir mes enfants Risée Mansevani, Odyssée Mansevani et Jubilé Mansevani ainsi que mon gendre Antoine Gama. De son propre aveu,  le Grand maître avait fait de lui son chouchou,  chargé des missions spéciales : « Ngai motu nazuila yo bambata (Mamou). Je vous ai déjà conté l’histoire de la voiture qui lui avait été prêtée par son patron pour aller porter un cadeau à Kimbanseke où résidait sa dulcinée. Madilu s’est évanoui dans la nature avec la bagnole et n’a réapparu que trois jours après, déclenchant la furie de son patron. Mais ça s’est arrêté là ! Si ça avait été un autre musicien, il se serait vu montrer la porte de sortie, je vous le jure !

 

Ce qui devait se produire arriva. Madilu fut accusé d’avoir propagé que l’hospitalisation de Franco en Europe était dû au fait qu’il était atteint du sida. Tout s’écroula donc pour notre ami. Révoqué de l’orchestre, il ne pouvait plus nous faire entendre cette touche originale et particulière qu’il a apportée aux satyres du Grand maître Luambo ni aux envolées lyriques du grand poète Simaro Masiya Lutumba.

Kinshasa, mboka te !

 

Madilu nous a confié qu’il s’apprêtait à enregistrer un album dans lequel figureraient entre autres les chansons « Yaya » et « St-Étienne »  Il nous a aussi décrit la scène dans laquelle, au cimetière de la Gombe, le jour de l’enterrement du Grand monument, il a versé des larmes tout en prononçant un petit mot pathétique, destiné à son bienfaiteur. Il a dit au mort qu’il était victime d’un complot monté et lui a répété qu’il ne l’a jamais renié malgré que ce dernier l’ait banni.  Ces faits semblent d’ailleurs être confirmés par une radio de Kinshasa qui livre la vérité sur la mort de Luambo Makiadi, mort empoisonné à petit feu, victime de Mobutu et de ses services de sécurité, dont il faisait lui-même partie, lesquels avaient des ramifications partout. « Qui tue par l’épée périt par l’épée » ! Je m’abstiens de vous faire entendre ces émissions radiophoniques, sachant que beaucoup d’entre vous les ont déjà soit écoutées sur « Zumel 1000.com  soit découvertes sur CongoForum.net. Somo trop ! Ne voilà-t-il pas qui corrobore mon analyse personnelle contenue dans l’article intitulé « Les larmes de Kuambo » ?

 

Aujourd’hui, le Grand Ninja et son patron, le Grand maître, se trouvent de l’autre côté de la frontière qui ne se franchit qu’en aller simple. Ils y ont sûrement retrouvé tous les autres artistes tels que le Grand Kallé, Docteur Nico, Bavon Marie-Marie, Johnny Bokelo,  Wendo Kolosoy, Joe Mpoyi, Pépé Kallé,  Frank Lassan, Ya Ntesa, Sangana, Abeti Masikini, Mpongo Love, les frères Soki, Dindo Yogo, Roxy , Ya Lengos, Pajos, Mujos, Chantal, Essous Serge, et autres ? Y a-t-il une vie là-bas ? Si c’est le cas, les morts enterrés au cimetière de la Gombe ne doivent pas s’ennuyer ! Je l’espère pour eux. Depuis, Franco et son chouchou ont peut-être lingé leur linge sale ? Mystère !

 

Quoi qu’il en soit, Madilu a laissé une grande empreinte sur notre musique. En duo avec Franco, c’est lui qui chantait pendant que son patron se moquait : « Bino mpe ndenge bolinga ngulu » (Merci bapesa na mbua),  « Epai zuwa ya ko wouyé » (Mario) ; « Omona naino ndumba  akoma muasi ya libala te ? » (Mamou ) ou injuriait : « Basi ya bilongi mabe, botuna nani asala nino bilongi kuku..kuku..kuku.. ( Non ) C’est grave ! Comme le disait souvent Madilu lui-même.  En solo vocal dans  les chansons « Sylvain », « Dathi Pétrole »,  « Eau bénite », « Ophela », etc., c’est lui qui semble pleurer à la place des amoureux aux cœurs meurtris. Les tubes qu’il a composés après son départ de l’orchestre, à savoir  « Voisin », « Magali », « Yaya », « L’Eau », « Si je savais comme ça », « Ako », « Sœur en Christ », « Bonheur Plus », « Assistance sociale » et autres ont prouvé qu’il était capable de tirer son épingle du jeu, comme le font tous les artistes qui se font traiter, à tort ou à raison,  de rebelles, d’indisciplinés ou encore de marginaux par leurs pairs. En tout cas, les chansons qui portent la marque vocale du Grand Pharaon Madilu Multi-System demeureront  à jamais gravées autant sur les CD que dans nos mémoires.

 

D’où l’éternelle question :  les artistes meurent vraiment ?

 

À demain !

 

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article