RD Congo - Je m'en souviens vaguement

Publié le par Vieuxvan

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Samedi 7 janvier 2012

Grand Kalle - Independance Cha Cha - YouTube

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L’article du jour

RD Congo - Je m’en souviens vaguement

J’ai lu les deux articles ci-dessous qui nous rappellent les tristes événements du 4 janvier 1959.
Commémoration à Kinshasa du 53ème anniversaire des martyrs de l’indépendance de la RDC [lire +]
S’en souvenir

Je n’ai pas envie d’y revenir du fait que le sujet a été déjà maintes fois abordé et débattu par ceux qui, à l’époque, avaient l’âge voulu et des connaissances suffisantes pour comprendre ce qui se passait.

Moi, en ce temps-là l’époque, je n’étais qu’un adolescent. J’étais en classe de 3ème gréco-latine, l’équivalent de la 4ème année du secondaire, au collège Notre-Dame de Mbansa-Mboma. Tous nos professeurs les uns Wallons, les autres Flamands, étaient tous des Blancs. Je venais d’avoir 16 ans.

A cette époque-là, en dehors des études et de divers sports existant au collège dont le football, le basket-ball, le volley-ball et le tennis de table, sports que j’ai tous pratiqués, il y avait la musique pour nous distraire. Nous venions de créer notre propre orchestre, le JECOMBA  (Jeunesse congolaise de Mbansa-Mboma) dont je vous ai déjà parlé. C’était une première dans l’histoire de l’établissement.

Tout en travaillant fort, nous avions des moments de distraction pour jouer aux cartes, aux dames, aux échecs et autres sans oublier la fanfare. Nous nous amusions ferme dans ce collège qui pourtant de l’extérieur ressemblait à un petit séminaire, ce qui n’etait pas le cas,

Ne sachant vraiment pas ce qui se tramait en ville au plan politique, nous lisions discrètement les journaux sans faire trop de commentaires. Nos professeurs riaient de nos dirigeants et disaient tant de mal de tous ceux qui parlaient d’indépendance au point de semer des doutes dans nos esprits. Ils affirmaient que tous ces gens-là rêvaient en couleur. Ils prétendaient que nous ne serions jamais capables de fonctionner sans eux. Avaient-ils raison oui ou non ?


Personnellement, j’avais entendu parler de Kasa-Vubu et Bolikango sans vraiment y prêter attention. Moi, ce sont les nouvelles du sport, le football, pour ne pas le citer, qui accaparaient mes rêveries. Boniface Kibiasi, alias René Vignal, gardien du Daring club et des Lions, était mon idole. Je découpais des photos de ses plongeons spectaculaires que je collais dans mon album. En dehors des journaux, c’est la radio qui nous égayait. Nous écoutions les belles chansons de l’époque :
African Jazz - Miwela Miwela

Si les années 54-56 nous avaient abreuvés de rumbas, boléros et calypsos, les années 57-59 connurent plutôt un essor du cha-cha-cha et de la pachanga.
Rock A Mambo & Dewayon - Maria Valente (1958) - YouTube

C’était juste après les Fêtes de Nouvel An. Nous étions en vacances. Je faisais comme tous les jeunes curieux et dégourdis de l’époque, à savoir livrer des matchs inter-quartiers, aller assister à des matchs de football au Stade Tata Raphael, flâner ici et là et aller faire le « ngembo » chez Vis-à-vis, Petit Bois, La Cubana , Congo-Bars, Di Theo-Bar, etc.
Franco & T.P.O.K. Jazz - Tcha tcha tcha de mi amor

Cet après-midi-là, je me trouvais au Camp Nicolas Cito, écoutant la retransmission en direct d’un match à la radio avec des copains fanatiques de V. Club. Ils n’avaient guère le cœur à la fête car leur équipe perdait contre Mikado. De l’endroit où nous nous trouvions, aux limites avec le quartier Immocongo, nous entendions les murmures en provenance de Moscou, les gradins occupés par les fanatiques du club Vert et Noir.

Je n’avais aucune idée de ce qui se déroulait au centre YMCA. A vrai dire, je ne connaissais rien de la politique ni des leaders congolais de l’époque souvent objets de railleries de la part de nos prêtres professeurs belges. Je ne savais rien de l’ABAKO ni qu’elle tenait un meeting sous la présidence de Joseph Kasa-Vubu. J’avais vaguement entendu parler de ce dernier, d’Arthur Pinzi et de Pierre Canon, trois bourgmestres de race noire, des citoyens veinards en cette période coloniale.

Brusquement, nous entendîmes des clameurs qui s’amplifiaient et se propageaient. Le match était terminé mais, sur l’avenue qui longe la rivière Kalamu et qui sépare les quartiers Camp Cito et Renkin, en deçà de l’école St-Jean Berckmans, nous vîmes des gens courir dans tous les sens avant d’entendre des coups de feu. Notre première réaction fut de nous planquer. A l’époque, je passais mes nuits sur la rue Opala au croisement avec Birmanie en face du dispensaire de la Croix-Rouge. J’aurais bien pu dormir chez mon grand cousin Ambroise qui résidait rue des Orangers au Camp Cito, mais ses enfants avaient grandi et l’espace vital commençait à faire défaut. Je quittais donc précipitamment mes copains et commençais à prendre des raccourcis, allant de Renkin à Dendale. Du coup, je débouchais au coin de Prince Beaudouin et l’actuelle Bongolo en face des magasins de Portugais situés au quartier Foncobel. Je vis une voiture incendiée sans bien savoir pourquoi. Je n’avais jamais vu une émeute de ma vie. Soudain, je m’aperçus que des gens sortaient des magasins sur Foncobel qui avec un poste de radio, qui avec un frigidaire ! Ils devaient être physiquement forts ! Des voleurs, me dis-je ! Je hâtais le pas pour m’éloigner, sachant que le police coloniale ne se ferait pas prier pour procéder à des arrestations et même tirer sur les pillards.
Dieu merci, je pus regagner le 80 de la rue Opala sain et sauf. J’avais craint en cours de route de me faire interpeler par la police, car je ne sortais jamais avec des pièces d’identité sur moi, certain de ne pas être impliqué dans quelque incident que ce soit, étant un garçon bien élevé.

Entre-temps, les pillards, eux, s’en donnaient à cœur joie. J’en voyais passer, d’aucuns courant sur Birmanie dans les deux sens, d’autres remontant la rue Opala en venant d’Assossa et traversant Birmanie pour se diriger vers l’avenue Saio. Au loin, des coups de feu sporadiques se faisaient entendre. C’était le sauve-qui-peut.

La suite des événements, je l’appris par la radio sans vraiment mesurer la portée de ce qui se passait. Pendant trois jours, il y eut un couvre-feu. Nous ne mettions pas
le nez dehors, regardant passer les policiers congolais patrouiller dans la rue devant nous.

Pour tout vous dire, certains souvenirs demeurent encore confus dans mon esprit pour les raisons que j’ai évoquées et aussi parce qu’il s’en est passé du temps et des événements depuis lors.

Je ne sais pas au juste combien de Congolais sont tombés sous les balles des forces policières coloniales en cette journée du janvier 1959. Par contre, depuis l’indépendance en 1960, je me rends compte qu’il y a eu une véritable hécatombe. Les rebellions, les menaces de sécession, les règlements de comptes, les crimes politiques, les coups d’état réussis et manqués, les crises humanitaires et autres ont fait certes des millions de victimes.  Mais, il ne faut pas oublier de millions d’autres victimes mortes d’épidémies ou faute de soins médicaux adéquats ou encore suite à la malnutrition. Celles-là aussi il faut en tenir compte. Et pour cause ! En ces temps-là, bien que colonisés, nous prenions trois repas par jour. Il y avait des campagnes de vaccination contre les pandémies de tous genres.

L’indépendance n’a pas été bénéfique pour tous ces concitoyens sacrifiés. Pour moi, tous ces gens-là doivent être considérés comme des martyrs.

En cette période de souvenir, souhaitons que la sécurité revienne partout sur le territoire national et que les conditions socio-économiques de notre population
deviennent meilleures que celles que nous avons connues à l’ère coloniale.

N’est-ce pas ce à quoi nous nous attendions en revendiquant notre indépendance
Illico presto ?

Congo - Mbilia Bel - Naza

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