RD Congo - Oeuvres choisies - Mbilia Bel, le potrait de la Congolaise

Publié le par Vieuxvan

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Vendredi 7 septembre 2011

 

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RD Congo – Œuvres choisies :

Mbilia Bel, le portrait de la Congolaise

 

Hier, nous avons parlé du recours à l’authenticité dans le look de la femme congolaise. Vous avez pu voir que j’admire beaucoup Mbilia Bel pour son originalité et aussi du fait qu’elle est l’ambassadrice de la femme congolaise.

Congo - Mbilia Bel - Africa Feeling

 

Je n’ai pas eu le temps ni l’occasion de côtoyer ni de travailler sur des vidéoclips avec Mbilia Bel. Son succès est venu après mon départ du pays. Je l’ai souvent regretté. Et pour cause ! Elle m’est toujours apparue comme l’avocate de la femme congolaise. Ses chansons décrivent le quotidien de notre société, tel que le perçoivent nos femmes. J’aime ses choix et variations de thèmes. Ils décrivent les caractéristiques que l’on trouve chez la femme congolaise : tantôt fidèle, tantôt infidèle ; tantôt soumise, tantôt rebelle ; tantôt patiente, tantôt provocante ; tantôt encaisseuse, tantôt bagarreuse.

 

Allons-y de quelques exemples :

 

Dans Ba Gérants ya libala, elle dénonce l’ingérence familiale dans la vie de couple.  Effectivement, il existe chez-nous de ces familles ou la femme n’a pas un mot à dire. Ce sont les parents du mari qui font la loi. La femme devient de ce fait un simple objet :

Ba Gerants Ya Mabala - YouTube 

 

 

Dans Nazali mwasi, elle s’insurge cotre la discrimination salariale basée sur le sexe. On lui jette juste des miettes ou des os comme on le fait avec nos chiens de chasse. Elle faisait certainement allusion à monsieur Kasongo-Mampuya, son « ex » passager :

Mbilia Bel - Nazali Mwasi - YouTube

 

La prochaine chanson me rappelle feu Chantal Kazadi qui chanta jadis « Je m’en fous » C’est du déjà vu, un homme que sa femme a soutenu lorsqu’il etait dans la dèche et qui, aussitôt devenu un homme plein aux as, fait preuve d’ingratitude.

MBILIA BELL SA BELLE EPOQUE Titre Quelle mechanteceté DJOMEGABP

 

Dans Nairobi, elle fait l’éloge de l’amitié sincère qui fait que deux copains ou copines deviennent plus que des frères et des sœurs :

MBILIA BELL SA BELLE EPOQUE Titre NAIROBI / DJOMEGABP ...

 

Dans Contre ma volonté, elle dénonce les mariages forcés, lesquels sont souvent des mariages de raison :

MBILIA BELL SA BELLE EPOQUE Titre Contre ma Volonté ... 

 

Mbilia Bel prend d’abord la défense des femmes légitimes, appelées « premiers bureaux »

MBILIA BELL SA BELLE EPOQUE Titre Faux pas / DJOMEGABP

 

Dans un autre tube, elle dit prête à se battre pour conserver son homme même si ce dernier est un coureur de jupons :

MBILIA BELL SA BELLE EPOQUE Titre Lisanga ya bambanda ...

 

En écoutant Beyanga, je trouve que c’est aussi une bonne conseillère qui propose la patience. J’ai connu des copains coureurs de jupons qui se sont convertis. Leurs épouses, usant de sagesse et de patience, ont fini par les apprivoiser. D’ailleurs, certains sont devenus des pasteurs. Comme quoi, patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ! (Jean de la Fontaine)

MBILIA BELL SA BELLE EPOQUE Titre Beyanga / DJOMEGABP ... 

 

Mais, Mbilia Bel se fait aussi l’avocate des épouses  deuxièmes bureaux officiellement reconnues comme telles :

Pepe Kallé & Mbilia Bel - Na Lembi

 

Elle va même plus loin. Elle peut camper le rôle d’une tigresse capable de sortir de ses gongs et de sortir ses griffes. Dans cette autre chanson, elle est disputeuse. C’est elle qui s’en prend à la femme légitime de son mari :

Congo - M'bilia Bel - Faux Pas - YouTube 

 

Au fait, qui défend-elle ? Les mariées ou les 2èmes bureaux ? La bigamie n’est-elle pas un phénomène réel en Afrique ? Il y a-t-il pas des rois et présidents polygames ? De toute façon, s’il y a un coupable à chercher, c’est Simaro Lutumba. Mbilia Bel n’a fait que chanter avec conviction ce à quoi elle croit et adhère. La bigamie n’a-t-elle pas toujours fait partie de nos us et mœurs traditionnels ?

video lang: en fr

Lutumba Simaro - Mbilia Bel - Mobali ya Bato

 

De nos jours encore, les hommes riches ont des deuxièmes bureaux ; certains en ont même des harems sans compter les « essaims » d’’enfants. Voulez-vous que je vous cite des noms dont ceux de certains de nos artistes musiciens ?

 

Mbilia Bel, on le sait, n’est pas une nonne, ni Sœur Anuarite, ni Mere Teresa. Il y en a forcément qui la trouvent provocatrice et un tantinet vicieuse à cause de ses mouvements de hanches et de fesses. Personnellement, cela ne me choque pas.  Tshala Muana n’est-elle pas la reine du Mutuashi ? Chez nous, les Bandibu, les hommes du village choisissaient comme fiancées les meilleures danseuses. Or, c’est connu : chez les Bakongo, on danse avec les fesses (Djuna Mumbafu, Zaiko, Defao, etc.) En voulez-vous ? En voilà ! Ecoutez donc les cris d’animation de nos musiciens modernes :  Nikuna, Mai Doda, etc.

 

Bref, j’aime ses choix et variations de thèmes. L’une de mes chansons préférées est Naza. Vous savez tous que je crois aux mauvais sorts. L’Africain qui prétend ne pas croire aux forces occultes est un menteur :

Congo - Mbilia Bel - Naza

 

Mbilia Bel est si convaincante dans ses chansons. A certains moments, on a l’impression que c’est sa propre vie qu’elle décrit. Et pourtant, comme au cinéma, elle n’est qu’une interprète des préoccupations des femmes congolaises. En tout cas si, chez les artistes musiciens hommes, mon préféré est le poète Simaro Masiya Lutumba, chez la gente féminine, c’est Mbilia Bel qui me fascine. C’est un trésor de notre musique et de notre culture :

 

Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la rencontre des deux artistes nous ait donné des chefs d’œuvres qui font nos délices :

 

Pour ceux qui se plaignent de l’état actuel de notre cinéma, voilà des thèmes qui peuvent être exploités.

 

J’espère qu’il se trouvera quelqu’un pour illustrer certaines de ses chansons à thème. Le rire, la colère, la jalousie, l’hypocrisie, la convoitise, le repentir, la haine, l’intolérance, la frustration, les quiproquos, la vengeance, etc. sont des sentiments qu’un bon réalisateur peut intégrer à son chef-d’œuvre pour le rendre encore plus dramatique et plus proche de la réalité. Le spectacle, c’est beau, mais la mise en scène, c’est encore meilleur ! Une image ne vaut-elle pas mille mots ?

 

Juste pour vous donner un exemple pour illustrer « Contre ma volonté ». Certains parents Baluba aiment marier leurs filles jeunes pour qu’elles demeurent vierges, ceci en raison du tshibawu. Ne pourrait-on pas voir une fille de 15 ans, vendeuse de pains, victime de ce phénomène ? Elle serait mariée malgré elle à un monsieur âgé et dodu, propriétaire d’un grand supermarché et riche comme Crésus. Elle est employee dans la compagnie de son mari. Cinq ans plus tard, elle tombe amoureuse d’un des caissiers du supermarché nouvellement engagé, un vrai adonis…Amour interdit… Amour impossible…Dans son coin, elle pleure…Cela n’empêche pas d’alterner Mbilia Bel qui chante avec la fille qui se souvient (flashes back) de sa vie passée insouciante (école, quartier, vente de pains au marché, mariage forcé, moquerie de ses copines, etc. de sa condition actuelle (solitude, ennui, rencontre avec son jeune amant, trahie par une collègue jalouse, flirt découvert, son amoureux licencié, etc.)

 

On peut en dire autant pour toutes les autres chansons ci-dessus. Avec de bonnes idées, qu’est-ce qu’on peut s’amuser !

 

 

 

Les années s’égrènent.  Les us et coutumes changent aussi. Il faut que les vestiges de notre passé et du présent demeurent. Les enfants nés en Occident comprennent à peine les paroles des chansons de Mbilia Bel et des autres musiciens : Simaro Lumumba, Sam Mangwana, Kester Emeneya, Papa Wemba, Koffi Olomide, J.B. Mpiana, Werrason, etc. Eux, ils font leur part en tant que musiciens. Il appartient aux scénaristes et réalisateurs de développer davantage leurs idées. La fiction, c’est ce qui compte. Ne dit-on pas souvent que la vie est un long téléroman ?

 

Les rues, quartiers, écoles, marchés, restaurants, temples, domiciles, parcelles, bar-dancings et autres sites exploités dans nos sketches ne pourraient-ils pas servir de décors pour des intrigues illustrant nos belles chansons à thème ? Ne me dites pas que c’est une question d’argent puisque les producteurs de sketches le font. C’est une question de volonté.

 

Ne nous contentons pas de montrer les musiciens qui chantent et dansent. Nous les avons déjà vus et revus tant de fois sapés comme des rois. Nous pouvons continuer à le faire, mais, de temps à autre, quand le thème abordé en vaut la chandelle, accompagnons-les dans leurs cogitations ainsi que dans les situations qu’ils peignent ou dénoncent.

 

Bravo, Mbilia Bel pour ta description de la femme congolaise !

 

Quant à vous, mes chers lecteurs, passez une excellente journée !

 

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La pensée du jour

Les moutons et poules vivent de graines et d’herbe

L’homme, lui, se nourrit de savoir et de connaissance

 

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Congo - Mbilia Bel - Naza

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