Salongo alinga mosala.

Publié le par Célestin S. Mansévani

Salongo alinga mosala.

Cela va faire vingt-sept ans depuis que j’ai quitté définitivement la République Démocratique du Congo. À mon départ, j’ai laissé le Groupe Salongo en très bonne santé au propre comme au figuré.  Tous les comédiens tête d’affiche étaient encore vivants: Ebale, Kwedi, Monoko, Bomengo, Inga, Mabele, Mopepe, Sonzo, Dzeke, Shaba, Bolingo, etc. Il manquait juste Nyoka et Mabaku, sûrement provisoirement retenus ailleurs. Tshitenge Nsana, le fondateur et boss, était toujours là pour encadrer la troupe malgré ses occupations. Lui et moi avions d’autres responsabilités au sein de la boîte. Ce groupe-là s’était hissé à un niveau qui faisait la fierté de Télé-Zaîre. Il a donné à d’autres citoyens l’envie et le goût  de se lancer dans les sketches humoristiques.

Le décès de Tshitenge Nsana a vraiment nui à la formation avant que le démantèlement du groupe et la série de trépas ne viennent lui porter un coup fatal. Les jeunes kinois en ont profité pour créer des troupes sans âme ni formation qui s’en donnent à cœur-joie, produisant n’importe quoi. Les boutiques d’ici croulent pratiquement sous les cassettes vidéo, la plupart piratées, soit dit en passant, qui n’ont à vendre que leur pochette. À l’intérieur, c’est pratiquement le vide artistique. Les Congolais de la diaspora d’ici préfèrent de plus en plus, faute de mieux, se divertir avec des produits « made in » Nigeria et Côte d’Ivoire.

Je n’en sais que dalle de ce qui se passe au pays mais je présume que le groupe Salongo a perdu beaucoup de son lustre et de ses plumes. Je lis des fois quelques articles sur ses dirigeants mais il n’est nullement fait mention de ses productions. À titre d’exemple, les journaux, la radio et les postes de télé sont demeurés des tribunes où les artistes musiciens viennent se confier, preuves à l’appui. Les nouveaux opus, les spectacles, les enregistrements, les déplacements, les productions au pays et à l’étranger, tout cela témoigne d’une intense activité dans le domaine. Pendant ce temps, les productions scéniques à la télévision semblent, elles, battre de l’aile.

Personnellement, j’ai horreur du verbiage et de la parlote. La valeur d’un artiste se mesure par ses œuvres. Les Simaro Lutumba, Koffi Olomide, Papa Wemba, Kesterer Emeneya, Awilo Longomba, Sammy Mangwana, J.B. Mpiana, Nyoka Longo, Kanda Bongo-Man , Fally Ipupa, Ngema Werrason, Patrice Ngoy, L’Or Mbongo, Misanu  et autres nous en donnent la preuve.

Personnellement, je considère le Groupe Salongo  comme l’un des patrimoines culturels de notre pays. De mon temps, les citoyens retenaient leur souffle pour suivre nos productions à la télévision. J’ai reçu personnellement plein d’éloges et de cadeaux. Je me suis fait plein d’amis et de relations. Nous avons été nous produire deux fois à Brazzaville. Le Ministre de la l’Information de l’autre rive a même eu des pourparlers avec le nôtre, Kande Djabulate,  pour que j’aille personnellement encadrer le groupe Nzoi l’espace de quelques mois. J’aurais pu y aller puisque Tshitenge était encore là. Hélas ! Je devais voyager pour mon stage de perfectionnement de deux ans en France. Notre ministre a décliné l’invitation.

Après mon départ, Tshitenge Nsana et trois représentants du groupe ont été reçus à Gbadolite par le président Mobutu. Plus tard, le président Laurent-Désiré Kabila a posé le même geste. Les comédiens, désormais par l’odeur du fric alléchés, se sont mis à se tirailler, à l’africaine : « Bawele mpifo ! » Et ce furent ces décès en cascade et la scission du groupe qui alimentent encore à ce jour la radio-trottoir. Mais côté productions artistiques, nous naviguons en plein désert. C’est dommage !

Logiquement, les rescapés de ce groupe auraient très bien pu se tire d’affaire ! À sa fondation, Tshitenge a puisé les premiers comédiens du groupe aux troupes AAA (Mabaku et Monoko) et Ngombe (Kwedi)  Moi, j’ai découvert Inga et Shaba qui se produisaient dans des bistrots. Je les ai convaincus de se joindre à nous.  Plus tard, nous avons renforcé l’ossature avec trois diplômés de l’I.N.A. ( Masumu, Sonzo, Mashini) et Ebale Mundial du Théâtre des Douze ainsi que Bomengo, un talent inné. Puis, Doudou du Théâtre national les a rejoints. Que sont-ils tous advenus ?

Si vous voulez mon avis, le Groupe Salongo est en manque d’oxygène…Heu ! …Je veux dire d’inspiration et de créativité. Les départs de Tshitenge, Bomengo et Doudou ont créé un vide qui n’a jamais été comblé. J’espère que les autorités compétentes comprendront la gravité de la situation et la nécessité de dénicher quelqu’un, un scénariste et directeur de troupe émérite,  capable de donner un nouveau souffle à cette troupe. Il ne faut pas seulement que celle-ci survive. Il faut qu’elle se surpasse, qu’elle se hisse à nouveau au sommet, qu’elle serve d’exemple à ces nouvelles troupes qui foisonnent à qui mieux mieux, donnant l’impression de groupes campagnards. Il faut sauver notre patrimoine culturel.

Mesdames et messieurs du groupe Salongo : « Verba volant; scripta manent ! » Fini la sieste ! Il est temps de vous mettre au travail.

« Salongo ! Eh ! Eh ! Salongo alinga mosala! »

Commenter cet article