Virtuelles retrouvailles

Publié le par Vieuxvan

 

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Jeudi 15 décembre  2011

 

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Virtuelles retrouvailles

 

Je viens de recevoir un message inattendu de quelqu’un dont je ne me souviens pas alors que nous avons dû sympathiser et même jouer ensemble, lui un Blanc, moi un Noir, lui fils de colonisateur, moi fils de colonisé, dans ma tendre jeunesse aux beaux jours de la Ville de Thysville (Mbanza-Ngungu) de l’époque coloniale. Je vous le fais partager :

 

Bonjour- Un commentaire vient d'être posté par desseilles pierre sur l'article Les précipices de Mbanza-Ngungu., sur votre blog Le blog de Célestin S. Mansévani

Extrait du commentaire:
Je suis un des fils de monsieur desseilles(dessailles dans le texte)dont parle le Mbanzangungu's Blog. J'ai vécu à Mbanza-Ngungu de 1947 à 1953 année où je suis parti avec mon père à Kinshasa où nous avons encore eu le plaisir de voir monsieur Bovesse. Je me souviens de monsieur Navaud. J'ai quitté Kinshasa en juin 1960. Je suis gynécologue-obstétricien retraité. C'est en rédigeant mes mémoires que j'ai lu l'histoire de votre père que j'ai dù rencontrer lors de mes rares visites près de mon père au bureau de l'OTRACO à Mbanza-Ngungu.
Bien cordialement. Docteur Pierre DESSEILLES;

 

Vous ne pouvez savoir comment j’ai été agréablement surpris par ce message qui me replonge dans ma tendre enfance dont je n’ai gardé que de vagues souvenirs et dont j’éprouve parfois de la nostalgie pour les raisons que je vous ai déjà expliquées. Je suis né d’un père, un ancien séminariste comme Joseph Kasa-Vubu, qui aurait pu faire partie de l’élite politique de notre pays s’il n’avait pas été victime de la maladie qui lui a fait prendre une retraite anticipée. C’était un mordus de l’ésotérisme. Il m’a souvent parlé de ses deux héros, tous deux, disait-il, parce qu’ils pouvaient disparaître d’un lieu et réapparaitre plus tard à un autre : Adolf Hitler et Simon Kimbangu. Entre 1950 et 1952, ce dernier était déjà décédé en prison au Katanga et personne ne pouvait imaginer que le Congo Belge allait bientôt devenir indépendant comme il l’avait prophétisé.

 

Thysville était une ville au climat méditerranéen. Elle était célèbre pour ses cultures vivrières et maraichères, un peu comme au Kivu. Dans les marches se vendaient du céleri, des choux, des fraises, des pommes, des poires, des pommes de terre. Les Blancs s’y sentaient vraiment comme des poissons dans l’eau.

 

 

 

 

 

J’ai souvent éprouvé une certaine frustration que mes parents m’aient quitté pour l’au-delà sans que j’aie vraiment eu le temps de m’en occuper faute de moyens. Si j’ai appris les rudiments du français et si j’ai été jusqu’aux Collèges de Mbansa-Mboma puis Albert Ier, c’est grâce à mon père ; et si j’ai entendu des contes de chez-nous qui ont éveillé l’esprit créatif chez-moi, c’est grâce à ma mère. Tous deux s’étaient investis pour faire de moi un intellectuel.

 

Papa et moi nous entendions à merveille, sauf qu’il me surprotégeait, ce qui ne plaisait pas à ses sœurs, neveux et nièces, les Bakongo étant de système matrimonial matrilinéaire. Il voulait que je devienne médecin. Hélas ! J’ai dû renoncer aux études universitaires à l’époque pour m’occuper de mes jeunes frère (1) et sœurs (5) et me suis retrouvé à 19 ans fonctionnaire dans l’administration publique avec un salaire qui me permettait juste de survivre.

 

En tout cas, je remercie Dieu qui m’a permis de découvrir ma vocation d’auteur, scénariste, metteur en scène et réalisateur qui ont fait de moi l’homme que je suis devenu aujourd’hui. Je continue d’invoquer le Tout-Puissant en sachant que mon destin se trouve entre ses mains et que, quoi qu’il advienne, je ferai en sorte de contribuer à l’essor mondial du cinéma congolais.

 

Nous avons un pays formidable avec toutes ces richesses aujourd’hui convoitées par le monde entier, mais les gens ont souvent tendance à oublier notre culture qui, elle aussi, est unique au monde. Voilà pourquoi j’admire ce que font nos artistes musiciens qui en sont les ambassadeurs bien souvent avec des moyens de bord, les infrastructures du pays ne leur permettant souvent pas d’avoir la contrepartie financière de leurs talents. Dès lors, il ne faut pas se surprendre outre mesure du phénomène « mabanga » Eux au moins, ils ont eu la chance d’hériter des infrastructures laissées par les colons belges et grecs en matière de production et d’édition ; ce n’est pas de cas des autres formes d’art : littérature, cinéma, théâtre, peinture, danse, sculpture, architecture, etc. Même la télévision, qui a créé quelques célébrités nationales dont je fais partie, ne nourrit pas son homme.

 

J’espère qu’un jour les choses vont changer et que la RDC connaîtra enfin la paix intérieure et le développement socio-économique correspondant au destin que Dieu lui a tracé, en gardant à l’esprit que les desseins de l’Eternel sont insondables et qu’ils se réalisent toujours tôt ou tard.

 

Je remercie d’une part le réseau social Facebook qui a permis ces retrouvailles virtuelles avec Pierre Desseilles et d’autre part ce dernier qui s’est donné la peine de me contacter. J’espère qu’il publiera ses mémoires et que je pourrai les lire afin de me replonger dans les souvenirs de l’époque coloniale qui n’a pas eu que de mauvais cotés, croyez-moi !

 

La pensée du jour

 

C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches

                                                                          Victor Hugo

 

Congo - Mbilia Bel - Naza

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