In Memoriam révisé
L’autre nuit, sur mon ordinateur, je regardais le témoignage de feu Mopero wa Maloba qui racontait le vécu de son groupe Shama-Shama qui, avide de succès, était allé consulter un féticheur du Bas-Congo, lequel lui avait demandé un sacrifice humain, particulièrement celui de l’un des quatre meneurs de l’orchestre. Il était tellement coincé qu’il était prêt à sacrifier le nouveau-né qu’il venait d’avoir avec un de ses «bureau» jusqu’à ce que lui vint une monnaie de rechange: faire mourir un des installateurs de l’orchestre, un jeune garçon très sociable, qui, de son propre aveu, ne leur avait rien fait et ne se doutait de rien ! Mon Dieu !
En tout cas, ce témoignage m’a amené à me poser des questions sur les rumeurs qui ont circulé à l’occasion de la disparition de tel proche, collègue ou vedette. À écouter les chansons «Ekeseni» de Tabu Ley et «Mbongo» de Simaro Lutumba, il semble que beaucoup de vedettes congolaises doivent leur succès aux mêmes pratiques et qu’elles n’hésitent pas à tuer ou jeter le mauvais sort sur autrui. Dégoûtant !
Avant mon départ du pays, le groupe Salongo n’avait perdu aucun de ses membres. Après moi, ce fut l’hécatombe: Monoko, Bébé, Ebale, Monzele, Inga, Djeke, Doudou (il n’était pas là à mon époque), Kidiamfuka, et finalement le fondateur et patron du groupe lui-même, feu Sylvain Tshitenge Nsana, un ami. J’ai entendu pas mal de commérages à propos du groupe. Je n’y ai pas prêté attention.
Cependant à ce stade-ci, je me dois de faire une mise au point. Je n’ai jamais signé comme assistant réalisateur. Tshitenge était le producteur ; lui et moi étions scénaristes selon que c’était lui ou moi l’auteur du thème du jour; nous faisions la mise en scène ensemble, avec la collaboration des comédiens qui pouvaient suggérer des idées ; enfin moi je réalisais. Disons, en passant, que c’est moi qui ai fait que certains de nos meilleurs acteurs campent souvent le même personnage. Ainsi, Monoko, c’était la commère; Nyoka, le patron plein aux as: Ebale, le prétentieux; Masumu, le contestataire; Kwedi, l’intègre; Bomengo, la naïve; Mabaku, le corrompu; Mopepe, la femme infidèle; Inga, le gars un peu fou. Sonzo, le poltron ; Djeke, la mère-chef, Mabele, la fille à papa, etc. Voilà d’où est venu le succès de la troupe: cette impression de miroir de la société. En tant que bon Kinois, je connaissais mes concitoyens sur le bout des ongles. Ne me demandez pas d’où m’est venue cette idée. Je suis un fan de Molière et Charlie Chaplin. J’adore la satire.
Cela dit, revenons aux révélations de Mopero. Elles me font penser à Grand Kallé., Franco Luambo Makiadi, Dr Nico, Gérard Madiata, Siongo Bavon, Mujos, Kwamy, Vicky Longomba, Ntesa Dalienst, Ya Lengos, Shekedan, Sangana, Madilu, Pépé Kallé, Abeti Masikini, Dindo Yogo, Mpongo Love et autres, qui nous ont quittés prématurément. Vous souvenez-vous ? Dans «Mbongo», Lutumba chantait «Oh ! Délai ya nganga» En d’autres termes, ceux qui refusent de donner une âme, signent un pacte au terme duquel leur propre vie est abrégée ! Là, comme dans «Ekeseni», sommes-nous victimes de simples radio-trottoirs ? Masiya, un ami, n’est quand même pas le premier venu ? C’est un poète et un sage qui n’a pas sa langue dans sa poche mais qui sait peser ses mots!
De fil en aiguille, étant moi-même un ancien de Télé-Zaïre, je me pose aussi des questions sur ce qui aurait pu m’advenir à moi. Un jour, j’attendais l’ascenseur pour monter à mon bureau au 9ème étage. L’ascenseur est arrivé. Kayumbi Beya en est descendu. Il était un des rares directeurs qui était gentil avec moi. Je l’ai salué poliment. En sortant, il a souri et dit «bonjour Sese Seko». Il me taquinait souvent par rapport à «Sesevi Seva». Soudain , Benoît Lukunku, Alphonse Mavungu et Kabela sont entrés avec moi dans l’ascenseur. Kabela boitait déjà, s’appuyant sur des béquilles, souffrant d’on ne savait quel mal. Puis, Mukendi Kasonga Madimba, affaibli et le visage ravagé par la maladie comme s’il avait le «mpese», est entré péniblement avant que les portières se referment. L’atmosphère était lourde et il n’adressa la parole à personne sauf à moi. Il me dit, lui qui ne mâchait pas ses mots: «Mansevani, je t’aime beaucoup, mon ami. Mais fais attention. Ces gens autour de toi ne t’aiment pas. As-tu vu ce qu’ils ont fait de moi ?» J’en ai eu les larmes aux yeux. Quelques mois plus tard, il a été emporté par la maladie. On lui en voulait, paraît-il, d’être trop proche de Niwa Mobutu et de Litho Moboti ! À l’époque, je savais que certains collègues étaient jaloux que j’aie été désigné par le Ministre Mokolo wa Mpombo pour faire partie de la délégation qui a visité la Chine en 1978. Je n’ai pas dit un mot. Mais, aujourd’hui, quand je pense que Mavungu Malanda Mamongo, Benoît Lukunku , Tony Luangisa, Opango, Tshomba, Siande, Ndukuma, Tiembe, Mukendi Kasonga Madimba, Lukezo Luansi, Tshilambu Njilamule, Mateta Kanda, Katuku wa Yamba, Mayeye, Landu wa Fukiau, Kwamy, Madenda, Mutombo Buitsi, Makoko Musiene, Gino Ileka, Simon Kimpianga et autres nous ont quittés à la fleur de l’âge, cela me révolte et me rapporte à la Sainte Bible: Genèse chapitre 6 verset 3 « Alors l'Éternel dit: Mon esprit ne restera pas à toujours dans l'homme, car l'homme n'est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans»
En d’autres termes, notre espérance de vie devrait avoisiner les cent ans, avec tous les problèmes qui accablent les Africains, disons plutôt quatre-vingt-cinq ans. Ceux qui trépassent avant ne meurent donc pas par la volonté de Dieu ? Alors, faut-il ajouter foi à tous ces bobards ? Je ne le sais. Mais une chose est certaine: les forces occultes existent. Moi-même je fus président du football club N’Djili Sports en 66-67. J’ai été manager du catcheur Edingwe, par délégation, le vrai manager étant feu Jean-Marie Gomba alias Col Canto, un ami, secrétaire de M. Libetrau, P.D.G de la Bralima. Je me trouvais encore à Kinshasa lors du tragique accident qui coûta la vie à quelques catcheurs sur la route de Bandundu, dont Botamba et «Papa Wemba» J’en ai appris et vu des choses ! Perreira, Awuluwala, ça vous dit quelque chose ? Toi, qui prétends ne pas croire à ces choses-là, lis-tu la Bible ?
Esaïe 6.20 - Tu as pris tes fils et tes filles, que tu m'avais enfantés, et tu les leur as sacrifiés pour qu'ils leur servent d'aliment: n'était-ce pas assez de tes prostitutions?
Esaïe 16.21 -Tu as égorgé mes fils, et tu les as donnés, en les faisant passer par le feu en leur honneur.
Des fois, je me dis : je l’ai échappé belle !
Ayant reçu d’un ange envoyé par Dieu la mission de traquer les responsables des grands crimes contre l’humanité (Hitler, Mao, Roosevelt, etc. ) et leur coller la fameuse marque du diable, le 666, en vue du Jour du jugement, Youtri, mon héroïne, une illusionniste qui, le jour, a le don de prendre plusieurs visages humains, de disparaître ou de se transformer en animal, et qui, la nuit, se retrouve dans l’au-delà, dans la peu d’un hibou ou dans sa propre peau, recrute Che Guevara et, à deux, ils font circuler une pétition qui requiert 666 signatures. Les Prix Nobel consultés (Gandhi, Shakarov, Einstein, Mère Teresa) ainsi que les martyrs, dont Patrice Lumumba, sont divisés. Devant l’impasse, le pasteur Martin Luther King Jr. réfère les deux agents à Tupac Shakur qui, à son tour, les recommande à ses amis artistes de tous bords. Enfin, ils récolteront toutes leurs signatures, mais à quel prix ? À la sueur de leur front ! Et pour cause ! Les criminels pourchassés sont extrêmement bien gardés. Et puis, parmi ces stars désignées pour signer les pétitions: Marilyn Monroe, Elvis Presley, Dalida, Lady Di, etc. certains sont pratiquement dans la lune ! En français du Québec, cela s’appelle «complètement capotés»
Bon, je ne vous en dirai pas plus. Revenons plutôt à la réalité. Que dire de ces acheteurs de gloire aux mains tachées de sang, qui versent des larmes de crocodile, profanant les funérailles de leurs victimes ? Je me remémore la chanson «Mashani» de Pépé Ndombe. Si quelqu’un pouvait aller dans l’au-delà demander à l’âme du défunt, étendu sur son lit de mort, de lui désigner son assassin et revenir ensuite tout raconter à la foule assemblée autour de lui, quel effet cela ferait-il ? «Tango mosusu ndoki ye oyo !»
«Dies illa, dies Irae» (ce jour-là, jour de colère / châtiment)
- Genèse 20 :13 «Tu ne tueras point» - Matthieu 10:26. « Ne les craignez donc pas;
car il n’y a rien de couvert qui ne sera révélé, ni rien de secret qui ne sera connu.» - Romains 14:12. « Ainsi donc, chacun de nous rendra compte pour lui-même à
Dieu»
Au «Jour J», celui du Jugement Dernier, les morts ressusciteront et chacun de nous rendra compte de ses actes devant Jésus-Christ, le fils du Tout-Puissant !
Qu’on se le tienne pour dit !