Ko Yimbi ko!
Dans mon dernier article intitulé «Quel gâchis», j’ai dénoncé la piètre qualité de certaines images diffusées sur Youtube à force d’être copiées, recopiées, reproduites et…piratées. Aujourd’hui, je m’attaque à un autre aspect des vidéo-clips réalisés sous forme de play-back.
J’ai visionné des récents vidéo de King Kester Emeneya, Koffi Olomide, Awilo Longomba, des Ban O.K. ainsi que ceux de Rochereau Tabu Ley réalisés à Brazzaville par Inosita, je crois. Les chansons de nos artistes sont très riches en contenus. Elles chantent des thèmes qui mettent en exergue notre culture dont l’amour, la mort, la joie, la peine, l’envie, la trahison, la déception, la jalousie, les mauvais sorts, la vengeance, le mariage, le divorce, les moqueries, la satire et tant d’autres vécus personnels, de couples, familles ou groupes. C’est un patrimoine très précieux que nous nous devons de sauvegarder.
Je pense personnellement que, dans un play-back, le rôle d’un bon réalisateur ne consiste pas à se contenter de filmer un musicien qui chante, change constamment de looks, de bagnoles rutilantes et de décors de luxe, et qui étale sa richesse et son harem de danseuses. Il faut laisser cela à ceux qui manquent de racines et de culture. Un réalisateur émérite doit transcender le contenu d’une chanson. Il y a d’une part la dénotation qui se contente de reproduire le sens propre d’une œuvre, mais il y a plus important : la connotation qui, elle, va plus loin, recherchant le sens figuré, le message caché, les soupirs inexprimés, les sous-entendus et va jusqu’à transposer et même dramatiser des situations. Je donne un exemple. Dans «Daty Pétrole» de Lutumba, lorsque la femme se plaint et dit: «Nandimi babenga ngai muasi mabe. Naboi ko partager yo na mbanda»
On pourrait voir la femme jalouse et furieuse fouiller l’album photos de son mari en l’absence de celui-ci, en sortir les photos de rivales une à une et les déchirer ou les jeter dans les flammes. Cela est valable pour toute la chanson. Lorsque arrive le sebene, par exemple, la caméra suivrait la femme partout, invisible, cachée, épiant, surprenant son jules infidèle dans différents endroits: cafés, dancings, boîtes de nuit, restaurants, motels, flirtant et changeant chaque fois de partenaire (blonde). On la verrait revenant rapidement chez-elle avant le retour de son mari et faisant semblant de rien, comme si elle était restée bien sagement à la maison. Lutumba est un de ses rares musiciens qui n’a pas volé son sobriquet de poète. Il utilise déjà beaucoup de métaphores, proverbes et autres formes de rhétorique. Il faudrait dramatiser ses œuvres davantage. Ceux qui ont regardé «Mabele» à l’époque ont vu une scène imaginaire du Dernier Jugement, filmée aux chutes de Kinsuka, dans un décor choisi pour la circonstance. On y aperçoit un ange, avec ses ailes blanches, qui prend la main de la femme juste et fait traverser à celle-ci la porte du paradis alors que le méchant, lui, est saisi par un diable, avec des ailes noires, qui l’entraîne avec lui en enfer. Cette illustration ne se trouvait pas dans la chanson mais elle l’a embellie davantage et a en même temps servi à éduquer les téléspectateurs amusés en leur rappelant le passage de la Bible qui traite de la résurrection des morts. Je ne sais pas si ce film existe encore mais il contient beaucoup de séquences de ce genre. En tout cas, lors de sa première diffusion à la télévision, nous avons reçu un coup de fil de la présidence de la République et des félicitations de partout,
Quand je pense à toutes ces chansons comme Maya, Verre Casé, Eau bénite, Trahison et autres ! Je me dis que Masiya Simaro Lutumba est un vrai monument.
La Ville de Kinshasa a eu raison de lui dédier une avenue de son vivant. Mais nous, les artistes, qu’avons-nous fait pour mieux valoriser ses œuvres ? Prenons le cas de «Trahison» Ah ! Si quelqu’un avait pu illustrer cette chanson avec ses allusions à l’infidélité de l’argent et des amis en opposition avec la fidélité de la cigarette et de la bière, ses seuls nouveaux amis alors que ce sont eux, en fait, qui vont précipiter sa mort puisque le médecin lui a interdit de les consommer mais que notre homme n’a vraiment pas le choix ! Quand je parle d’extrapolation et de dramatisation, on pourrait, à titre éducatif, voir l’homme trahi fume de la marijuana, se piquer ou sniffer de la cocaïne pour en montrer les méfaits aux jeunes qui auraient regardé le vidéo-clip. Imaginez que cette chanson ait été bien illustrée et qu’elle ait été diffusée lors des funérailles de Pépé Kallé ! Imaginez l’impact ! Je vous jure qu’elle aurait fait couler tant d’encre, de salive mais surtout de larmes.
Justement, parlant d’extrapolation, j’ai regardé avec un brin de nostalgie sur
Youtube des chansons des années 50 et 60 de Grand Kallé (Bamonaki yo, Nalulaki
yo, etc.) Franco (Linga ngai to linga ye, Mbongo na ngai Yudasi,et autres)
Encore une fois, quel gâchis ! On nous balance une ou deux photos pendant toute une chanson qui dure de 2 à 3 minutes ! Pourquoi ne pas faire un montage avec des photos ? J’ai même vu Luambo tantôt à vélo, tantôt sur un scooter, tantôt jouant de la guitare sèche. Ce sont là des vestiges qui, combinées à d’autres anciennes photos de Kinshasa et ses sites, pourraient faire revivre notre riche patrimoine culturel.
N’est-ce pas est le moment d’immortaliser un poète comme Lutumba ainsi que des artistes de talent comme Sam Mangwana, Papa Wemba, Koffi Olomide, King Kester Emeneya, Nyoka Longo et autres et même de faire revivre Franco, Vicky, Mujos, Kwany, Dr Nico, Sangana, Johny Bokelo, Bavon, Bolhen et j’en passe, tous des ambassadeurs de notre culture ? Les paroles s’envolent. La musique demeure. Une seule image, elle, à elle seule, vaut mille mots. C’est un adage bien connu.
Quand j’écoute la chanson «Yimbi ko» de Franco, c’est comme si j’entendais
les muses de mon pays nous adresser des reproches pour n’avoir pas assumé nos responsabilités en la matière.
«Yimbi, tuala muana ame iyemika. Kuwidi ko, mono bu ikeyanga?»
(Épervier, rends – moi, je t’en prie, mon bébé pour que je l’allaite ! N’entends-tu pas mes cris de détresse?)
Quand je parle de connotation, en voici un très bel exemple !
Ko Yimbi ko ! Kuna Congo…Ko Yimbi ko!…Ku Kinshasa…Ko Yimbi ko!
Ya Fwala… Ko Yimbi ko! Ya Kallé Jeff… Ko Yimbi ko! Na Lutumba…Ko Yimbi Ko! Papa Wemba…Ko Yimbi ko! Ya Mangwana…Ko Yimbi ko! Ya Koffi…Ko Yimbi ko!
Ya Kester…Ko Yimbi Ko!
Comprenne qui pourra !
lmnr
Quel gâchis !