Pantoute!

Publié le par Célestin S. Mansévani

Pantoute !

En langage québécois, « pantoute » signifie pas du tout.  Les réalisateurs congolais de la nouvelle génération ne cessent de me décevoir. J’ai regardé dernièrement un vidéo-clip intitulé Congo Oldies Tabu Ley Maze. J’ai déjà parlé de l’attention toute particulière que nous devrions accorder à nos icônes. Rochereau Tabu Ley en est une. Mais quand j’ai visionné ce vidéo-clip, je n’en ai pas cru pas mes yeux. D’abord, le décor choisi, la cité de l’O.U.A., n’avait strictement rien à voir avec le propos. Ensuite, l’image et le son n’étaient pas synchronisés. Je me souviens de l’époque où j’ai réalisé le court métrage Nzale avec le même artiste. À cette époque-là, nous filmions en 16 mm. Lorsque l’image et le son étaient décalés, il fallait les synchroniser sur la table de montage en coupant la bande son lorsque  celui-ci  était en avance ou en ajoutant  des bouts de pellicule blanche dans le cas contraire. Travailler dans de telles conditions était un vrai casse-tête. Aujourd’hui, avec le montage « on line » tout est plus  facile. Dès lors, je ne comprends pas pourquoi ce manque de synchronisme entre l’image de Tabu Ley  s’exécutant et la trame sonore. Rochereau a le rythme dans le sang. C’est lui qui a révolutionné notre musique avec son rythme « Soum Djoum » au début des années 70 avec Michelino Mavatiku à la guitare solo (Mundi, Kinshasa, Selidja, Silikani, Makfe, etc.) On en a vu plus tard de ses spectacles avec ses Rocherettes à l’Olympia, à Lagos et partout à travers le monde.  Enfin, passons ! Deuxième carence: l’illustration visuelle. Kinshasa regorge de décors et  sites riches et évocateurs. On aurait pu s’en servir au lieu de nous balancer des plans de coupe bidon avec ces images de feuilles d’arbres qui discordent avec le thème et les paroles de la chanson. 

Maze! En fait, cette oeuvre ne diffère pas beaucoup de « Jolie Élie » ou « Omanga » On y vante les charmes d’une jeune fille. Ce que je lui trouve de nouveau, c’est cette allusion aux jaloux qui s’acharnent  sur le pauvre gars et lui font la vie dure, question de lui soutirer sa blonde qui lui est fidèle! Cet aspect-là aurait pu être  exploité! La jalousie. Les règlements de comptes. Ça, c’est du congolais tout craché!

J’espère, amis réalisateurs de la nouvelle vague, que vous ne me trouvez pas prétentieux ni arrogant ni paranoïaque. Quand on a choisi ce métier là, il faut s’attendre aux critiques et elles ne sont pas toujours tendres. Si vous saviez combien de projets sont jetés à la poubelle par les producteurs après seulement cinq minutes de lecture ! Nous sommes tous  passés par là. Il faut persévérer car on apprend de ses erreurs. Un conseil: il ne faut jamais accepter de réaliser un film quand vous constatez que toutes les conditions ne sont pas réunies. Au sport, quand ça ne va pas, c’est l’entraîneur qui écope. Au cinéma, c’est le réalisateur qui se fait passer pour un trou de cul.

Faites vos auto-apprentissages et bricolages  sur quelques obscures vedettes. Laissez les icônes comme Simaro, Rochereau, Grand Mopao, Vieux Bokoul. Kanda Bongo-Man  et King Kester aux soins des férus du métier. À propos de l’image que nous projetons sur Youtube ou Internet, je refuse de voir mon pays se faire mal juger à cause de vos frasques et vos bévues d’apprentis sorciers ( producteurs et réalisateurs auto-proclamés), vous qui balancez n’importe quoi sur cette autoroute électronique. Le monde entier nous regarde. Vous ne faites honneur ni à notre pays ni à notre métier. Vraiment « pan toute » !

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