La télévision à genoux
LA TÉLÉVISION À GENOUX
J’étais assis dans un coin de la boutique aux "Sources de l'Afrique" de Maman Jeanne, mon épouse, au 4850 de la rue Verdun à Montréal, en train de suivre discrètement les informations sur le réseau RDI, lorsque la nouvelle est tombée comme une bombe. Michael Jackson est mort. Quelques instants auparavant, les chaînes de télévision avaient dit qu’il avait été transporté dans un hôpital de Los Angeles et qu’on tentait de le ranimer. J’ai changé de poste pour voir ce qu’en disaient les autres chaînes de nouvelles. Partout, on ne parlait que de ça. Des heures durant, à longueur de journée, la nuit venue, le lendemain matin, la seconde journée…les journalistes de partout ne parlaient que du décès du roi de la « pop music ». Le monde entier semblait suspendu et tourné vers la capitale mondiale du cinéma et du show-business. Des millions de téléspectateurs ont : qui émis un commentaire, qui éclaté en sanglots, qui versé des larmes, qui poussé un cri de détresse. Du jamais vu ! C’est à se demander ce qui serait advenu si cet événement tragique avait coïncidé ave l’élection de Barack Obama comme président des États Unis ? Laquelle des deux nouvelles aurait plus monopolisé l’actualité et rassemblé plus de foules ? Difficile à dire.
Bon. Passons ! La radio, la télévision, les journaux et Internet nous ont tellement inondés de Michael Jackson depuis deux jours que ce serait redondant de revenir sur la vie de ce héros que d’aucuns ont qualifié de « l’homme du millénaire » Je vais, pour ma part, emboîter le pas aux autres commentateurs pour livrer mes propres impressions. D’abord, c’est incroyable de constater que les vrais héros existent sur notre planète. Quand je pense que, à travers le monde, il est des gens qui s’autoproclament rois, chefs coutumiers, pharaons, empereurs et autres ; quand j’observe ces parvenus, les « mapeka », en mal de gloire qui graissent les pattes de musiciens pour que leurs noms soient cités dans leurs œuvres ; quand je me rappelle ces gens qui se vantent d’être riches du fait qu’ils gagnent autant de dollars de l’heure, j’ai envie de pouffer de rire.
Il n’est nul besoin de remonter aux Bill Gates, Ronald Trump et autres milliardaires de la planète pour se rendre compte que le monde regorge de gens fortunés qui n’ont pas besoin de publicité. Il n’y a qu’à penser aux athlètes professionnels. Il y en a plein qui roulent sur l’or. Et pourtant, ils se font plutôt discrets. C’est par les médias que nous apprenons que tel ou tel autre joueur a signé un contrat de tel nombre d’années, évalué à tel nombre de millions. Et que dire des acteurs de cinéma, des auteurs : écrivains, musiciens, scénaristes, peintres et autres qui touchent également des sommes faramineuses? Michael « The King » n’était certes pas milliardaire mais, avec plus de 750 millions d’albums vendus, avec sa fortune évaluée à plus de 350 millions, avec tous ces fans qui lui couraient après, il n’était pas un homme ordinaire.
C’est justement cette star hors du commun et aux mille visages qui nous intéresse en tant qu’être humain. Il est mort sans qu’on sache très bien pourquoi comme ce fut le cas de Marilyn Monroe, le symbole du sexe, celle qui a eu le culot de faire saliver un président aussi respecté que John F. Kennedy. La première autopsie sur la dépouille de Michael n’a rien donné. Éspérons que la deuxième sera plus révélatrice ? Mais la cause cachée ne serait-elle pas le stress accumulé au fil des ans face à la pression médiatique ?
On a souvent pointé du doigt les paparazzi. Mais la presse s’est-elle déjà regardée dans un miroir ? Elvis Presley, Marilyn Monroe et autres n’ont-ils pas fait les frais des journaux, de la radio et de la télévision qui les ont harcelés de reportages, entrevues, commentaires, éloges et critiques? S’est-on demandé ce que cachait l’image des ces stars qui ne pouvaient plus ni tousser ni se moucher sans que le monde entier le sache ? Michael Jackson était un introverti et, en cette qualité, il devait souffrir le martyre avec tous ces regards, micros et caméras braqués sur lui depuis l’âge de 11 ans. Pensez-vous ! 11ans ! On lui a volé sa jeunesse ! Et, durant sa carrière riche en événements et péripéties, pouvait-il mener une vie normale ? Non. On l’a acclamé, bousculé et harcelé sans se poser la question sur ce qui ressentait en lui, comment il réagissait à cette pression. Nous avons suivi, au lendemain de sa mort, un commentaire de la célèbre Céline Dion, au bord des larmes, qui en dit long. La vie de beaucoup d’artistes ne tient qu’à des cachets et pilules. Marilyn Monroe en est un exemple parmi des centaines d’autres. En fait,
les stars ne sont pas toujours aussi heureuses que nous le croyons. Il y a un vieux dicton qui dit : « L’argent ne fait pas le bonheur » Nous en avons là une autre preuve. On a beau être appelé roi (Elvis, Pelé et Michael) ou le plus grand (Muhammad Ali), lorsque vient notre dernière heure, nous laissons tout, sauf nos œuvres. Le seul vrai roi, selon les chrétiens, est celui qu’ils appellent « Le Roi des rois » Les athées et ses détracteurs, eux, n’y croient pas du tout. À chacun son opinion !
Quoi qu’il en soit, à regarder les informations et les reportages qui se succèdent sur toutes les chaînes de télévision consacrées aux nouvelles, on se rend bien compte que celles-ci font des affaires d’or avec les annonces publicitaires. Et pourtant, hier encore Michael vivait reclus et isolé. On le disait devenu impopulaire, au bord de la faillite et fini. Puis, soudain, vlan ! On se rend compte aujourd’hui que, mort, le roi Michael Jackson est plus vivant et plus populaire que jamais. Le monde entier est à ses pieds. Tout cela grâce en particulier à la télévision, de partout sur la planète, qui, depuis trois jours, nous inonde la vue et nous rabat les oreilles. C’est ce qui nous fait dire que la télévision est à genoux, à genoux devant la dépouille du roi Michael. C’est vrai que les artistes ne meurent pas. Le roi Michael Jackson est mort. Vive le roi !