Rome n'a pas été bâtie en un jour.

Publié le par Célestin S. Mansévani

Rome n’a pas été bâtie en un jour.

Ceux qui ont lu notre dernier article intitulé «  Jean K. ou Monsieur but » doivent se demander pourquoi nous avons débuté notre article par « Dans Radio Okapi » au lieu de « Sur Radio Okapi » C’est qu’il s’agissait de l’article paru sur la page de Radio Okapi au lieu de l’émission diffusée sur les ondes de ladite station. Ceci pour vous dire aussi que, sans forcément écouter Radio Okapi, nous aimons en lire les articles diffusés sur Internet dont certains, évidemment, introduisent des entrevues. Digital Congo nous en apprend aussi beaucoup sur ce qui se passe au pays. En ce qui concerne l’article de référence, nous avons bien aimé revoir cette figure emblématique de notre pays, le vieux André Bo-Boliko Lokonga et de constater qu’il n’a pas beaucoup changé depuis que nous l’avons connu. Chrétien, syndicaliste et homme politique, il est resté l’un de ceux qui n’ont fait ni le fanfaron ni de vagues.

C’est encore par les deux sites cités ci-dessus que nous venons d’apprendre le coup de balai donné par le président Joseph Kabila à des membres de la haute magistrature. Il est inutile de nous attarder là-dessus. Nous voulons tout simplement relever quelques points qui nous paraissent prometteurs de changements. Le président Kabila ne chôme pas. Les travaux de réfection de quelques aéroports, ports boulevards et avenues principales entrepris à Kinshasa et dans le Bas-Congo, pour ne citer que ceux-là (voir notre article intitulé « Les robots, bravo »), traduisent la ferme détermination du jeune président de passer de la parole aux actes. C’est vraiment à l’opposé du président Mobutu qui était un maniaque des adresses à la Nation mais qui a laissé bien des chantiers inachevés comme ce fameux Échangeur de Limete. Que nos lecteurs nous pardonnent si nous n’entrons pas en détail dans la gestion politique de notre cher R.D.C. Nous n’avons aucune qualification à ce titre. Nous nous en tenons simplement aux faits. En tout cas, en matière de réalisations, le jeune président mérite nos éloges.

La foudre qui vient de frapper de hauts magistrats est un autre coup d’éclat de ce dernier. On a beau dire que c’est suite à la prise de position des évêques du pays, c’est  à Joseph Kabila qu’il faut lancer des fleurs. Des réunions de prélats, nous en avons connu des dizaines sous d’anciens régimes. Elles n’avaient rien donné. On se rappellera quelques scandales qui ont éclaboussé notre administration sous la 2ème République notamment celui pour lequel l’actuel président du Sénat, Kengo wa Dondo, alors Procureur général, avait sévi. Beaucoup de fonctionnaires avaient été emprisonnés ; d’autres même avaient choisi l’exil temporaire pour échapper aux mailles de la justice. Hélas ! Kengo wa Dondo avait été traité de méchant loup et le gros scandale avait fini par être étouffé. Des parents ou proches du feu président y avaient, semble-t-il, été mêlés. Ce dernier n’en était pas à son premier exploit de ce genre. Je le revois encore s’époumoner devant la foule tassée au stade du 20-Mai, parlant de  Cardoso : « Milimu ya bankoko ekolanda ye ! » (les esprits de nos ancêtres le poursuivront) Apparemment, ceux-ci ont ramené le fugitif au pays mais il est redevenu libre comme l’air et personne n’a plus fait allusion à cette affaire. Mungul Diaka a eu presque le même genre de démêlée et a été lui aussi absout au bout d’un certain délai. Ni vu ni connu !.Quand il s’agissait de magot, le feu président se réconciliait facilement avec les dilapidateurs décriés. Dans certains cas même, on se demande s’il n’était pas, lui-même ou un de ses proches, complice.

Tenez ! Je me souviens personnellement d’un incident qui s’est déroulé sous mes yeux au studio B de l’ancienne Télé-Zaïre (actuel RTNC) Une femme avait été appréhendée par la police  en flagrant délit de possession de pointes d’ivoire dont le commerce était prohibé à l’époque. On la présentait au public afin qu’elle passe à table. Quelques minutes après que le journaliste eut commencé à l’interviewer, nous reçûmes un coup de fil d’en haut lieu pour mettre fin illico presto à l’émission. Nous atteignîmes les caméras et l’épisode passa aux oubliettes. J’ai appris aussi qu’un journaliste proche du président a fauché un jour la vie à un usager de la route, originaire de l’autre rive du fleuve. L’affaire fut étouffée. Il y a eu aussi cet ambassadeur impliqué dans un grave accident en France ou en Belgique alors qu’il était en état d’ébriété. Il y en eu d’autres cas où des gens ont perdu la vie ou des biens. C’était le règne des « Ndeko ya » (le frère ou la sœur de…), des intouchables.

Cela me rappelle un autre de nos sketches avec le groupe Salongo. Pourtant, nous ne nous étions attaqués à personne en particulier. Mais, un ponte s’était fait dire par sa bonne épouse que c’est lui que nous avions décrit. Le mec s’est senti morveux et a exigé ma tête. Heureusement, nous avions un secrétaire d’État,  Louis-Roger Dongo Badjanga Oseko Obala, un autre de ces politiciens que personnellement je trouvais intègres, qui s’est porté à ma défense. Qu’est-ce qu’on s’amusait comme des fous mais à quels risques! Nous avions constamment l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes ! Ah ! Le vieux Dongo ! Un vrai Kinois ! Un imanien comme moi, comme Émile Mingiedi Pembele di Vita alias Mimile comme Mosete Mbombo comme Bondo NSama ! Un vrai patriote ! Un jour, au cours d’un match international au Stade du 20-Mai, je l’ai vu ordonner à Paul Basunga Nzinga d’arracher le micro à un reporter sportif étranger qui décrivait une scène disgracieuse au cours de laquelle nos Léopards passaient à tabac les joueurs de l’équipe adverse sous les yeux des officiels ! Le reporter en question n’en crut pas ses yeux et il s’étrangla de colère et de frustration. Ses commentaires se firent dans le vide.  Incroyable mais vrai: j’avais apprécié le geste de notre Secrétaire d’État. S’il y a une chose que j’ai apprécié du régime de Mobutu, c’est notre fierté.

Redevenons sérieux, voulez-vous ? Je crois que, dans une société qui se respecte, la loi doit être égale pour tous. Ceux qui se rappellent les scandales comme le Watergate, l’Irangate et d’autres histoires impliquant des hommes ou groupes  financiers (Conrad Black, Earl Jones, Eron Mortage, Vincent Lacroix et autres)  à travers le monde en conviendront. Nul homme n’est au-dessus de la loi. Le métier de journaliste ou d’auteur engagé, ce que je fus à l’époque avec le groupe Salongo, consiste justement à dénoncer les injustices sociales et pratiques douteuses. Les journalistes le font lorsqu’ils détiennent des preuves irréfutables. Les scénaristes, eux, se contentent d’allégories, sinon le ciel leur tombe sur la tête. Posez donc la question à l’humoriste français Dieudonné. Il en a gros sur le cœur !

Quand on est loin du pays, on perçoit les choses différemment que lorsqu’on est sur place. D’aucuns rapportent souvent des mensonges. Les sites de journaux que nous visitons ont beau s’affubler de qualificatifs tonitruants,  ils ne répondent souvent pas à nos attentes.  Peut-être est-ce pour des raisons financières ?  Qu’à cela ne tienne ! En tout cas, la R.D.C. est en marche. En tant que natifs de ce grand pays, nous  saluons avec des applaudissements nourris l’acte tant héroïque qu’historique posé par le président Joseph Kabila, lequel constitue à la fois une grande première et un autre des ces pas de géant vers la démocratie.

En notre qualité d’internautes, nous félicitons Radio Okapi et Digital Congo qui nous donnent l’heure juste sur les événements qui se déroulent au pays. Il y a encore certaines libertés de presse et d’opinion bafouées, semble-t-il, mais nous croyons que les choses sont en train de changer positivement.  Qui sait ? Dans un avenir proche, nous allons peut-être enfin connaître la prospérité économique tant promise au peuple et retrouver une fois pour toutes notre fierté ?

Connaissez-vous la morale de la fable « Le lion et le rat » de Jean-de la Fontaine ? C’est aussi vrai pour la R.D.C. qui émerge lentement de l’abîme où l’avait plongée un demi-siècle de législatures tantôt fantoches tantôt corrompues. Ne dit-on pas que « Rome n’a pas été bâtie en un jour » ?

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