Quel est votre idole, Tintin ou Franco?

Publié le par Célestin S. Mansévani

QUEL EST VOTRE  IDOLE :  TINTIN  OU  FRANCO ?

Je suis tombé par hasard sur un forum de discussion qui traite du sujet suivant : Tintin était-il gay ou misogyne ? Moi, je leur répondrais : « Avez-vous lu les aventures de Blake et Mortimer ou celles de Lucky Luke?

Ceux qui connaissent Tintin savent qu’il s’agit d’un héros d’une célèbre bande dessinée dont l’auteur fut Georges Remi alias Hergé. Les aventures de Tintin ont été vendues à plus de 230 millions d'exemplaires. Elles ont été traduites dans plus de 80 langues. Elles portent plusieurs titres et se déroulent dans plusieurs pays où il agit à titre de reporter, un reporter d’un genre particulier qui devient souvent détective malgré lui.

J’ai lu presque toutes les aventures de Tintin lorsque j’étais hospitalisé pendant six mois à la Fomulac de Kisantu dans le Bas-Congo, victime d’une grave fracture du tibia et du péroné infligée au football (j’étais gardien de buts), qui a failli me coûter ma jambe. C’était à l’époque coloniale et le seul médecin congolais de l’institution à l’époque fut le docteur Joseph Maboti qui devint plus tard Ministre de l’Intérieur après l’accession de notre pays à l’indépendance. C’est le médecin-chef de l’époque, un Belge, qui me les faisait porter ces bouquins pour m’aider à tuer le temps et combattre mon ennui. Il faut dire que le Collège de Mbansa-Mboma avait une excellente réputation à l’époque.

En lisant les commentaires écrits sur Tintin, je me rends compte qu’il n’a pas toujours fait l’unanimité. Si d’aucuns disent de lui qu’il se portait à la défense des opprimés et des pauvres comme dans le cas de « Tintin au Tibet », d’autres le traitent de raciste par la façon dont il a décrit nos ancêtres dans « Tintin au Congo »

Vous savez ? Quand on devient une vedette, on s’expose à beaucoup de critiques.  Allez donc poser la question à feu Michael Jackson, à feue Marilyn Monroe, à Jennifer Lopez ou encore à Ben Affleck. Les faits et gestes des stars d’Hollywood, qui se trouvent, à leur corps défendant, sous le feu de la rampe, sont souvent scrutés à la loupe. Il n’y a pas que les paparazzi qui s’en donnent à cœur joie. Les journaux, les stations de radio et les chaînes de télévision sont aussi à l’affût du moindre fait et geste. Ce qui est valable aux États Unis l’est aussi dans les autres parties du monde. On se souviendra de l’affaire Ngulu avec Papa Wemba et de la libération conditionnelle d’Evoloko Jocker qui déferle actuellement l’actualité kinoise.

Même s’il ne s’agit que d’un personnage de bande dessinée, Tintin est pourtant un gars sympathique qui a décrit des événements de son temps et en a prophétisé d’autres. Dans ma jeunesse, j’étais un fanatique de l’African Jazz et de son école. Avec le temps, je me suis surpris aimant également Franco Luambo Makiadi et son orchestre pour leur penchant pour la description des mœurs de leur époque. C’est un peu ce que Tshitenge N’Sana et moi faisions avec le Théâtre de Chez-Nous. Cependant, à l’inverse de nous, l’O.K. Jazz,  s’est souvent tourné vers les chansons patriotiques et d’autres dépourvues de toute moralité notamment Eleni Mpaka Lowi et Falaswa sans oublier les quolibets entre autres dans Course au pouvoir, Chicotte, Tailleur, Mbanda akoti Kikumbi et j’en passe.

Mais la question que je me pose le plus souvent est celle-ci : Franco était-il misogyne ? Quand j’écoute certaines de ses chansons ou celles de son orchestre, je me rends compte que le Grand Maître n’aurait pas conquis le cœur des femmes nord-américaines par sa façon de dépeindre la femme.

Elle est souvent dépendante et à la remorque  de l’homme. Les exemples sont légion à en juger par ces quelques titres: Égalité ya muasi na mobali, Quatre boutons, Ngai Marie nzotu abeba, Nakosalaka se ndenge okolingaka, Oyo mobali tapale, Finga mama munu, Dede kabola mikolo, Timothée abangi makambo, Didi, Ma Hélé, Zuani nabala, Locataire, Mamba, Liberté, Bomba-Bomba, etc.

Si Hergé a reçu des critiques virulentes à propos de l’édition Tintin au Congo, qui l’a fait passer par ses détracteurs pour un raciste alors que ses défenseurs parlent plutôt de paternalisme colonial, Franco, lui, s’est égosillé à nous convaincre que  l’égalité entre l’homme et la femme est un vain mot. En effet, l’homme congolais peut s’offrir plusieurs femmes ; l’épouse, elle, doit demeurer fidèle. Les Nord-Américaines, qui sont des femmes émancipées et qui sont organisées en associations pour la défense de leurs droits, n’apprécieraient pas. Ce sont surtout les quolibets des dix dernières années de sa vie: Mamou, Libala, Très fâché, etc…qui feraient frémir, je dirais même enrager certaines femmes.

Il ne faut pas tellement lui en vouloir. Nous, Africains en général et Congolais en particulier, avons mis beaucoup de temps à réaliser qu’il était temps d’enterrer nos préjugés et tabous ancestraux pour laisser la femme africaine s’émanciper comme en Occident. Attention ! Du temps de Hergé les femmes occidentales n’étaient pas aussi émancipées qu’elles le sont aujourd’hui. Je profite de l’occasion pour encenser feue Lucie Eyenga qui a évolué avec les grands artistes hommes de son époque bien avant l’indépendance, et a laissé sa marque. À son époque, même les femmes occidentales n’étaient pas encore si émancipées que ça ! Cette grande artiste congolaise-là mérite que nous nous souvenions d’elle.

En tout cas, si quelqu’un me demandait qui de Franco ou de Tintin j’apprécie le plus, je dirais Tintin car, outre qu’il nous a fait voyager et découvrir plusieurs pays et continents, il a prévu, en 1954, la conquête de l’espace par l’homme dans « On a marché sur la Lune » et ce,  quinze ans avant Neil Armstrong. Notre Grand maître Franco, lui, a presque manqué son coup puisque de plus en plus de femmes africaines en général et congolaises en particulier ont su se hisser au même diapason que les hommes. Il aurait dû s’inspirer d’Adou Elenga qui, lui, a chanté « Ata Ndele »

Puisque notre plate-forme s’intéresse particulièrement à la musique, aux sports et aux potins, permettez-moi de louanger Photas, qui n’a fait que passer avec l’African Fiesta, Abeti Masikini, Mpongo Love, Mbilia Bel, Tshala Muana, Baila, Yondo Sister et autres, sans oublier nos sœurs en Christ : Marie Misamu, Marie-Anne Abia, L’Or Mbongo, Micheline Shabani et autres.

Par contre, cela n’enlève rien à notre cher Franco Luambo Makiadi, alias Yorgho qui restera éternel dans notre mémoire pour avoir marqué son époque avec  son style, sa guitare, sa voix ainsi que ses élucubrations et ses anecdotes, peu importe: Qu’on l’aime ou qu’on le haïsse ! 

 

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