Bana Mboka
Dans « La Semaine africaine » du jeudi 16 avril 2009, Arlette Raymonde, de Bakou/bakouarlette@yahoo.fr , s’interrogeait : « La ville de Brazzaville est-elle Brazzaville-la-verte ou Brazzaville-la-belle? » Et de conclure plus loin « Brazzaville est polluée » C’est du déjà entendu à propos de Kin-la Belle devenue, pour certains observateurs, Kin-la Poubelle ! Cela corrobore notre propos tenu il y a quelques jours dans l’article « Les irréguliers de Brazza » Les ressemblances entre les villes des deux rives sont légion. Bon. Passons ! Dans son édition du samedi 05/09/2009, Digital a publié entre autres titres :
Voici un extrait tiré de cet article :
« Le maire de la capitale de la République du Congo a traversé jeudi le Pool Malebo dans une visite éclaire à Kinshasa… Hugues Ngouelondele, et son homologue de Kinshasa, André Kimbuta, ont tenu un point de presse conjoint à ce propos à l’Hotel de ville. Le maire de Brazzaville a d’abord déploré le dérapage observé dans le contrôle de dossiers des étrangers depuis le 21 août 2009. Une opération décrétée par la police brazzavilloise dont sont victimes les Congolais de Kinshasa. Il a toutefois donné des assurances : « Il y a eu contrôle ? Oui. Il y a eu expulsion ? Oui. Il y a eu dérapage ? Certainement. Mais je viens ici pour rassurer nos parents de Kinshasa et de la RDC que nous ne pouvons jamais nous attaquer à nos frères de Kinshasa. Le Premier ministre a demandé aux autorités de la police et de la sécurité de surseoir à cette opération pour que désormais, la consultation soit plus élargie, que les choses se fassent correctement et dans le respect des uns et des autres. Donc, je viens ici pour vous dire que cette opération est arrêtée »
Dans mon article cité ci-dessus, j’ai fait le plaidoyer des relations entre nous et nos pays voisins et particulièrement de ces Kinois et Brazzavillois qui ont adopté l’une ou l’autre ville des deux rives. Je suis heureux de constater que nos politiciens ont eu la même idée. Ce que j’ai dit pour les Kinois issus de Brazzaville est aussi valable pour ceux venus d’Angola. L’A.S. Vita Club tire son nom de l’héroïne légendaire Kimpa Vita comme nous pouvons le lire dans l’article ci-dessous publié jadis par
Congo Diaspora.
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Sujet: KIMPA VITA Mar 16 Juin - 6:39
« Agée de 22 ans environs en 1704, Kimpa Vita appelée Dona Beatrice après son baptême a eu une vie éphémère mais joué un rôle important dans l'histoire du territoire qu'on appelait encore le royaume Kongo (actuel RDC Congo, Congo, Gabon et une partie de l'Angola).
| Le fondateur de l'AS Vita Club,est un papa au nom de Mingiedi Mbala qui avait un bar et une salle de cinema dans la commune de Kasa-Vubu » |
Je savais que les grands commerçants d’origine angolaise, dont papa Mingiedi, étaient réputés majoritairement des fanatiques de Bana Véa, mais j’ignorais que Papa Mingiedi Mbala en était le fondateur et que le nom Vita venait de la légendaire Kimpa Vita. Puisqu’on est dans le domaine du football, chacun sait que Pembele Ngunza, alias Tchang Laï était, lui aussi, d’origine angolaise. Bien avant lui, j’ai connu cette rivalité éternelle entre les trois grands clubs de Léo-la Capitale, surtout Imana et Vita. Paloma, une chanson cubaine, et Matinda namoni na photo, naloti muan’ango » de Grand Kallé m’accueillaient au Stade Tata Raphaël lorsque j’arrivais à me faufiler au « wenze » d’Imana dans la bousculade. Il y avait de l’électricité dans l’air. Mon cœur palpitait ou faisait « Boum ! Boum ! Boum ! » Et, lorsque « Les Bana Mbongo et les Matiti Mabe » entraient dans le stade, les uns au son du clairon « Taratata ! Taratata ! », les autres à coups de semonces : « Bang! Bang! Bang! », le stade s’embrasait littéralement. Entre les Moscovites et les Tupamaros, les hostilités ne datent pas d’hier.
Entre parenthèses, j’ai lu avec un pincement au cœur l’article de Joseph Pululu paru le 8 septembre 2008. S’il a reçu des « bigogo » le jour où « Manuélé » Kakoko Etepe alias « dieu de ballon », aidé de Raoul Kidumu. Tex Mbungu, Mana Ventilateur Kroubondo, l’attaque chère à feu Mosete Mbombo, a brisé les reins et le mythe des Jaune et Rouge sous le président Jonas qui fut, à l’issue de cet exploit, surnommé « Sukisa », que dire de la raclée qu’Imana infligea (9-0) à Dragons en 1955 et qui donna naissance à l’expression railleuse « ASSANEF… neuf » (Association des anciens élèves des écoles des Frères)? C’est vrai que les « Du Sang et du Monde » avaient des supporters à Kintambo. D’ailleurs c’est au camp des clercs de Kintambo que j’ai connu Le gardien Tandu alias Espoir et le défenseur Léon Puati (tous deux ont fait partie des Lions triomphateurs en Belgique en 1957) qui étaient des collègues de profession et voisins de quartier d’un des mes oncles Ferdinand Vidilu et du vieux politicien Esaïe Kuyena, le paternel du griot Marcel Kuyena Muzita et ami de feu Léonard Ndongala, mon père. Étrange ville que Kinshasa ! Le F.C. Dragons, club des anciens des Frères des Écoles chrétiennes dont les Bana Boma, s’est créé un fief à Kintambo avec les Bana Mangembo ; V.Club, alias « Bana Mbongo » fut fondé et supporté par des Angolais mais le quartier célèbre pour ses fans est celui du Camp Luka à Masina, château fort des « Nguashi » Quant au F.C. Daring, club des anciens de l’ADAPES (Association des anciens élèves des Pères de Scheut) dont Ste-Anne, Tata Raphaël, etc…je ne lui connaissais aucune forteresse dans la ville. Par contre, sans doute à cause de Max Mayunga, Albert Mpase et Jules Androkwa, beaucoup de ressortissants de Bolobo et Mayi-Ndombe le supportaient! C’est vrai que « Les Monstres » nous ont pratiquement « colonisés » à une certaine époque, celle des présidents Kinkela, Bilaf et Nithouf et Mayifuila, mais la vraie rivalité, celle qui était colorée, virulente, vicieuse, envoûtante, palpitante et superstitieuse au point provoquer des cauchemars, des grincements de dents et des débordements de foules, celle des paris et dont Mosete Mbombo s’époumonait au micto de la RTNC « Opesi mbua, mbua aboyi » ou « Mafuta ma ntaba » ou encore « Putulu emata, makala matikala », cette rivalité-là avait un nom : Vita-Imana.
Dans l’esprit des fanatiques, les matchs se jouaient chez les féticheurs, la nuit précédant le derby. Les joutes elles-mêmes devenaient, de facto, de simples formalités ! Et pourtant ! Dans la journée et avant le match, à l’école, au travail, sur la route et dans les gradins, les supporters de l’une et l’autre formation se défiaient mutuellement, levaient leurs doigts vers le ciel en signe de prédiction du score fixé par le féticheur (sic) Même de hautes sommités du pays et plus tard les fils du président de la République embarquaient dans la galère !
Quant aux hymnes à la gloire ou à la défaite, il fallait entendre ça ! J’en ai retenu quelques-uns d’un côté comme de l’autre : Imana eh ! Imana eh! Imana suka na tembe Imana”, «Bonne Année oyo ngai nakobina, na sortie ya Bana Véa ! « Banga Daring, banga Imana, Imana matiti mabe », « Lubumbashi, Véa kufua! » Mais les plus célèbres furentt: « Nani mokonzi ya terrain, Véa ! » et
« Ah ! Ah ! Botiaki tembe, mokolo tokokutana. Ah! Ah! Bosengi la paix ! »
Si le hockey sur glace, mon sport favori actuel, axé sur la robustesse et où les bagarres et blessures sont monnaie courante, se pratiquait en R.D.C., il y aurait des dizaines de morts tous les ans ! Ici, les vainqueurs se contentent de faire la vague et d’entonner : « La…La…Lala…Lala… Eh! Eh! Eh! Good bye! »
Bon. Il ne faut pas que notre animosité de sportif reprenne le dessus.
Tournons-nous, si vous le voulez bien, du côté des artistes musiciens. Nous retrouvons parmi les précurseurs de la musique congolaise Papa Paul Mwanga (voir Mboka Mosika du mardi 23 septembre 2008) À l’âge de douze ans, sa chanson « Mabanzo na ngai Henriette » qui passait à la radio, me réveillait souvent le matin. À l’époque, je résidais à La Cité Nicolas Cito (Camp Kauka), non loin d’Immo-Congo et du stade Tata Raphaël (tous deux devenus plus tard « Du 20-Mai ») où je me rendais à pied.
Il y en a eu d’autres musiciens d’origine angolaise dont les mélodies se sont imprégnées dans mon cerveau dont Manuel D’Oliveira et George Edouard (Mama kobota biso, Elongi ya chérie, Umbanzanga, etc,) Plus près de nous, on se souviendra du guitariste accompagnateur Armando Brazzos, qui a évolué dans l’OK. Jazz pratiquement dès les débuts de celui-ci puis plus tard dans l’African Jazz –édition de la Table-Ronde 1959. Ah ! J’ai failli oublier Sam Mangwana alias Muana Nzoku ! Quel phénomène ! Né dans une des rues de Dendale, devenu Kasa-Vubu, c’est un Kinois pur-sang qui n’a pas volé sa réputation de grand artiste « congolo-angolano-africaino »
Il n’y a pas eu que les Bana Béa et les Bana Luwa. Si nous remontons en arrière, nous nous souviendrons d’autres artistes qui ont adopté notre pays et ont contribué à l’épanouissement de notre musique. J’ai cité les saxophonistes Isaac Musekiwa et Dele Pedro, tous deux de l’O.K. Jazz. Et que dire de Gérard Akweson, mari et impresario de la Tantine Abeti Masikini. Hé ! Le saviez-vous ? Le grand Manu Dibango, lui itou, a déjà habité à Kin, jouant dans l’African Jazz. Il y a d’ailleurs composé la célèbre chanson « Twist à Léo »
Tout cela pour vous dire que Kinshasa n’a pas été bâtie que par des Congolais. C’est une ville où sont nés ou ont grandi des ressortissants de pays voisins qui y ont laissé leur marque. Je me place du point de vue d’un Congolais mais je suis certain que de citoyens d’autres pays, auteurs comme moi, diraient la même chose de nos vedettes qui ont évolué chez-eux. Feu Tino Baroza est mort au Gabon ; Sam Mangwana, Bella-Bella et Fiesta Sukisa ont fait le bonheur des Ivoiriens et des malheurs ailleurs (Dar es Salaam, Monrovia, etc.) Lessa Lassan s’est établi au Kenya.
Je pense que les citoyens étrangers résidant dans un pays proche ou voisin devraient se sentir comme chez eux et y vivre en paix sans être inquiétés, à moins qu’ils se livrent à des actes illégaux ou de banditisme de nature à attenter à la sécurité nationale. Africains mélomanes, sportifs, politiciens et citoyens de tous bords et de nos pays respectifs, enterrons le tribalisme, le régionalisme, le chauvinisme et autres barrières qui nous séparent. L’Union, dit-on, fait la force » Qui dit mieux ? Considérons-nous tous comme des Africains, des « Bana Mboka »
Merci, messieurs les gouverneurs de Brazza- la Verte et Kin-la Belle!