Mokonzi ya mboka.

Publié le par Célestin S. Mansévani

MOKONZI YA MBOKA

Hier soir, j’ai écouté quelques chansons de l’African Jazz parmi lesquelles « Timide Sérénade », « Bolingo Suka te » et « Mokonzi ya mboka » En écoutant Dokta Nico Kasanda égrener ses fils de guitare avec ses doigts magiques, je me suis senti comme transporté dans un rêve, à l’instar d’Alice au pays des merveilles. Contrairement à mes habitudes, j’ai délaissé l’écriture de mon nouveau scénario pour me laisser bercer par les prouesses de celui qu’on a surnommé « Le dieu de la guitare »

Étrange coïncidence, ce matin, avant de quitter la maison, en jetant un coup d’œil aux articles publiés sur Internet par nos agences de presse et journaux, je suis tombé sur l’article ci-dessous :

Mardi 22 Septembre 2009

Hommage à l’artiste musicien Nico Kasanda

22 septembre 1985 – 22 septembre 2009 ; 24 ans déjà passés, les mélomanes congolais se souviennent encore de la mémoire d’un grand musicien que fut Docteur Nico, de son vrai nom Nicolas Kasanda wa Mikalayi. C’est à l’âge de 46 ans qu’il a succombé à l’hôpital Saint Luc de Bruxelles en Belgique de suite d’une maladie.

Je ne pouvais pas manquer cette occasion pour rendre un hommage bien mérité à celui que le Grand Kallé citait dans ses « mabanga » par le sobriquet « Nico Mobali ».

S’il y a une chose que je regrette dans ma vie, c’est de ne pas avoir appris à jouer de la guitare. Il y a des jours où j’ai envie de m’évader. J’aurais aimé me faire accompagner par ma propre guitare et mes propres doigts. Hélas !

Cette envie m’est venue en écoutant quelques solistes virtuoses de notre musique dont Franco Luambo Makiadi dans « Café » et Nico Kasanda dans « Nakei Abidjan » pour ne citer que ces deux exemples. Ce qui me frappe le plus chez nos musiciens, c’est le fait que, dans la plupart des cas, ils ont appris la musique sur le tas et pourtant…

Docteur Nico restera pour moi la plus grande référence par la diversité de ses styles, ses introductions, ses improvisations, ses raccords, ses ponctuations, ses envolées et autres petits trucs dont seul il détenait le secret. 

Il a réalisé des prouesses qui sont restées célèbres.

- Si vous écoutez les chansons « Nizi », « Ivi ». « Likambo ya bana », entre autres, vous vous rendrez compte que Nico a cumulé les fonctions de soliste et d’accompagnateur. Il paraît que le jour prévu pour enregistrer ces chansons, Déchaud Mwamba était tombé malade. Comme les musiciens avaient un urgent besoin d’argent, Nico leur a dit de ne pas s’en faire. Ainsi il a rempli les deux rôles.

- Il a émerveillé ses fans avec ses trémolos comme dans « Jackie Simba Ngai » « Bolingo Germaine », « Bana Ages » et « Mokonzi ya mboka » Les guitaristes qui ont interprété ces chansons plus tard à la télé ou dans des remakes ont eu du mal à reproduire les solos originaux.

- Il a créé le son « mabaya » notamment dans « Zadio », « Bougie ya motema » et autres où le son de la guitare ressemble à celui de planches de bois ou du « likembe »

- Il a parfaitement réussi à dompter la guitare hawaïenne comme on peut l’entendre dans « Nakei Abidjan », « Tu m’as déçu » et  « Pauline Mama »

- Il nous a habitués à entendre une guitate qui chante. C’est le cas dans « Promenade African Jazz », « Marie Nella », « Merengue Scoubidou »etc.

 Moi, ce qui m’a le plus impressionné, ce sont ses raccords qui accompagnent le chanteur, servant tantôt de musique de fond, tantôt de trait d’union, tantôt de répliques. En écoutant « Sophia », « Jaloux-Jaloux », « Djeke » « Banzaka ngai », « Doris », « Angèle », « Je m’en fous », « Manso pamba », « Molangi ya malasi » et tant d’autres, on s’en rend compte.  Franco aussi a fait ça quelques fois, comme dans « Bonna Année ya Véa », « Masumbuku », « Café » avec   le saxo de Isaac Mukesiwa ou dans « Zozo motema », « Naboyi libala ya bombanda », « César aboya yo », « Cha-cha-cha Modero et autres avec sa guitare,  mais chez Nico, c’était permanent et changeant à tel point qu’un autre musicien aurait du mal à l’imiter.

Ma petite déception est venue de sa séparation avec le Grand Kallé. Nico, pour moi, est quelqu’un qui avait besoin d’un grand arrangeur, de quelqu’un qui s’occuperait des autres aspects de l’orchestration afin que lui, le soliste, se concentre sur sa guitare. Roger Izeïdi et Rochereau  ont joué ce rôle à merveille dans l’African Fiesta. Mais pour moi, à cause de son expérience, de ses talents de leader et d’arrangeur, le Grand Kallé aurait été l’homme idéal pour former avec Dokta Kasanda le meilleur tandem.

Il y a des auteurs artistes qui craignent d’être volés. ( Je ne suis pas de ceux-là. Ce n’est cependant pas une raison pour ne pas faire protéger nos œuvres) Nico nous en apporte la preuve. Le génie ne se copie pas. Nico Kasanda fut un soliste d’une classe à part. Les solistes substituts jouent souvent les solos des titulaires même s’ils ne les reproduisent pas fidèlement. Mais, en ce qui a trait aux solos de Nico, je n’en ai pas vu qui ont été capables de les exécuter parce que ses partitions et répliques à lui étaient changeantes et improvisées, comme pour mettre au défi ses éventuels imitateurs : « Meka okangama ! »

Je crois personnellement que ce qui différencie le talent du génie, c’est le fait que le talent peut s’imiter et s’acquérir. Le génie, lui, est inné. On l’a ou on ne l’a pas. C’est aussi simple que ça ! À ce titre, Nicolas Kasanda wa Mikalay alias Dokta Kasanda ou  Nico Mobali, n’est pas seulement un dieu de la guitare. Il a été et restera pour moi le vrai « mokonzi ya mboka »

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