Controverse autour d'un argot - reprise.
Vous l’avez sûrement constaté, je fais des fautes d’orthographes et j’omets d’effacer des bouts de textes. Il ne faut pas m’en vouloir. J’ai de petits problèmes de vue avec mon clavier. Et, comme je n’aime pas mettre mes lunettes de lecture que je trouve encombrantes, voilà le résultat ! Encore une fois mes vives excuses !
Je viens de lire avec un certain intérêt l’article écrit par le compatriote Robert Muka, paru sur www.KongoTimes.info, qui fustige le lingala facile. Sa lettre débute ainsi:
Monsieur l’Editeur,
« Je viens, à travers ma modeste réflexion, poser la problématique liée à la déformation d’une nos langues nationales, j’ai cité le lingala, au profit de l’argot lingala baptisé « Indoubil » ou « lingala facile ». Je pense que l’idée de créer une variante de la langue lingala sous le vocable de « lingala facile », tirée de la combinaison de plusieurs apports d’autres langues nationales et internationales (Kikongo, tshiluba, swahili, français, portugais, anglais, grec, espagnol, etc.) voire des dialectes de chez nous, est une innovation culturelle qui me choque personnellement »
Dans un de mes articles, intitulé « Qui trop embrasse mal étreint », je m’en étais pris au franc-lingala que certains de nos jeunes musiciens ont créé au dam de certains mélomanes dont moi-même. J’ai fait l’éloge du lingala populaire que tous les Congolais de partout au monde, qu’ils viennent du Bas-Congo, du Bandundu, de l’Équateur, du Kasaï, de la province orientale, du Kivu ou du Shaba, parlent et qui les distingue des autres. Ce lingala-là déjà est un lingala facile puisqu’il emprunte de nombreux mots à la langue de Voltaire, ce qui est logique du fait que celle-ci constitue notre langue officielle.
Le lingala pur, appelé lingala ya Makanza, existe mais peu de gens le parlent. Imaginez-vous si pour dire « fungola porte », je disais plutôt « fungola eyingeli » ou pour dire «Pesa ngai fourchette », je disais « Pesa ngai nkanya » Il y a fort à parier que beaucoup de compatriotes ne me comprendraient pas. Nous avons été habitués à un lingala qui lui-même n’est pas déjà pas pur et qui fait cependant consensus. Il est vrai que nous devons tout faire pour préserver notre patrimoine culturel. Il doit exister des écoles qui enseignent encore le lingala ya Makanza, sans doute, et c’est une bonne chose. Jadis, Cécile Kiandumba, l’une de mes grandes sœurs, celle qui présentait « Lisapo ongee » à la télévision, avait fait ses études moyennes en kikongo à l’École normale de Nkolo. Mais elle ne l’a jamais utilisé pour enseigner puisque à Kinshasa la langue officielle est le français alors que la langue la plus parlée est le lingala.
Le lingala facile est un argot. La plupart des langues du monde comportent des argots et des jargons. Voici les définitions que le dictionnaire Wikipedia en donne.
« Selon certains auteurs, un argot est un registre de langue ou un parler particulier à un groupe social, c'est-à-dire un sociolecte, qui vise à exclure tout tiers de la communication. L'argot a initialement pour fonction de crypter le message, avec pour visée qu'un non-initié ne le comprenne pas. Il a également une fonction identitaire car il permet la reconnaissance mutuelle des membres du groupe et la démonstration de leur séparation de la société par un langage différent. Il faut distinguer l'argot du jargon, qui est propre à un groupe professionnel et est censé en théorie ne pas avoir cette visée cryptique »
Si vous suivez un peu ce qui se passe en France, le verlan est un argot que les jeunes utilisent entre eux. Il consiste à inverser les mots ( À l’envers pour verlan) pour que le non initié ne les comprenne pas. Par contre, le jargon des médecins et autres professionnels est constitué de termes communs et n’a pas le même but. Ce sont des termes techniques. Il n’y a pas que l’argot et le jargon. Selon la région dans laquelle les gens habitent, la langue subit des métissages, fruit du voisinage avec un pays utilisant une autre langue. Les Marseillais ont des accents et mots empruntés à l’italien; à Strasbourg, c’est l’allemand qui prête ses mots et accents au français; au Québec, on parle joual, un langage populaire propre aux Québécois. Il n’est pas destiné à masquer ou codifier des messages et n’a aucun caractère professionnel. C’est une langue que les gens sont habitués à parler depuis le temps de leurs ancêtres. Les Congolais qui débarquent au Québec pour la première fois ont du mal à comprendre le français d’ici du fait qu’il comporte de nombreux mots et expressions empruntés au joual.
Le frac-lingala est une invention de nos jeunes musiciens qui veulent se donner des airs. Je pense qu’il s’agit de complexés qui veulent compenser leur insuffisance d’instruction en voulant utiliser ce qu’ils croient être de gros mots alors que personne n’est dupe. Le lingala facile, lui, n’est pas que l’apanage des jeunes musiciens. C’est une tendance qui a gagné notre jeunesse actuelle. Le lingala facile n’est pas plus facile que le lingala commun. Les jeunes l’utilisent peut-être pour que nous se donner les uns les autres l’impression qu’ils sont à la mode. Nous, les non initiés, les comprenons souvent à demi-mots. Comme dirait un vrai Québécois « O.K. d’abord ! Laisse-faire d’abord! Ils virent tout de bord ! » (Ciel ! Laisse tomber ! Ils chambardent tout) Tel que c’est parti, seul un miracle peut les en dissuader. Même si l’on créait des écoles d’apprentissage du lingala pur, en sortant dans la rue, nos jeunes vont continuer à parler leur lingala facile. Et ces jeunes de la diaspora, comment fera-t-on pour les regrouper et leur apprendre à bien s’exprimer ? Depuis ma jeunesse, j’ai entendu des gens parler « Indoubil » Ça n’a affecté ni mon éducation ni mon parler à moi. Du moment qu’on ne l’institutionnalise pas, le lingala facile n’est pas un foudre de guerre.
Par contre, je me demande pourquoi certains jeunes journalistes s’expriment avec arrogance et s’excitent inutilement à l’antenne comme s’ils s’adressaient à un ennemi invisible. C’est alors qu’ils sortent leurs insanités et adoptent le franc-lingala. Ces journalistes et animateurs-là, ne méritent pas de présenter des émissions. Eux et leur lingala facile devraient être interdits de diffusion. Et, ça, c’est très facile !
À la fin de sa lettre, l’auteur rend hommage à l’auteur « du recours à l’authenticité » Je suis d’accord avec vous concernant notre identité. Cependant, j’estime que d’aucuns l’ont confondu avec le « retour à l’authenticité » et ont déployé un excès de zèle tel qu’il a failli nous couper du monde extérieur et de notre propre passé. J’en veux pour simple exemple tous ces films tournés avant l’avènement du président Mobutu qui ont été brûlés du simple fait qu’on y apercevait des hommes en cravates et des femmes en pantalons et portant des perruques. « Christi ! Faut-il être assez « épais » pour agir « de même » ! (Bon Dieu ! Il faut être idiot pour faire ça !) Ça c’est du Québécois tout craché!
Et que penser de notre musique qui s’est trop repliée sur elle-même abandonnant les mélodies et danses étrangères ? Danser valse, tango, biguine, charanga, samba, boléro, calypso, swing, mambo, cha-cha-cha, etc. n’a rien de mauvais ! Quand j’ai débarqué au Québec, je me suis fait pas mal d’amis à cause de la maîtrise de ces danses. Les gens trouvaient que j’avais de la culture.
L’homme est un être social. Nous créons parfois nos propres ghettos par notre intolérance et le refus d’accepter systématiquement le mode de vie et la culture des autres. Moi, je suis fier de mes origines et de ma culture mais cela me fait plaisir de la partager avec les autres qui, eux aussi, m’en apprennent sur les leurs. Il n’y a pas de mal à ça ! Avez-vous déjà croqué un morceau dans un resto ou buffet chinetoque?