Adieu, Gilles Carle!

Publié le par Célestin S. Mansévani

Adieu, Gilles Carle !

Samedi, le 2 décembre, Jean Charest, le Premier ministre du Québec, a présidé les funérailles du cinéaste québécois Gille Carle qu’il a qualifié de père du cinéma québécois.  Voici quelques extraits d’articles sur cet événement :

Le parkinson a fini par emporter le cinéaste Gilles Carle, à 2 h 35 dans la nuit de vendredi à samedi, au Centre hospitalier de Granby. Il avait 81 ans. « Il n'y a pas eu d'acharnement, il est parti tout doucement », a confirmé sa fille Valérie Duchesne-Carle, qui avait annoncé la nouvelle sur Twitter.Le scénariste, réalisateur, monteur et producteur combattait sa maladie depuis une quinzaine d'années.

Des funérailles aux airs de fête- À la demande de sa conjointe, Chloé Sainte-Marie, la cérémonie sera également une fête qui permettra aux Québécois de lui « témoigner leur amour ». « Des gens viendront parler de Gilles Carle, l'homme; de Gilles Carle, le littéraire, le poète; de Gilles Carle, le cinéaste; de Gilles Carle, le Métis », a dit sa muse et sa compagne de 27 ans. Pour sa part, Chloé Sainte-Marie chantera et lira un poème.

En 1966, semoncé par son employeur pour avoir transformé en long métrage ce projet de documentaire, il quitte l'ONF pour les Productions Onyx avec lesquelles il scénarise et réalise Le Viol d'une jeune fille douce (en 1968), Red (en 1970) et Les Mâles (en 1971). Puis, avec Pierre Lamy, il fonde les Productions Carl-Lamy au début des années 70 et réalise au cours de cette décennie La Vraie Nature de Bernadette (en 1972), La Mort d'un bûcheron (en 1973) et La Tête de Normande St-Onge (en 1976). Au cours des années 80 il adapte deux classiques de la littérature québécoise au grand écran, Les Plouffe (en 1981) et Maria Chapdelaine (en 1983). Gilles Carle réalise ses derniers longs-métrage de fiction aux cours des années 1990, avant que la maladie ne le réduise à des travaux plus solitaires, d'écriture et d'arts plastiques, puis à l'inaction totale.

Je continue à me poser de sérieuses questions sur le cinéma québécois. Voilà un cinéaste qui a eu une feuille de route bien remplie. Et pourtant, il ne semble avoir été connu qu’au Québec. Ceux qui ont pris la relève du 7ème art après lui n’ont pas été à la hauteur de lui succéder. Dans mon article intitulé « Apocalypse 2012 », je vous ai dressé un portrait de ce que pensent les Québécois de leur propre cinéma. Et voici que, depuis quelques mois, les cinéphiles nous rabattent les oreilles avec un nouveau film québécois.

23 oct. 2009 ... Le film de Xavier Dolan, J'ai tué ma mère, a généré des recettes de 905 000 $ au box-office québécois. Le long métrage raconte l'histoire ...

Je n’ai personnellement pas vu ce film. C’est rare que j’aille perdre mon temps à regarder un film d’ici pour les raisons que je vous ai évoquées dernièrement.

Je les trouve ennuyants et m’insurge contre le jeu stéréotypé et les dialogues peu inspirés des acteurs. Je reste plutôt à l’affût des films qui ont la cote. En effet, aux États-Unis, le succès d'un film se mesure par ses recettes accumulées. Le journal « Variety » diffuse chaque semaine le box-office américain.

Revenons encore une fois sur le film Apocalypse 2012 qui a la cote en ce moment.
Par David Germain, THE ASSOCIATED PRESS, cp.org
La film d'apocalypse "2012" arrive en tête du box-office américain

LOS ANGELES - L'apocalypse a apporté des millions de dollars au box-office avec "2012", un film catastrophe qui réalise 225 millions $ US de recettes dans le monde entier, et arrive en tête du box-office nord-américain du week-end.

Si vous établissez une comparaison entre les recettes de ce film et celles du dernier succès québécois, vous aurez envie d’en rire. C’est pourtant la réalité. Si j’étais l’auteur de l’un et l’autre, mon cachet étant de 5% des recettes totales, j’empocherais juste 50 mille dollars canadiens d’un côté et 11,25 millions de l’autre !

Le film « J’ai tué ma mère » a été sélectionné pour représenter le Québec aux prochains Oscars d’Hollywood. Il y a de cela 6 ans, « Les Invasions barbares » ont gagné le prix du meilleur film étranger. Il n’a même pas atteint les 5 millions de recettes. Ne croyez surtout pas que les Québécois refusent de gagner des millions. Je paraphraserai Verckys Kiamuangana qui a dit un jour : « Baboyaka mbongo ?» Le problème est que entre le vouloir et le pouvoir, le fossé est considérable.

Si les Oscars déterminent la taille des cachets des acteurs hollywoodiens, par contre, le succès d’un film se mesure aux entrées en salles ainsi qu’aux recettes qu’il a engrangées. Les Québécois sont très fiers lorsque leurs films sont choisis pour être nominés aux Oscars. Ils oublient trop souvent que ce ne sont pas tous les gagnants d’Oscars qui font de grosses recettes. Le Titanic est un des rares gagnants d’un Oscar du meilleur film qui a remporté le gros lot : 600 788 188 $ US. Les films d’action et ceux pour enfants sont ceux qui drainent des foules aux guichets des salles de cinéma.

« J’ai tué ma mère » risque de finir comme « Les Invasions barbares », c’est-à-dire dans les rayons de filmothèques québécoises sans avoir vraiment nourri son auteur.

C’est fort dommage !

C’est surtout Gilles Carle qui est le plus à plaindre. Avec tout ce qu’il a donné de lui-même, il méritait un meilleur sort. Je me demande pourquoi il n’a pas claqué la porte pour s’en aller tenter sa chance aux États Unis ? Le nationalisme ou sa maladie ?

Adieu, Gilles ! J’espère que, un jour, quelqu’un se lèvera pour changer le cours des choses. Le monde est en constante mutation. Il ne faut pas que le chauvinisme et le soi-disant protectionnisme culturel continuent de damer le pion à la libre expression artistique. Il ne faut à aucun prix que les artistes québécois tirent de la queue alors que leurs homologues américains, britanniques, français et autres reniflent l’odeur des billets verts ! Tout homme vit de son métier !

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