Anecdotes animales: le serpent.

Publié le par Vieuxvan

Anecdotes animales – Ebembe ya nyoka.

                                                  

Ebembe ya nyoka esilaka nsomo te ! Cette fois-ci, nous allons parler des serpents..

La première histoire est celle-ci. Nous nous trouvions au champ avec mon père, ma mère et mes sœurs. Papa était assis sur un tronc d’arbre et mangeait une canne à sucre.  Soudain, il fronça les sourcils. Sous lui quelque chose bougeait à un rythme régulier, comme quand on respire, et il semblait assis dessus. Il se leva subitement et s’éloigna d’un mètre et écarquilla les yeux. Il avait été assis sur une vipère qui était étendue sur l’arbre.

Chez-nous, il y a deux sortes de vipères. L’une se nomme « kanza », l’autre « mpidi » Je n’ai jamais su faire la différence entre les deux. Je crois que la vipère kanza est la plus grosse et ses dessins de losange sur sa peau sont sombres. La vipère, elle, est plus petite et sa eau est beige. Mais, je n’en suis pas sûr. En tout cas, des villageois sont morts de sa piqûre. C’est un serpent qui se love parfois au sommet de petits palmiers et aussitôt qu’il voit une main d’homme, il mord. Comme les hôpitaux et dispensaires sont souvent éloignés, la personne mordue meurt au bout de quelque temps. Je me souviens que des guérisseurs prétendent extirper le poison en rasant le sommet du crâne de la victime et en appliquant une plante sur la blessure, laquelle siphonne le poison mais il faut que ça se passe vite avant que le venin n’ait eu le temps de se propager dans tout le corps. Or, quand l’incident s’est produit loin du village et la victime se déplaçant à pied, il est souvent trop tard.

Pour en revenir à mon père, en voyant la scène, nous eûmes peur et crûmes qu’il avait été mordu. Non. La vipère descendit du tronc d’arbre et se faufila sous les feuillages. Mon père la laissa s’en aller. Nous nous consultâmes du regard.

Une autre fois, nous allâmes lui et moi lever les pièges qu’il avait tendus aux rats. Soudain, il me fit signe de ne pas bouger ni m’approcher de lui. Il me dit : « mbamba » J’écarquillais les yeux. Effectivement, il y avait un gros serpent noir enroulé sur lui-même. À notre vue, il se mit à se dérouler et dressa sa tête, furieux d’avoir été dérangé. Il devait mesurer deux mètres. Mon père s’adressa au serpent : « Tu ne bouges pas de là jusqu’à ce que je vienne te libérer » Comme tout enfant de mon âge fréquentant une bonne école, j’étais très curieux, incrédule, assez enclin au scepticisme et surtout difficile à convaincre lorsqu’un situation dépassait ma logique. Néanmoins, mon père était quelqu’un de spécial. Je me gardai de le contredire. Nous allâmes continuer la levée des pièges. À la fin, nous reprîmes le chemin du village. Mais, moi, dans ma tête, je pensais au serpent. Je crus que mon père m’avait menti et qu’il voulait se débiner. Je lui rappelai l’épisode. Il me répondit : « Oh ! Oui. J’ai failli l’oublier ! » Nous rebroussâmes chemin et retournâmes à l’endroit où nous avions laissé le serpent. Il était là, enroulé sur lui-même comme lorsque nous l’avons trouvé. Mon père lui dit : « À présent, va-t-en ! Je te libère » Le serpent se déploya et fila sous les arbres à toute vitesse.

Il faut l’avoir vu pour le croire. J’en parlai à ma mère qui esquissa tout simplement un sourire sans me répondre. Elle connaissait des choses sur son mari qu’elle ne me racontait pas.

Cette histoire de mamba noir évoque chez moi un autre souvenir. Deux fois j’ai eu la visite de mambas noirs. J’habitais une maison de la commune située en face de l’EPOM entre le dispensaire et le bureau de la Regideso, sur le chemin qui mène du quartier 3 au marché du quartier 7 en passant devant les installations de la Regideso. Ces serpents se dirigeaient vers la maison. Je me demande s’ils s’étaient introduits dans ma maison pendant que la porte était ouverte et que j’avais l’esprit ailleurs. C’est arrivé deux fois en deux ans. Aujourd’hui, lorsque j’y pense, je trouve que c’est assez étrange. Ndjili est une vaste commune. Le seul endroit d’où de tels reptiles pouvaient provenir, ce sont les abords du fleuve Congo ou de rivière Ndjili.  Pour qu’un serpent parvienne à l’endroit où je résidais, il aurait fallu qu’il traverse Masina, le boulevard Lumumba, le quartier 1 et l’ÉPOM pour le fleuve d’une part, et les quartiers 8 et 7 puis le marché du quartier 7 pour la rivière Ndjili d’autre part.

C’est pratiquement impossible qu’il ait traversé tous ces quartiers habités pour venir se faufiler chez-moi. En tout cas, j’ai eu de la chance de trouver à chaque fois un bâton approprié pour tuer les serpents. Ils ne m’ont même pas opposé de la résistance ! Ma femme pense que quelqu’un les avait amenés et largués là. C’est la seule explication. Moi, j’y pense encore avec un certain effroi.

J’en ai vu des choses dans ma vie. Des fois, je me demande comment je suis encore vivant. C’est sûrement Dieu qui me protégeait. Aujourd’hui j’aurais été incapable de tuer ces serpents.

Bon Je m’en vais vous raconter une autre histoire. Je la tiens de me mère mais, selon elle, il ne s’agit pas d’un conte mais d’une histoire vécue, celle d’un villageois égoïste qui a failli mourir des morsures de deux mambas noirs. C’est encore une fois un récit que je tiens de ma mère. Un villageois avait la manie de cacher ses butins de chasse pour ne pas avoir à les partager avec les autres habitants de son village. Tout le monde était au courant mais faisait mine de rien.  Ce jour-là, notre homme trouva un grand nid suspendu à une grosse branche d’arbre. Convaincu qu’il y avait des petits de colombes dedans, il détacha le nid et le cacha dans sa gibecière qu’il cacha à l’avant sous son pantalon ;a la hauteur de son ventre.  Après quoi, il reprit le chemin du village, croisant de temps à autre un  agriculteur qui allait ou venait dans les deux sens.

Soudain, il s’arrêta et se figea. Deux têtes noires s’étaient dressées devant lui, sortant de sa gibecière. Il s’agissait de deux mambas noirs. Statufié, notre ami ne pouvait pas crier de peur d’être mordu. Il se mit à siffler avec sa bouche mais faiblement pour ne pas brusquer les deux serpents. Ceux-ci s’apprêtaient à attaquer lorsque, soudain, ils tombèrent par terre. L’homme eut le temps de faire un grand saut pour s’écarter de sa gibecière et des serpents tombés par terre. Ceux-ci ne se firent pas prier pour ramper et s’évanouir dans la brousse alors que l’homme, lui, tomba à la renverse, évanoui, sur la route. Lorsqu’il reprit connaissance, notre égoïste se retrouva nez à nez avec son sauveur. C’est un autre villageois, venant par derrière, qui avait heureusement vu la scène et  coupé la courroie qui retenait la  gibecière à l’épaule de l’infortuné. Un attroupement s’était formé sur le lieu. L’égoïste fut l’objet de moquerie de ses concitoyens et il jura de mettre fin à son

égoïsme. Il avait eu sa leçon !

« Ebembe ya nyoka esilaka nsomo te »

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