Anecdotes animales - le singe.
Anecdotes animales : le singe.
Eh! Nkewa eh ! Suama usuamanga, nkila ukusolele!
Je viens de recevoir un commentaire de mon ami Régis-Crispin Lukoki qui me corrige à propos du vieux proverbe ci-dessus. En fait, au lieu de lire « nkila ukusongele », il faut plutôt lire « nkila ukusolele » Je suis très édifié de constater qu’il existe des personnes plus jeunes que moi qui maîtrisent encore notre langue. Bravo ! Cela va me permettre de réapprendre ma propre langue maternelle. Chez-moi, en famille, tous sont Bakongo mais tous parlent lingala. Personne pour m’aider !
À propos de « nkima », je dois vous narrer une histoire vraie qui m’est arrivée à moi personnellement. Pendant les deux ou trois semaines de vacances que j’allais passer au village, j’accompagnais ma mère et mes sœurs au champ lors des cueillettes. Nous avions des récoltes de maïs, de haricots, de petits pois, de feuilles de manioc, de courges, d’arachides et autres oléagineux. Ce qui me rebutait, c’est celle des courges alias « malenge dont la coquille ressemble à celle d’une pastèque. Elle était gluante, pourrie et salissante. Nous devions en extirper les courges. Un jour, je m’isolai dans le coin de l’un de nos champs d’arachides. J’entendis du bruit et je sursautai. Soudain, en me retournant, j’aperçus deux singes, un gros et un petit, c’est-à-dire une femelle de singe et son bébé. En m’apercevant, la maman se sauva. Elle grimpa dans un arbre et se mit à m’observer. Le petit, lui, n’eut pas le temps de s’enfuir. Comme j’adorais les plongeons et que je voulais impressionner ma mère et mes sœurs, je lui plongeai dessus pour l’attraper vivant. Je voulais aller me vanter d’avoir attrapé un singe vivant. Il me mordit. Moi, je tins bon. Hélas, en se débattant farouchement, il faillit me briser le bras. Je le lâchai aussitôt et il s’en alla rejoindre sa mère. Lorsque je racontai l’incident à feue ma mère, Thérèse Nsemba, elle me réprimanda : « Les animaux sauvages restent dangereux pour les hommes», me dit-elle. Sur ce, elle me raconta l’histoire d’un chasseur qui fut puni par des singes.
Ce monsieur-là était réputé grand chasseur. Il rencontra un jour une colonie de singes. Alors que ceux-ci fuyaient et s’éparpillaient dans les arbres à sa vue, il fit feu sur le dernier et l’atteint au ventre. Celui-ci, blessé, mit ses doigts sur sa plaie, montra le sang au chasseur et frappa ses paumes de mains l’une sur l’autre pour lui demander de l’épargner, comme lorsque nous disons merci ou pardon à quelqu’un. L’homme ne voulut rien savoir. Il tira une deuxième balle qui tua le singe. Il le chargea sur ses épaules et prit le chemin qui menait au village, heureux de sa belle aubaine. Les autres singes avaient disparu. Soudain, il se sentit entouré. Deux singes lui barraient la route et une dizaine d’autres s’étaient postés de part et d’autre de la route. Il fut assommé par derrière par une branche d’arbre frappée sur sa nuque. Il s’évanouit. Lorsqu’il revint à lui, il se trouvait ligoté et couché par terre à la merci d’une colonne de fourmis rouges alias « nsongonia » qui le piquaient partout. Les singes étaient repartis, emportant la dépouille de leur frère. Le chasseur se mit à crier. Une femme, qui passait par-là, revenant du champ, le trouva blessé, bouffi, gonflé et méconnaissable. Elle alla chercher du secours au village.
Et ma mère d’en conclure: « Ces bêtes-là ne sont pas aussi bêtes qu’on le croit !
« Oui, lui dis-je. On prétend que nous sortons du singe et qu’il est notre ancêtre.
Elle n’en crut pas un mot. Elle n’a jamais été à l’école !
Ce n’est pas pour rien que les Blancs ont inventé les expressions suivantes :
Être malin comme un singe,
Être jaloux comme un singe.
On n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace
Costumer un singe
Faire le singe
Être payé en monnaie de singe.
King Kong n’a pas été créé pour rien
Les colons belges, lorsqu’ils étaient méchants, nous injuriaient : « Espèce de macaque ! »
Avant de terminer, je vais vous dire un petit conte toujours hérité de ma mère.
Rassurez-vous, il ne figure pas parmi les treize qui font partie de mon recueil.
D’ailleurs, il fut très populaire jadis.
Le singe et le lézard vivaient en amis. Si le saurien était honnête, le mammifère, lui,
était un voleur et un hypocrite. Un jour, ils se retrouvèrent dans une plantation de noix palmistes. Le singe désigna le sommet de l’un des palmiers.
LE SINGE
Regarde ! Il y a des noix. À nous de jouer !
LE LÉZARD (protestant)
C’est du vol. Si l’on nous attrape, notre compte est bon.
LE SINGE
Tu n’es qu’un trouillard ! Attends-moi là !
Le singe planta son ami là et grimpa dans le palmier. Il eut tôt fait d’arriver au régime de noix et s’offrit un festin digne d’un roi. Il en oublia même son compagnon. Il redescendit, s’étendit sur l’herbe et s’offrit une petite sieste. Le repos du guerrier ! Las d’attendre, son compagnon s’était aussi assoupi. L’un et l’autre furent brutalement tirés de leur sommeil par des mains vigoureuses. C’était le propriétaire du champ, accompagné d’un de ses travailleurs.
LE PROPRIÉTAIRE
Ah ! Ah ! Petits voyous ! Nous vous avons pris la main dans le sac !
Vous allez le payer cher !
Le singe se tourna vers le lézard et le pointa du doigt:
LE SINGE
Votre Excellence, ce n’est pas moi le coupable. C’est lui.
Le lézard protesta véhément.
LE LÉZARD
Votre Excellence, ce n’est pas moi. Je dormais.
LE SINGE
Il ment. Vérifiez par vous-même ! Qui a la bouche rouge ?
L’homme se tourna vers le lézard :
LE PROPRIÉTAIRE
Ouvre donc la bouche, toi !
Le lézard s’exécuta, tout tremblant de peur. Sa bouche rouge le trahit.
LE PROPRIÉTAIRE
Ah ! Voyou ! Une image vaut mille mots !
Il se tourna vers son serviteur.
LE PROPRIÉTAIRE
Donne-lui une bonne correction ! Vingt coups de fouet !
Le lézard fut battu à mort mais il survécut. Entre-temps, le singe avait pris la clé des champs.
Deux mois s’écoulèrent. Le lézard avait pansé ses plaies. Il cherchait une occasion de se venger du singe. Ils se retrouvèrent cette fois dans un champ de maïs. Le singe ne se fit pas prier. Il se mit aussitôt à l’œuvre, se mit à cueillir les maïs, s’empiffrant comme un ogre. À cet instant, tout autour de lui, le champ se mit à brûler. Le lézard y avait mis le feu. Le voleur sortit rapidement, passant à travers les flammes. Hélas ! Il fut attrapé par le cultivateur, accompagné de son fils aîné.
LE CULTIVATEUR
Quels dégâts, mon ami ! Tu as brûlé mon champ. Sais-tu combien il vaut ?
Le singe se tourna vers le lézard qui se trouvait plus loin.
LE SINGE
Ce n’est pas moi. C’est lui !
Le lézard cria de loin.
LE LÉZARD
Qu’est-ce qu’il raconte ? Voyez donc ses mains !
Le cultivateur se tourna vers le singe.
LE CULTIVATEUR
Fais-moi voir tes mains, mon ami !
Le singe exhiba ses mains. Le cultivateur s’exclama :
LE CULTIVATEUR
Ai-je besoin d’une autre preuve ?
Il se tourna vers son fils, qui avait une machette tranchante dans sa main et ordonna à la manière des Tontons Macoutes haïtiens.
LE CULTIVATEUR
Coupez tête !
Ainsi mourut le singe. Il s’était pris pour un malin. Il avait trouvé son maître.
Et ma mère de conclure : « Sa nkueno mu longa ; vo kafuene mo ko ; nge uvinga mo ! (Si tu mets quelqu’un dans une assiette et qu’il n’y a pas assez de place pour lui, c’est à toi de l’y remplacer) Autrement dit : « À malin malin et demi ! »