Côte d’Ivoire
Si la tendance se maintient
Bernard Derome, un journaliste chevronné, qui a dirigé et présenté le journal télévisé à Radio-Canana pendant 40 ans et a pris sa retraite en décembre 2008, s’est rendu célèbre pour cette expression qu’il disait les soirs des élections fédérales et provinciales « Si la tendance se maintient, le prochain gouvernement sera… » C’est que, avec les ordinateurs dont dispose le pays, deux heures avant l’annonce des résultats d’une élection, il pouvait prédire avec exactitude les résultats des élections. Pourtant, au Canada tout comme au Québec, il existe des milliers de bureaux de vote et des millions d’électeurs. C’est cela la haute technologie !
Hélas ! En Côte d’Ivoire, la situation est plutôt préoccupante. Faute d’ordinateurs de pointe, il y a eu du maquillage, du tripotage, du barbouillage, du couillonnage, du « potonage », et j’en passe. Impossible de trouver le mot juste pour décrire la situation qui prévaut là-bas depuis deux semaines. Personnellement, je croyais avoir fait mon devoir en prenant pour acquis que Laurent Gbagbo avait été défait lors des dernières élections présidentielles et qu’il avait usurpé le fauteuil présidentiel qui revenait de droit à Alassane Quattara, grand vainqueur du scrutin. J’étais même sur le point d’appuyer l’initiative du président américain Barack Obama que voici :
En lisant cet autre article publié plus tard, je me suis retenu et je me suis posé la question de savoir si tout ce qu’on nous rapporte est la vérité et pourquoi ont lieu ces affrontements qui font déjà plus d’une dizaine de morts sans compter les blessés.
J’en suis donc arrivé à aller tenter le pouls de la situation telle qu’elle se passe sur place à Abidjan et en Côte d’Ivoire. De nombreux journaux paraissent dans ce pays et ils semblent sérieux les uns les autres. Cependant, sur la question qui nous préoccupe, ils sont diamétralement opposés. En effet, il y en a qui donnent Quattara vainqueur des élections. Il y en d’autres qui affirment le contraire. N’étant pas sur place je m’abstiens de m’étendre en commentaires. Je me contente de vous faire lire des articles publiés dans deux des journaux. Vous verrez par vous-mêmes que la situation n’est pas aussi simple qu’on ne l’imagine.
Le Patriote
Mme Touré Aya Virginie est présidente du RFR. Un ngrand rassemblement des femmes ivoiriennes. Voici ce qu’elle a confié à la presse
Y. Sangara, journaliste au journal « Le Patriote », traite Laurent Gbagbo de « l’homme qui se substitue au peuple »
Mme Touré Aya Virginie est présidente du RFR. Un ngrand rassemblement des femmes ivoiriennes. Voici ce qu’elle a confié à la presse
Y. Sangaré, journaliste au journal « Le Patriote », traite Laurent Gbagbo de « l’homme qui se substitue au peuple »
Le camp Quattara a planifié une marche pour protester contre et dénoncer l’entêtement du président déchu. Guillaume Soro, Premier ministre du gouvernement Quattara s’adressait au représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Côte d’ivoire, M. Choi Young Jin, lui demandant de faire intervenir des forces spéciales impartiales. Dans la même veine, il annonçait son intention d’e nommer de nouveaux dirigeants à la tête de la RTI, la télévision ivoirienne.
Guillaume Soro demande « l'assistance sécuritaire des forces impartiales
Le journaliste Sangaré est revenu sur la scène pour s’inquiéter de la population civile, sollicitant la protection de l’ONU durant la marche de protestation projetée.
L’ONU doit protéger les populations civiles !
Le porte-parole du Conseil du gouvernement, Patriuck Achi a tenu presque les mêmes propos.
Tournons-nous à présent du côté du journal Notre voie. Les opinions et demandes changent radicalement et diamétralement. Le gagnant des élections est Laurent Gbagbo. Son opposant est un imposteur à la solde des Occidentaux. Voici des articles qui en font foi.
Ici, Quattara et sa clique sont qualifiés de forces rebelles. On demande carrément de les déloger du Golf Hôtel où ils ont érigé leur gouvernement qualifié de « fantoche ».
Un autre article va dans le même sens. Cette fois, c’est Charles Blé Goudé, le leader de l’Alliance des jeunes patriotes et ministre de la Jeunesse et de l’Emploi du gouvernement de Laurent Gbagbo, qui s’adresse aux jeunes ivoiriens pour qu’ils aillent débusquer Quattara et se hommes au Golf Hôtel et les oblige à déguerpir.
Ces prises de positions et revendications du camp Gbagbo dénotent clairement que, pour eux. Laurent Gbagbo est sorti grand vainqueur des élections et que Quattara n’est qu’un pantin des Occidentaux qui veulent le placer de force au pouvoir.
Voilà quelques articles parus dans la presse ivoirienne qui prouvent que l’unanimité n’est pas faite pour savoir qui dit vrai, qui a vraiment gagné les élections, aux dires même des Ivoiriens qui sont divisés sur la question. Je vous ai présenté juste deux journaux, mais la situation est identique avec les autres journaux qui sont divisés et semblent appuyer chacun on candidat.
À l’étranger, la diaspora ivoirienne s’est aussi mobilisée comme nous pouvons le constater :
Soutien à Gbagbo à Londre
Par contre, en lisant les journaux africains, Jeune Afrique, nous avons un autre son de cloche. C’est bien Alassane Quattara qui est crédité du gain des élections et ce sont ses partisans qui ont organisé des marches de protestation.
Jeune Afrique
Afrik.com
Côte d’Ivoire : marche funèbre à Abidjan
Sauf que l’article qui suit est sans équivoque quant au rôle qu’on prête aux journaux étrangers qui suivent cette crise politique.
Quand les citoyens et les journaux sont divisés, quand deux camps organisent des marches et se croisent, il y a forcément des échauffourées. Le bilan macabre de plus de 30 morts à présent, paraît-il, est là pour l’attester.
Finalement, en tout cas, toutes ces réactions contradictoires dérangent. C’est vraiment l’impasse ! Si l’on s’était trouvé dans un pays bien organisé avec des ordinateurs adéquats, j’aurais proposé une commission neutre pour un recomptage des suffrages exprimés, en présence d’observateurs étrangers. Hélas, avec de moyens rudimentaires et des bulletins qui peuvent avoir sciemment détruits, ce serait une perte de temps et d’argent. Alors, quoi faire ? Je me souviens d’un adage qui dit : « dans le doute, il vaut mieux s’abstenir.
Entre-temps, les morts commencent à tomber comme des mouches. Il y a vraiment urgence dans ce qui ressemble à une hécatombe annoncée dont on déplorera des milliers de morts parmi le pauvre peuple ivoirien.
N’oublions surtout pas ce que j’ai dit hier. Un troisième larron, un soldat, pourrait se lever et prendre le pouvoir « manu militari » Oui, si la tendance se maintient…
Merci de votre attention et à demain !
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