Document vs documentaireDocument ou documentaire ? Sacha Distel - Monsieur Cannibal Je viens de lire respectivement sur Digital Congo et Radio Okapi deux articles consacrés au film documentaire afr
Document ou documentaire ?
Sacha Distel - Monsieur Cannibal
Je viens de lire respectivement sur Digital Congo et Radio Okapi deux articles consacrés au film documentaire africain entre autres congolais.
Monique Phoba présente le film «Entre la coupe et l’élection»
Cinéma- Timide renouveau du documentaire africain
J’appuie incontestablement cette initiative. En même temps, je m’interroge sur la signification qu’on donne au mot « documentaire » Depuis que je regarde la télévision, j’ai vu plein de reportages. Ici au Canada, par exemple, les chaînes RDI , LCN, TV5 et même Canal Évasion nous en donnent plein la vue à propos de ce qui se passe à travers le monde. Cela s’appelle des reportages ou « documents » À côté, nous avons la chaîne Canal D, qui elle présente des documentaires. D’ailleurs à Montréal, nous avons l’office national du film dont la spécialité est justement la production de films documentaires et ceux d’animation. Certains d’entre ceux-ci ont d’ailleurs été primés aux Oscars.
Je crois qu’il faut faire une distinction entre une simple compilation d’archives et un documentaire. Nous avons au Congo divers sujets intéressants qui pourraient servir à produire des documentaires. Les banques, les brasseries, les hôpitaux, les épidémies, les anciens royaumes, les coutumes ancestrales comme la circoncision et l’excision, les assurances, etc. Ce ne sont pas les sujets qui manquent.
Je ne suis pas contre les films réalisés à partir d’un montage d’images d’actualité appuyées par des entrevues de personnalités, mais je crois qu’il convient de les classer plutôt dans la catégorie des
documents. Sur RDI, nous suivons tous les jours « Les grands reportages », une émission consacrée aux réalités du monde, particulièrement celles des pays du Tiers-Monde où sévissent la violence, les luttes intestines, la pauvreté et autres sujets d’actualité. Radio-Canada a des correspondants partout. Nous avons également la série « Découverte » qui nous fait découvrir le monde de la technologie. Sur LCN, nous avons aussi des documents issus de reportages en différé comme « J.E. »
Dans le cas de la RDC, plutôt que de se contenter de nous présenter un montage d’images d’archives ou d’actualité, on devrait, je crois, encourager la production de films documentaires originaux, c’est-à-dire ceux qui n’ont rien à voir avec les images empruntées à celles des actualités télévisées d’hier ou d’aujourd’hui. Cela n’empêche pas d’en emprunter quelques-unes. Ici, cela s’appelle du « piétage » Mais, pour l’essentiel, il faut créer du nouveau à partir d’un bon scénario et aller filmer soi-même les scènes que l’on veut présenter, comme ce que faisait Katuku wa Yamba avec Ezaleli ya Bankoko, même s’il le faisait sous forme de reportages et avec des entrevues. J’ai beaucoup apprécié ce qu’il faisait. Il était original, il rénovait et il avait son propre cachet !
Puisque la musique moderne est aujourd’hui à la mode, pourquoi un réalisateur ne nous présenterait-il pas un documentaire sur la musique congolaise moderne ? Il y aurait beaucoup à dire. Êtes-vous un réalisateur crédible ? Les thèmes foisonnent : les écoles de musique, la rivalité, les sponsors, les mécènes, la vie familiale d’un musicien, ces filles que l’on chante, le piratage, etc. Vous pouvez aussi faire la biographie d’un musicien comme Simaro Lutumba, Papa Wemba ou Koffi Olomide ? Où sont-ils nés, où ont-ils vécu, quelles écoles ils ont fréquenté, qui ils ont côtoyé, d’où leur est venue leur vocation musicale, qui compose pour eux, qu’est-ce qui est à l’origine de leur succès, comment se passe leur vie privée, quelles sont leurs préoccupations, comment participent-ils au développement de leur pays, pourquoi font-ils de la musique dite des « mabanga », etc. Si vous êtes un jeune réalisateur, sachez que, dans notre métier, nous avons l’obligation d’apprendre sans cesse et de veiller à ne pas tenir des propos erronés, ennuyeux ou redondants. Ne vous contentez donc pas des entrevues et d’images empruntées à des journaux télévisés. C’est trop facile ! Je ne suis pas contre les reportages et les publi-reportages, mais il faut les rendre plus innovateurs et plus solides. Sauvez-nous de la routine ! À propos des Léopards - édition 1974, par exemple, j’ai sympathisé avec Bwanga Tshinemu durant son stage d’entraîneur en France. Nos chambres étaient voisines à Rosny-sous-Bois où nous étions hébergés par le Centre International des Stages (CIS) Est-il toujours entraîneur ? Que fait-il aujourd’hui ? Nous n’avons plus de nouvelles de Kakoko Etepe alias « dieu du ballon », ni de « Good Year » Adélar Mayanga, ni de Raoul Kidumu Mantantu, etc ; nous avons appris des choses sur le sort actuel de Ndaye Mutubila ainsi que sur l’état de santé de Freddy Mayaula et Mavuba. Et les autres Léopards ? Que sont-ils devenus ? Ne nous rabattez pas les oreilles avec des évidences, des images que nous avons vues tant de fois ! Aidez-nous à vérifier les rumeurs ! Dénichez l’insolite ! Cherchez ! Investiguez ! Innovez ! Écrivez votre scénario, illustrez le plus possible le propos de vos invités, allez sur les lieux de leurs vécus anciens et actuels ! Faites votre propre film ! Donnez libre cours à votre imagination !
La RDC n’est pas seulement un scandale géologique ; elle est aussi un scandale culturel.
Laissons les chaînes de télévision produire et présenter des reportages, documents, publi-reportages et autres, pourvu qu’elles le fassent d’une manière professionnelle ! En ce qui concerne le film documentaire, il demande plus de recherche, de profondeur et de temps.
Entre documents et documentaire, la ligne de démarcation est peut-être mince, mais entre le
travailleur routinier et celui qui est pointilleux, il n’y a aucun doute que le résultat fait la différence.
À demain !