Hommage posthums à Tshitenge N'SanaHommage posthume à Tshitenge N’Sana Sacha Distel - Monsieur Cannibal Hier, un article de Digital Congo a attiré mon attention. 10ème anniversaire de la mort de

Publié le par Vieuxvan

Hommage posthume à Tshitenge N’Sana

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

Hier, un article de Digital Congo a attiré mon attention.

10ème anniversaire de la mort de Tshitenge N’sana, souvenirs…

Comme le temps passe vite ! Eh, oui ! Cela fait dix ans que « Tshen » est mort ! Je ne me suis jamais remis de sa mort, en ce sens que j’ai toujours considéré qu’elle n’était pas naturelle. Mais, à quoi bon continuer à me creuser la cervelle ? Nul ne nous le rendra. Quelqu’un s’en va. Un autre prend sa place ! La vie continue !

Je retiens de feu Tshitenge N’Sana que c’est non seulement un collègue et ami mais aussi l’homme qui m’a permis de m’imposer et de graduer à Télé-Zaïre.

Lorsque j’ai débuté comme assistant à la réalisation, il a été impressionné par le sérieux avec lequel je travaillais. Il m’a dit un jour : « Tu es le seul réalisateur qui écrit ses scripts ». C’était au début de Télé-Dimanche. J’écrivais moi-même le texte de présentation pour Benoît Lukunku et Cécile Mombong Kerr, assorti d’humour et d’anecdotes. C’était à l’époque du fameux « Le Bidule »

Lorsque Tshitenge a compris que j’étais un vrai Kinois et que j’avais pratiquement des contacts dans toutes les souches de Kin-la Belle, il m’a proposé de devenir son assistant à la réalisation pour l’émission « La Kinoise ». L’avantage de celle-ci c’est que nous filmions des événements se déroulant dans la capitale en film 16mm noir et blanc. Les images devaient ensuite être montées avant d’être diffusées. Ce fut ma véritable première école de cinéma. Lutu Mabangu, Tshitenge N’Sana et Komba Kanyumba étaient, à l’époque, les grands réalisateurs de la boîte. Ils n’hésitaient pas à me corriger ou à m’encourager. Ce n’étaient pas des néophytes, je vous le jure !

De fil en aiguille, lorsque Tshitenge a fait passer son projet d’émission de « Théâtre de Chez-Nous », il m’a tout de suite demandé de devenir son assistant metteur en scène et réalisateur. Je vous ai déjà expliqué avec quels comédiens nous avons débuté et comment nous avons recruté les autres au fil des années.

Il ne faut pas seulement voir en feu Tshitenge N’Sana l’homme de théâtre. C’était d’abord et avant tout un réalisateur de télévision. Il avait suivi un stage en Grande-Bretagne et ça se reflétait dans son comportement et sa façon de travailler. Il était calme, sérieux et bien organisé. Il avait même le flegme des Anglais. Il lui arrivait cependant de rire discrètement lorsque je piquais une colère et m’en prenais à un comédien arrivait en retard aux enregistrements ou aux répétitions. Si, au plan du travail, nous avions le même amour du métier et le même sens de la responsabilité, au niveau des réactions, cependant,  nous étions aux antipodes, car lui était un introverti alors que, moi, j’étais un plutôt un extraverti, un impulsif. Mais, nous nous complétions bien.

J’étais déjà un réalisateur confirmé lorsque Tshitenge est devenu directeur des programmes en remplacement de Lukunku, muté à la Ciné-production. C’est lui qui a parlé de moi au ministre Mandungu Bula Nyati  et au secrétaire général Dongo Badjanga à tel point que ces derniers m’ont fait confiance et fait gravir les échelons que vous savez dont justement le poste de chef de la réalisation des programmes que lui-même occupait avant sa promotion.

Nous avons continué à nous occuper du groups Salongo. Nous alternions au niveau de la scénarisation et nous faisions la mise en scène conjointement en étant tous les deux aux répétitions du groupe,  mais, pour le reste, il se chargeait plus de la production et moi de la réalisation.

 Nous avons collaboré dans diverses autres productions, Tshitenge et moi. Je n’avais aucun secret pour lui. Nous nous apprécions mutuellement. C’est vrai que j’avais beaucoup d’imagination mais nous discutions des projets avant de les mettre sur la table. Nous avions chacun ses contacts.

Tshitenge est demeuré un ami et partenaire fidèle. Quand je fus absent de Kinshasa, il veilla sur ma famille. D’ailleurs, il est le parrain de mon troisième fils, Odyssée Mansevani.

Lorsque j’ai décidé de m’inscrire à l’Université Laval, je l’en ai informé et il n’y a vu aucun inconvénient. J’en connais qui n’ont pas vu ça d’un bon œil. Tshitenge a d’ailleurs aidé ma famille à venir me rejoindre au Canada. Cependant, à l’époque, j’ignorais que j’allais un jour être obligé de me tourner vers les États Unis pour la poursuite de ma carrière.

En tout cas, la RDC a perdu en Tshitenge N’Sana un de ses fidèles serviteurs. J’ai rarement connu un homme aussi consciencieux dans le monde des artistes. J’ai eu beau avoir réalisé des prouesses à Télé-Zaïre, sans Tshitenge N’Sana, je n’aurais peut-être pas eu cette motivation qui m’a permis d’aimer ce que j’accomplissais. J’ai toujours affirmé qu’un travailleur n’est heureux que lorsqu’il aime ce qu’il fait. Ce fut notre cas, tous les deux. La seule ombre au tableau, c’est qu’on nous faisait travailler « pour la révolution » pendant que les proclamateurs de celle-ci, eux, se remplissaient les poches !

Merci, Tshitenge ! Jamais je ne t’oublierai !

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

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