Kinshasa "cadavéré"
SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE
Je viens de lire un article sur Radio Okapi dans lequel l’invitée, Mme Thérèse Olenga, ministre de l’Environnement parle de l’assainissement de Kinshasa à la veille des festivités entourant la commémoration des 50 ans d’indépendance de notre pays.
Thérèse Olenga s’exprime sur la campagne d’assainissement de la ville de Kinshasa
Tout en la ministre félicitant pour son initiative, je me demande cependant pourquoi il faut attendre les grandes occasions pour assainir la Ville de Kinshasa.
En 1971, lorsque je revins de mon stage de formation à l’Office de Radiodiffusion et de Télévision Français, je demeurai en qualité de locataire sur la rue Djabir à Matonge. Je n’airrivais pas à fermer les yeux de la nuit à cause des essaims de moustiques qui envahissaient les domiciles à la tombée du soir. Cette situation était due au fait que les caniveaux étaient bouchés, faisant stagner de l’eau sale où les moustiques s’en donnaient à cœur joie à pondre et éclore leurs œufs. Nous déménageâmes, ma femme et moi, à Limete de peur d’être foudroyés par la malaria.
Matonge n’était pas le seul quartier où cette situation prévalait. À Bandalungwa, Yolo et Matete, c’était pratiquement la même rengaine. Portant ce sont des cités bâties à l’époque coloniale et qui étaient supposer offrir un certain confort à leurs résidents ! Au fait, depuis notre déménagement, je ne m’étais plus posé la question de savoir si ces caniveaux géniteurs de moustiques avaient finalement été débouchés.
L’une des choses que je détestais au monde à l’époque, c’était de voir une mouche venir se poser sur le bord de mon verre lorsque j’étanchais ma faim et ma soif dans un « nganda » Avec tout ce qui traînait dans la rue, les mouches pouvaient se poser n’importe où et venir nous transmettre des microbes. Pourtant, les pauvres consommateurs étaient tellement habitués à la visite des mouches qu’ils ne les remarquaient presque plus. N’allez pas vous demander pourquoi les hôpitaux sont pleins de malades !
La salubrité publique a toujours posé des problèmes. Au fait, rien de bien concluant n’a été fait jusqu’ici, comme en témoignent certains articles dont ces deux-ci. Cela fait déjà d’ailleurs un bon bout de temps que d’aucuns, surtout des bloguistes, ont surnommé Kin-La Belle de Kin-La Poubelle.
L'insalubrité à KINSHASA ( KIN-LA POUBELLE )
La confusion quant à l’enlèvement des ordures ménagères a aussi été souvent dénoncée et même caricaturée par Cédric Kalonji. Dans le second article, il la qualifie même pour la plus grande poubelle au monde.
Cédric Kalonji y va peut-être fort car en Inde et ailleurs, on trouve des villes plus polluées que Kinshasa dont Bombay New Delhi (Inde), Mexico (Mexique), Djakarta (Indonésie), Dhaka (Bengladesh) comme on peut le voir dans les articles ci-dessous.
Les images de détritus ci-dessous à Naples en Italie m’ont fait rire. Ces ordures-là auraient fait l’affaire de quelques ramasseurs vendeurs s’ils avaient été dans un pays sous-développé:
Pour revenir`aux ordures et aux autres problèmes de salubrité de Kinshasa, il y a eu beaucoup de belles promesses par-ci par-là. Mais le constat a été toujours le même : un échec.
La Ville de Kinshasa n’est pas seulement une mégapole insalubre. Elle est rongée par tant d’autres fléaux que j’ai déjà évoqués dans certains de mes articles dont Comment va Kin? (07/05/2010 ) et Kinshasa va-t-elle disparaître? # 4. (17/12/2009 ). Je ne suis pas le seul à m’inquiéter à ce propos. Voici un article qui fait état des érosions qui narguent la ville, comme un python observe un lapin, se disposant à l’engloutir.
Aussitôt que Lipopo aura disparu, comme ce fut le cas de la mythique Atlantide, tout le monde sera « cadavéré » : les sportifs, « cadavérés » ; les politiciens, « cadavérés » ; les musiciens, « cadavérés » ; les « Bana Mai », « cadavérés » ; les « Digablos, « cadavérés » ; les chégués, « cadavérés » ; les fonctionnaires, « cadavérés » ; les médecins, « cadavérés », « Ba mamans ya zando », « cadavérées » ; « Ba sorodiongo », « cadavérés » ; « Bato ya pusu », « cadavérés » ; Les Stades des Martyrs et Tata Raphaël, « cadavérés » ; « Basi ya London », « cadavérées » ; les églises « cadavérées » ; « Ba chauffeurs na ba receveurs ya fula-fula », « cadavérés », les buildings, « cadavérés », l’aéroport de Ndjili, « cadavéré », Beach Ngobila, « cadavéré » ; les ponts, cadavérés », les « nganda » « cadavérés », les boîtes de nuit, « cadavérés », Bana Mangembo, Bana Odéon, Bana Ndjili, Bana Kin, Bana O.K., Bana Molokaï, Bamoziki, et tous les kinois : hommes femmes, poules, chiens, cochons, lézards, canards, chèvres, souris, moustiques, poux, mouches, crapauds « cadavérés »…Les Bahumbu et les Bateke vont pouvoir retourner dans leurs réserves, comme au temps de leurs ancêtres et retrouver leurs vieilles habitudes… de quoi se frotter les mains, assis sur des troncs d’arbre, fumant leurs pipes bourrées de « bangi », heureux comme des rois ! Quant à nous, les Kinois de la diaspora, privés à jamais de repère, nous serons à jamais errants sur la face du monde, comme le fut Caïn ! Quel triste sort vraiment!
Trêve d’humour noir! Redevenons sérieux ! Voyez-vous ? Ça me rend fou, la perspective de voir Kinshasa disparaître !
Selon plusieurs observateurs, toutes ces accumulations d’échec démontrent qu’il y a une crise de gouvernance à l’Hôtel de Ville malgré toutes les bonnes promesses qui ont été faites à la population.
Le gouvernement provincial, lui, semble rejeter le blâme sur la population. Il veut en changer la mentalité, convaincu que ce sont les mauvaises habitudes de vie des Kinois qui sont à l’origine du bordel.
Je me demande si l’on prend toutes les dispositions pour changer la mentalité des gens. Cette population, habituée et résignée à survivre grâce à la débrouillardise, est-elle assez lucide pour suivre des cours ou assister à des campagnes de sensibilisation ? Le gouvernement dispose-t-il des moyens pour faire adéquatement de l’éducation populaire ? J’en doute fort. En tout cas, force nous est de constater que, malgré le grand tapage médiatique qui l’a accompagnée, cette campagne de sensibilisation n’a été qu’un pétard mouillé. Alors, quelle autre trouvaille ces ingénieurs députés de la Ville nous ont-ils concoctée ? « Salongo, eh, eh ! Salongo alinga mosala ! »
Je ne suis pas très chaud à l’idée de revenir au Salongo de l’époque de Mobutu où l’on faisait travailler les citoyens bénévolement pendant que d’autres se la coulaient douce avec l’argent du pays. Fichez-leur donc la paix à ces citoyens à qui vous voulez imposer du bénévolat ! Vous avez assez de travailleurs pour faire ce travail, non ? J’ai été secrétaire de la 2ème direction chargée des Travaux publics, dirigée par M. Joseph Bonkendo, en 1970, avant de participer au concours de l’O.R.T.F. qui m’a emmené en France. La ville semblait avoir repris du poil de la bête ! Auparavant, entre 1964 et 1969, quand je fus secrétaire communal de Ndjili, nous avions aussi un service des travaux publics dirigé par Eugène Nsangukazolako alias « Vieux Bougie », celui-là même qui avait changé mon prénom Célestin en « célèbre » Avec les ouvriers que nous avions à notre disposition, Ndjili était une commune reconnue pour sa propreté. Tout ceci pour vous rappeler que ce ne sont pas les travailleurs réguliers et rémunérés qui manquent à la Ville et dans chacune des communes !
Si cette histoire constitue une autre opération charme pour le gouverneur de la Ville et sa clique, comme celles auxquelles ils nous ont habitués, les pauvres citoyens affectés à ces travaux, ne devaient pas la trouver drôle ! « Pantoute ! » (Pas du tout, en Québécois) C’est faire preuve de cynisme que de faire travailler bénévolement des gens affamés !
Il faut trouver d’autres solutions. Qu’est-ce qui manque à la Ville pour que la ville soit quotidiennement entretenue ? Pourquoi faut-il attendre les grandes occasions avant d’y mettre le paquet ? Et après les fêtes commémoratives du 30-juin, qu’adviendra-t-il ? Retomberons-nous dans la même situation que par le passé ?
Il appartient aux autorités urbaines et au Gouverneur de la Ville de changer eux-mêmes leurs mentalités. Ils ont de beaux discours, il est vrai, mais en matière de réalisations concrètes, ils ont souvent échoué.
Pourquoi ? A-t-il raison, Clément Vidibio/MMC, de Digital Congo, qui parle de visibilité de gouvernance nulle ?
Si j’étais un vieux schnock Mundibu, je me mettrais à genoux et j’implorerais: Mbuta Kimbuta ! Dodokolo, tata ! Bungisa mbuka !
À demain !