La classe!La classe ! SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE Avoir de la classe ! Quand on dit d’une personne qu’elle a de la classe, c’est un compliment qui vaut de l’or. Au Qué

Publié le par Vieuxvan

La classe !

 SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE

Avoir de la classe ! Quand on dit d’une personne qu’elle a de la classe, c’est un compliment qui vaut de l’or.  Au Québec, ceux qui n’en ont pas se font traiter d’ordinaires et de « quétaines »

Dans les années 1956-1959, nous étions une vingtaine d’adolescents kinois qui étudiions au Collège Notre-Dame de Mbansa-Mboma parmi les quels figuraient Bonaventure Lemba, José Nimy, Oscar Gema,  Léon Bohulu, Jean-Pierre Nimy et d’autres. Nous étions très éveillés et voulions le prouver aux autres. Pendant nos temps libres, il nous arrivait de discuter de musique. À l’époque, il n’existait que deux grands orchestres reconnus à Kinshasa, soit l’African Jazz de Joseph Kabasele et l’O.K. Jazz de Franco et Vicky. Dans notre groupe, il y avait donc ceux qui étaient des fanatiques de l’un ou l’autre des deux grands ensemble. José Nimy et autres étaient des fanatiques de l’O.K. Jazz alors que Bona Lemba, Oscar Gema et moi-même nous nous réclamions de l’African Jazz.

L’African Jazz avait plus d’adeptes du fait qu’il était constitué d’intellectuels et que sa musique aussi s’en ressentait. D’ailleurs, Oscar Gema, qui flippait, comme moi,  pour « Bolingo Germaine », « Jackie simba ngai » et « Mokonzi ya mboka » avait changé Nico en Nicao, en référence à Nikè, c’est-à-dire « Victoire », mot resté célèbre prononcé par le marathonien Phidippidès qui, dans l’antiquité,  vint annoncer la victoire des Grecs sur les Perses après plusieurs années de guerre. Théo Mundele aimait fredonner « Ngala na bino ekosila »de De la Lune. Il nous arrivait de nous chamailler pour savoir qui au juste de Nico ou Franco était le meilleur soliste.

Je dois avouer que ma position à moi était un peu ambiguë car, si au plan de l’orchestration et de la guitare j’étais un fanatique de l’African Jazz, au plan des thèmes et des paroles j’appréciais plutôt l’OK. Jazz. Ma chanson préférée était alors « Kenge okei elaka te » Dans la même veine des chansons mélancoliques, j’aimais écouter « Mbongo na ngai Yudasi », « Ah ! Pauvre de moi », « Ah ! Catharina » et autres.

J’étais loin de me douter que certaines de nos idoles d’enfance deviendraient un jour mes amis grâce à Télé-Zaïre.. Bien sûr, je ne leur ai jamais avoué nos disputes d’adolescents les concernant. Il n’empêche que je les ai toujours respectés, étant des aînés et parce qu’ils faisaient la fierté de notre pays.

Revenons en arrière pour nous retrouver dans la période qui a suivi l’indépendance du Congo. En 1960, beaucoup de nos collègues n’étaient plus là. Comme je l’ai dit dans l’un de mes articles précédents, il y avait beaucoup de renvois d’élèves en cours de route. Certains sont allés terminer leur cycle secondaire à l’Athénée de la Gombe, d’autres à celui de Ngiri-Ngiri. Des restants, qui avions été transférés au Collège Albert 1er, il ne restait que José Nimy qui était en classe de rhétorique et moi-même en classe de poésie.

Lorsque la chanson « Indépendance cha-cha » est sortie, je trouvais donc à Kinshasa. C’était pendant la saison sèche, la période des grandes vacances, avant la reprise des cours au Collège Albert 1er. Nous vivions la fièvre de l’indépendance. Je ne pouvais malheureusement pas m’amuser ferme, étant encore adolescent (17ans), écolier et sans le sou.

Je ne me suis pas posé beaucoup de questions sur les circonstances qui ont entouré la composition et l’enregistrement de la chanson « Indépendance cha-cha » Je savais qu’elle était de Vieux Kallé, qu’elle était impeccablement exécutée, qu’elle était patriotique, qu’elle chantait la victoire ainsi que l’unité de notre peuple et qu’elle était parfaite tant au niveau de son rythme qu’à celui de son orchestration. Je ne pouvais pas m’imaginer que cette œuvre-là ait été exécutée à sa première interprétation en direct et  sans qu’il y ait eu répétition.

Or, il ressort des révélations que je viens de lire sur le blog Mboka mosika de « Le Messager » que ce fut bien le cas. Voici deux extraits  de l’article de Norbert X MBU-MPUTU de Newport, Pays de Galles au Royaume-Uni, reprenant un commentaire de Peter Verlinden de VRT-télevision belge.

1èr commentaire

Thomas Kanza, alors fonctionnaire au bureau du Marché Commun et résidant en Belgique, eu l'idée géniale, avec son frère Philippe, de faire venir l'African Jazz à Bruxelles pour permettre à la délégation congolaise de retrouver une ambiance congolaise en pleine Bruxelles, chaque soir après les travaux de la Table Ronde.

2ème commentaire

"Selon le témoignage de Yatula Pierre Elengesa dit Petit Pierre, le 27
janvier 1960, la Table Ronde politique fixa la date de l'indépendance au 30 juin 1960. Le soir, pendant qu’ils se préparaient à jouer, Thomas Kanza vint avec cette nouvelle et demanda à Jef Kallé d’improviser une chanson pour fêter l’événement annoncé. Il lui tendit ainsi le nom des participants à la Table Ronde et des groupes présents. Sans l’avoir répété auparavant, Kabasele lança « Indépendance Cha Cha » et ajouta des strophes en lisant les noms ainsi inscrits par Thomas Kanza.

Ce fut une vraie improvisation d’un grand artiste."

Effectivement, il faut être très doué pour réussir l’exploit de Joseph Kallé et son groupe. Je suis d’accord qu’ils aient pu lire les textes écrits sur le papier qu’un des frères Kanza leur avait apporté et sur lequel figuraient les noms des participants à la Table ronde, il n’empêche que, au niveau de l’orchestration, cela relevait du génie. De Nico Kasanda avec sa doigté au solo, à Déchaud Mwamba à l’accompagnement guitare, à Brazzos au contrebasse, à Petit Pierre à la batterie, et au trio vocal Kallé Jeff-Vicky Longomba-Roger Izeidi, nos idoles artistes musiciens, témoins de l’indépendance de notre pays, se sont vraiment surpassé ! Bravo ! Bravissimo !

Je regarde les vidéos de « Indépendance cha -cha » qui nous montrent ces politiciens qui dansent, ces moments historiques de notre pays, et je revois avec nostalgie les héros de notre indépendance dont la majorité nous ont quittés ! À l’époque bien d’entre eux, morts plus tard pour leur patrie, ne se doutaient même pas du sort tragique qui les attendait ! Certains d’entre eux n’ont même pas assisté à l’avènement de la télévision ni encore moins celle en couleur !

Grand Kalle - Independance Cha Cha

Je regarde des photos de nos politiciens de l’époque, habillés en gentlemen, et celles des musiciens de l’African Jazz, arborant impeccablement des smokings noirs et je me dis que ces gars-là avaient le sens  de l’union, du respect et de la dignité. J’ai souvent parlé de rigueur dans mes articles ? Eh, bien ! En voici une belle démonstration ! Dans cette tenue là, nos six « gais lurons » pouvaient être reçus par n’importe quel chef d’État. Qui plus est, ils interprétaient des chansons de tous les coins du monde : boléro, charanga, twist, swing, merengue, cha-cha-cha calypso, valse, tango, À ce chapitre, ils animaient souvent les soirées mondaines de colons belges avant le 30 juin 1960 et celles de la haute société congolaise après l’indépendance.

Que nous reste-t-il de cette race des héros-là ? Plus grand’chose ! Avec la nouvelle génération qui, crise économique, recours à l’authenticité puis imitation des Occidentaux obligent,  s’est convertie à d’autres valeurs dont la sape et la débrouillardise (je ne l’en condamne plus, vu les circonstances), chacun s’habille à sa façon, chacun veut passer pour le meilleur, chacun veut impressionner les autres et, pour une poignée de dollars, les héros cités sont désormais ceux qui casquent gros – « Eleka kaka boye ! » Ô Licopa ! -, d’où les « mabanga » Congo nouveau, réalités nouvelles ! Chacun n’a égard qu’à sa propre cause ! Chacun pour soi ; Dieu pour tous ! Et c’est dommage !

En tout cas, s’il ne tenait qu’à moi, tous les héros de la Table ronde de Bruxelles, politiciens ou musiciens, devraient être  désignés officiellement « pionniers nationaux » 

Merci et à demain !

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

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