La sagesse lgendaire des BakongoLa sagesse des Bakongo SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE Dans mon article d’hier, je vous ai parlé de la performance. J’aurais dû mieux me relir

Publié le par Vieuxvan

La sagesse des Bakongo

 SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE

Dans mon article d’hier, je vous ai parlé de la performance. J’aurais dû mieux me relire. Cette fois-ci, je n’ai vraiment pas d’excuse. J’ai péché par anachronisme. Cet article datait d’il y a un mois, au moment où les amateurs de sport nord-américains ne juraient que par le hockey. Aujourd’hui, la Coupe Stanley, gagnée par les Black Hawks de Chicago, a été renvoyée aux calendes grecques. Mon article, lui, devait paraître en ce moment-là. Je l’ai mis en veilleuse. Et voilà le résultat ! J’étais tellement si sûr de l’avoir lu et revu à l’époque, que je me suis fourvoyé. Cet exemple illustre bien mes propos d’hier. Vous voyez que, quoi que l’on fasse, il se trouve souvent un os quelque part. Je suis un homme comme tous les autres, péchant parfois par un excès de confiance en soi. Bon. Vous avez compris. Nous n’allons pas passer tout le reste de l’année à nous lamenter sur cet erratum et quelques fautes de frappe qui s’y étaient accrochées. Des fois, je me demande à quoi sert le correcteur de fautes d’un ordinateur ! Pauvre ordinateur qui ne peut se défendre ! Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de rage ! Les militaires congolais n’ont pas tort de dire « Faute ya motuka »

Les performances se poursuivent à la Coupe du monde de football, qui se déroule présentement en Afrique du Sud, où les rencontres de classement pré-éliminatoire se poursuivent. Voici quelques résultats que je ne vous ai pas présentés hier :

 Brésil 2 Corée du Nord 1

            Nouvelle-Zélande 1 Slovaquie 1

            Côte d'Ivoire 0 Portugal 0

Bon. Passons outre ! Dans sa chanson intitulée « Songa nzila », Paul Mwanga prétend que les Bakongo sont tous intelligents (sic) Je crois qu’il faisait plutôt à la sagesse légendaire des Bakongo. Là encore, c’est à prendre avec des pincettes ! J’en ai toujours voulu à ceux qui ont fait de la limace (kodia) notre symbole, qui se cache dans sa coquille fragile, proie facile pour tout prédateur. J’aurais préféré une guêpe qui peut voler et se défendre même contre un lion ou un éléphant lorsqu’on la provoque. Moi, le mien, c’est l’aigle pygargue à tête blanche. Elle est beau, fort, libre et ne connaît pas de frontières.

Il y a un de mes amis qui me fait rire. Chaque fois que je lui demande : « Comment vas-tu ? Il me répond en kikongo : « Beto babonso ntete va mavembo » (Tous, nous avons un fagot de bois sur l’épaule, i.e. nos mains étant occupées, nous ne pouvons pas donner un coup de main à autrui) C’est un dicton des Bakongo qui signifie que tous ont leurs problèmes et qu’ils aimeraient bien aider les autres mais ne le peuvent pas. Ça, c’est la traduction littérale. En réalité, cela signifie « couci- couça », que tout va bien, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. « Nihil novi sub sole » (Rien de nouveau sous le soleil), comme disaient les Romains.

Une des coutumes et richesses que j’admire des Bakongo, c’est qu’ils ont hérité de la sagesse ancestrale et souvent, lors des palabres et même des conversations importantes, tout se passe en dictons et paraboles. Chez-nous, les personnes reconnues pour leur verve oratoire sont celles qui savent s’exprimer dans un langage au sens voilé, ce qu’en termes sémiologiques on traduit par signifié/ dénotation (sens caché ou figuré) par opposition à signifiant/connotation (sens propre)

Certains termes bakongo ont d’ailleurs été adoptés par nos musiciens modernes : « ntondele », « mfiawukidi », « fiaku fingi », « nkazi », etc. Ils témoignent d’une marque de respect. Certains Bakongo m’appellent « mfumu » ou « mbuta » Mansevani par simple respect. 

Je  connais aussi plus ou moins quelques proverbes célèbres tels que :

« Nsi ya nsiku, nsia ya dila » ( c’est dans un pays où il existe des interdictions qu’il faut en profiter) ;

    - Il faut savoir contourner la loi.

« Kuavita yaya koko va kinzu » (Là où nous avons un frère, il nous est plus facile d’obtenir des faveurs) ;

    - Les relations sont très importantes dans la vie.

« Tutu dilele nzala mu nkela ya zinguba, kizoba kiandi » (Si une souris meurt de faim dans une caisse pleine

    d’arachides, elle n’a qu’elle-même à condamner)

    - Lorsque l’occasion se présente, Il faut en profiter.   

«  Nsi kuayenda ko, zulu diabua » (Quand vous n’êtes jamais allé dans un pays, vous avez l’impression que

    le monde s’arrête à l’horizon)

    - Il ne faut pas se fier aux apparences.

« Nlembo wavivola uvolanga nsombe » (C’est un doigt flexible qui tire le vers palmiste du palmier)

    - Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.

Si mon kikongo et mes traductions sont boitillantes, ne m’en voulez surtout pas. Il y a longtemps que j’ai perdu l’habitude de parler kikongo. Chez-nous, tout le monde parle lingala. Ma femme comprend le kikongo mais elle vous répondra en lingala. Pour ce qui est de nos enfants, ils ne pipent pas un mot du kikongo. J’ai tout fait pour corriger la situation, mais ce fut une mission impossible.

Continuons, si vous le voulez bien ! La sagesse ne se retrouve pas seulement dans l’expression verbale mais aussi dans la gestuelle. Des fois, nos us et coutumes me rappellent les rituels de la Chine ou du Japon. Voilà qui fait la force de ces pays et qui les rend impénétrables pour les Occidentaux ! C’est une richesse qu’il nous faut sauvegarder et valoriser. Tenez ! Dans ma vie passée en RDC, lorsque je me retrouvais en présence de quelque chef ou aîné de notre famille, il me taquinait, me demandant de m’agenouiller devant lui et de poser les gestes traditionnels de témoignage de respect envers l’autorité. Il fallait faire une courbette, frapper des mains, prendre un peu de terre avec l’index et se signer avec cette terre sur l’une des tempes, puis l’autre, frapper à nouveau des mains, refaire la courbette, etc. J’étais tellement gauche que ça les amusait. Ils savaient bien que je n’avais pas la tête d’emploi d’un futur « mpovi » (spécialiste orateur de palabre) et ils ne m’en tenaient pas rigueur.

Je suis allé passer une fois quelques jours à Kizoladio, village natal de ma mère, situé à une journée de marche de Songa-Lumueno, celui de mon père, lors d’une visite à mon oncle Ndomikolaï Ndomamuele Sylva, (Sylvain) décédé, l’aîné et seul mâle des enfants de mes grands-parents maternels. Cela sonne portugais, nos ancêtres dont le célèbre Nzundu, oncle et chef du clan Ne-Nzinga, étant Angolais. D’ailleurs, à cause de la clarté de notre peau, d’aucuns ont insinué, sans preuves, que nous avons dû hériter d’un mélange de gênes d’une union entre un Portugais (blanc) et un Africain ou vice versa. Dans le village de mon oncle, tout le monde m’appelait Sylva car ce fut lui mon homonyme et, selon la coutume, j’aurais dû, si mes parents l’avaient voulu, porter les mêmes prénom et nom que lui. Je me souviens que, même à Kinshasa, il y avait de mes grands cousins qui m’appelaient « oncle » par rapport  à notre oncle commun dont j’aurais pu porter le nom.

Chez-nous et dans les autres familles de notre époque, les parents donnaient des noms de leurs père, mère, sœur, frère, grand-père, grand-mère vivants ou décédés à leurs enfants, sans doute pour que la génération future s’en souvienne. Ma sœur aînée se nomme Kiandumba, la puînée Dikimba, celle après moi Wana, après elle Wabandua, ensuite Matondo, puis Kediamosiko, suivie de Ntimansieme et enfin la dernière Gonthilde dont le nom original m’échappe. Comme notre père s’appelait Ndongala, tous ceux qui sont nés après moi ont   adopté son nom après le recours à l’authenticité.

 

À propos, savez-vous que Ndongala est une traduction en kikongo de Dom Gratien ? Je peux vous en citer d’autres: qui sont issus du portugais. Veuillez m’excuser si les prénoms portugais sont mal écrits. Allons-y ! Ndofunsu (Don Alfonso); Ndofula (Dom Francisco); Ndosiba/ Ndombasi (Dom Sebastian); Ndompetelo (Dom Pedro) ; Ndomikolaï (Dom Nicolas), Ndomanueno/ Ndomanuele (Dom Manuel); Ndontoni (Dom Antonio); Ndosimau (Dom Simon); Nduandele (Dom André) Ndomingiedi (Dom Miguel) ; Ndonzuau (Dom Joâo) Le préfixe « Dom » référait chez les Bakongo de jadis, m’a-t-on dit, à une certaine noblesse. Mutatis mutandis, tous les Bakongo portant les prénoms ci-dessus sont mes cousins (sic)

Pour ma part,  du fait que ma mère n’avait pas l’habitude de garder ses enfants mâles,  à ma naissance, après avoir consulté le prêtre Michel Van de Broeck, son plus grand ami, mon père me choisit comme le prénom celui de Célestin (du ciel) et ma mère le nom de Mansevani (Rira bien qui rira le dernier) pour faire taire les moqueurs. J’aime bien m’appeler ainsi. Cela équivaut à dire à ceux qui se moquent de moi : « Vous rirez bien jaune quand, à la fin des temps,  vous me verrez monter au ciel et que, vous, vous serez précipités en enfer ! (re-sic)

Comme je l’ai déjà souligné, Maman Thérèse Nsemba avait de l’imagination à revendre et elle gesticulait pendant qu’elle débitait ses histoires jusqu’à imiter les gestes, mimiques et grimaces des hommes et des animaux et à se rouler par terre s’il le fallait. Je vous jure qu’on se tordait de rire. Bien qu’analphabète, elle nous a beaucoup appris. Dommage qu’elle ait appartenu à une autre génération ! De tous les conteurs que j’ai connus, je n’en ai rencontré aucun qui lui arrivât à la cheville.  Imaginez, à cette époque où la télévision n’existait pas, c’était elle qui nous gardait éveillés et permettait à nos yeux de voir quelque chose qui bouge. Mon père, lui, égrainait son chapelet, silencieux comme un moine. Ainsi donc, mon nom est en fait un nom-surnom, une allégorie, un signifié voulant dire, pour paraphraser une des phrases d’une des chansons de frère Patrice Ngoy Musoko, « Soki naino akufi te,  kotia point na vie na ye te » En bref, dans la vie, tout peut arriver.

Pour en revenir à l’héritage de ma mère, j’ai tout un recueil de 13 contes que j’ai écrits sous formes de scénarios de films pour enfants, possiblement des dessins animés. Au moment propice, j’en ferai des films. Cela incitera sûrement quelques conteurs de me contacter pour un partenariat afin de faire revivre un pan de notre culture, pas seulement celle du Bas-Congo mais celle de toute la RDC, à partir des contes et légendes.

Les us et coutumes des Bakongo se ressemblent à peu de choses près et dans chaque tribu de notre pays, il s’en trouve des conteurs émérites. J’encourage les jeunes chercheurs à retrouver ces belles valeurs de notre passé historique.

Jeunes Bakongo, prenez vos bâtons de pèlerins et courez à la chasse aux trésors ! Recherchez ces vieux conteurs dont beaucoup sont encore en vie !

«Kuna Bakongo kakutuka bazoba ko »

Sacha Distel - Monsieur Cannibal

    

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