Le tribunal des soro.

Publié le par Célestin S. Mansévani

LE  TRIBUNAL DES SORO.

Vous l’avez sûrement remarqué, j’ai dû reprendre mon article intitulé « Les précipices de Mbanza-Ngungu pour des raisons de fautes de frappe ou d’orthographes indépendantes de ma volonté. Je ne sais pas qui a conçu le correcteur de textes de mon ordinateur. En tout cas, ce dernier me joue bien des tours. Il trouve des fautes où il n’y en a pas et il corrige mal des fois. Et quand je me relis, il est trop tard. Peu importe. Vous me connaissez bien désormais pour me pardonner ce genre de fautes à l’avenir.

 Basankusu, 12/11 (ACP).- Un corps a été retrouvé dépiécé dans la rivière Maringa-Lopori dans la province de l’Equateur, a appris l’ACP, mercredi, des sources concordantes. Les enquêtes ont relevé que ce corps était celui d’un agent de la Fonction publique du territoire de Basankusu, porté disparu depuis le 22 septembre dernier. Il n’est pas exclu que l’homme ait été happé par un de nombreux crocodiles qui pullulent dans les cours d’eau de cette partie du pays. ACP/Mask./Ndom.

Cet article, paru parmi les articles de l’Agence Congolaise de presse, fait réfléchir. J’ai beau vouloir me convaincre que la sorcellerie n’existe pas, que tout ce qu’on raconte sur elle n’est qu’un mythe. Je continue néanmoins à me torturer la cervelle. Les hommes crocodiles et les hommes léopards existent-ils réellement ? Je viens du secteur de Kimpese qui est adjacent à celui de Kasi, lequel fait partie du territoire de Luozi, fief de Bamanianga. Nous avons souvent entendu des récits sur les hommes crocodiles. Cette région du Bas-Congo est réputée pour cette pratique surréaliste.  Dans l’un de ses articles, le journal  Le Potentiel nous rappelle le roman « Un croco à Luozi » de Zamenga Batukezanga où il est question de ces crocodiles qui surprennent les baigneurs ou les passants au bord du fleuve Congo.Selon Wikipedia, l’histoire des hommes léopards n’est pas qu’un mythe.

 Les Aniotas, anioto ou anyoto, dit aussi « hommes-léopards », sont membres d'une société secrète africaine criminelle ayant une base de religiosité animiste. Cette société est réputée recruter ses cadres parmi les sorciers villageois sans pour autant revêtir la structure hiérarchisée d'une secte. Ils étaient actifs autrefois au Congo belge, dans la région des Babali du Haut Aruwimi et pratiquaient l'assassinat rituel en simulant une attaque de léopard ou de panthère dont la motivation première serait la vengeance. Les Aniotas furent aussi réputés anthropophages et, à un niveau supérieur, d'être capables de projeter leur conscience dans le corps d’un léopard, qu’il pouvait ainsi téléguider pour aller tuer quelqu’un sur le principe du loup-garou mais sans transformation corporelle[1]. Les Anyotos étaient connus de la population qu’ils terrorisaient mais qui faisait cependant souvent appel à leurs services pour agir en tant que justiciers. On parle également d'hommes-léopards, sous d'autres noms au Libéria et en Sierra Leone. Divers cultes animistes semblables peuvent être rencontrés à travers l'Afrique. Les animaux de totem sont différents : hommes-lions au Tanganyika, hommes-hyènes en Côte d'Ivoire ainsi que des hommes-chimpanzés, hommes-crocodiles, hommes-panthères, hommes-gorilles, hommes-babouins, dans quelques régions. La structure criminelle et vengeuse de la fraternité serait par contre identique. On peut alors parler d’une confrérie initiatique existant dans un grand nombre de tribus vivant entre le Congo et la Guinée. Chez les Bamilékés, populations d'origine soudanaises établies dans les régions montagneuses du Cameroun, on nomme "Foufou" une organisation clandestine de bourreaux, toujours masqués et chargés à la nuit tombée des exécutions à mort[2].J’ai pu trouver d’autres article intéressants sur ce sujet.CAN.IST

 

Des journalistes se penchent également sur cette réalité surtout lorsque survient un cas de décès lié à ces méchantes pratiques. Les deux articles ci-dessous nous le confirment.

Les créatures de l'Oubangui (hommes crocodiles) par Anna Borrel En Centrafrique, lors de la saison des crues, des hommes, des femmes et des enfants disparaissent mystérieusement dans le fleuve Oubangui. Le corps d'un adolescent de 16 ans, qui se baignait vendredi dernier à Mongouma, a été retrouvé ce vendredi matin, atrocement mutilé. Enquête sur les hommes-caïmans. 23/12/01 : Pas de coupable. Pas de sanctions. Et depuis des années, à la saison des crues, les crimes se multiplient. Des hommes, des femmes ou des enfants disparaissent dans l'Oubangui. Leurs corps mutilés échouent quelques jours plus tard sur une berge, recrachés par le fleuve. Ce vendredi, c'est celui d'un adolescent de 16 ans qui a réapparu sur les rives de Betou, alors qu'on était sans nouvelles de lui depuis le 14 décembre. Seule information : il y a une semaine, le jeune homme, fils du sous-préfet de Mongouma (préfecture de la Lobaye), se baignait dans le fleuve. Le jour même de sa disparition, la radio nationale en impute immédiatement la responsabilité aux hommes-crocodiles.Des démons à visage humain " Tout le monde connaît les hommes-caïmans. Ce sont des hommes du fleuve, des riverains. Ils ont cette technique pour se déplacer sous l'eau que nous, hommes de la savane, ne connaissons pas ", avoue Esaï Nganamokoï, de la Radio Diffusion Nationale . La police arrêLa police arrête des suspects mais se retrouve généralement obligée de les relâcher par manque de preuves. " Il y a des arrestations mais ce sont souvent le fruit de dénonciations calomnieuses. Les inculpés sont alors libérés par grâce présidentielle ou écopent de peines très limitées. Et la population se fait justice  en s'en prenant à la famille de ces boucs émissaires. ", regrette Esaï Nganamokoï. Les crimes commis par les " ta li mbi ", hommes qui se cachent sous l'eau une calebasse sur la tête, provoquent la colère des habitants. Les corps sont retrouvés brûlés ou déchiquetés. Les lèvres ou les yeux de la victimes sont arrachés. " Parfois, ils font bouillir de l'eau et la versent sur la victime ", confie notre interlocuteur.

Règlement de compte

Le phénomène n'est pas nouveau. " Déjà en 1991, j'étais à Zemio et pendant deux jours il y avait eu de nombreux meurtres ", se souvient David Dodé-Koïmara, autre collaborateur de Radio Diffusion. Mais depuis onze ans, la situation n'a pas évolué et l'adolescent de Mongouma en a fait les frais. Pourquoi lui ? " Très souvent, ce sont les membres de la famille d'un fonctionnaire qui en fait un peu trop qui sont visés ", avoue Dodé-Koïmara. Les règlements de compte ont lieu à la saison des crues, lorsque le fleuve déborde.

Une société secrète au Zaïre: les hommes-crocodiles de la zone d UbunduAuteur(s) / Author(s) -MUNZOMBO K. ; SHANGA M. Charlatanisme, sorcellerie et règlements de comptes tous azimuts en Centrafrique. Misère, incrédulité et règlement de compte deviennent monnaie courante. Ici, des habitants d'un village ou d'un quartier qui se ruent à coups de bâtons, de pilons, de cailloux sur une vieilles femme accusée, sans preuve, de sorcière. Là; une bande armée qui s'attaquent à de paisibles villageois ou encore des soldats qui usent de leurs armes pour régler une banale affaire de jalousie. Ailleurs, c'est l'homme crocodile qui sème la terreur : il fait disparaître sa victime et revient quelques jours plus tard déposer le corps mutilé sur la berge. La gendarmerie et la police semblent désarmées devant cette recrudescence; conséquence, c'est le laxisme et les agresseurs courent toujours. Point de justice. Chacun fait sa justice.

J’ai déjà vu plein de crocodiles dans ma vie. J’en ai visité dans les jardins zoologiques ici et à Kinshasa. Un jour, quand j’étudiais à Mbansa-Mboma et que je me trouvais en vacances à Sona-Bata chez l’abbé Sinsi, un ami de mon père, il m’a amené avec lui visiter des paroissiens habitant le long du fleuve. Là, des villageois avaient tué un très gros crocodile, le plus gros que j’aie jamais vu. À la télévision, dans les documentaires et films, j’en vois pratiquement tous les mois. Ils me font peur. De m’imaginer que des êtres humains peuvent se changer en crocodiles pour aller dévorer des personnes qui se baignent paisiblement dans les fleuves et rivières dépasse tout entendement. Mais, en tant qu’Africain, qui en a eu plein la vue des pouvoirs de la magie et de la sorcellerie, je n’ai aucune raison d’en douter. Je me demande tout simplement jusqu’où l’homme peut s’avilir. Il faut être une créature de Satan, lâche et sanguinaire, pour se changer en animal prédateur.

Ce qui me rend furieux, c’est de voir que les assassins qui tuent le jour sont poursuivis en justice et que ceux de la nuit, les sorciers, opèrent impunément. D’aucuns s’en vantent même. J’écoute de temps en temps la chanson « Yo Kangu », une vieille chanson de l’époque des Tango ya Bawendo. Une femme met en garde une rivale : « Yo Kangu, eloko nini opesaki mobali na ngai. Soki opesi ye lisusu, nakolongola yo na mokili ». En voilà une sorcière qui ne se cache pas et qui se dit prête à passer à l’action. Celle-là, au moins, elle a annoncé ses couleurs. Mais qu’en est-il de ces parents qui sacrifient leurs progénitures, de ces cadres qui font disparaître leurs collègues et de tous ceux qui, par motifs de jalousie ou de vengeance (Marc 7: 21-22), se croient autorisés à abuser de leurs pouvoirs soi-disant ancestraux pour jeter de mauvais sorts sur autrui ou enlever d’innocentes âmes ?  Lorsque vous voyez  un homme détester son père, son fils ou son cousin, avec qui il s’entendait bien auparavant (Matthieu 10: 34-37¨), dites-vous bien qu’il y a anguille sous roche. (1 Jean 5: 16-21)

Je sais que, en Occident, la chasse aux sorcières a été reléguée aux calendes grecques. En Afrique, continent qui refuse d’enterrer les pratiques honteuses et sataniques du passé sous prétexte de conserver l’héritage culturel ancestral, les sorciers continuent de faire la loi. Il est temps que nos élus se lèvent pour faire changer les choses ! Si nous devions recourir à tout ce que nos traditions nous ont légué et repousser la modernité, il faudrait enterrer les belles maisons, les voitures, l’électricité, les avions, le téléphone, etc.

Il existe des pays en Afrique où la loi poursuit les citoyens convaincus de sorcellerie.

Je ne sais pas s’il existe des tribunaux du même genre en RDC, sinon il faudrait les instituer. À ce qu’il paraît, il y aurait des hommes crocodiles tueurs en série comme ces tueurs en série dans la vie courante qui donnent des maux de tête à la police et finissent par la chaise électrique lorsqu’ils se font pincer. Le même traitement devrait s’appliquer à ces assassins de la nuit, déguisés en crocodiles, qui sèment la mort dans nos villages déjà endeuillés par la misère.

Vivement un tribunal pour les prédateurs de la nuit !

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