Mbongu ou les diamants de la mort.
Je viens de lire sur le site dont lien ci-dessous une histoire qui mérite notre attention. Je vous en donne juste quelques extraits.
Il est midi ; Punda Lione travaille depuis sept heures. Un adulte l’emploie pour creuser la terre et remplir des sacs de sable qu’il fait ensuite remonter à la surface au bout d’une corde. A l’extérieur, d’autres enfants, à la solde du même employeur, portent les sacs de sable jusqu’à la crique, située en contrebas de la colline, versent le sable dans un tamis et le lavent en espérant trouver des diamants, ou « mbongu » en Luba. Soudainement, un garçon s’écrit : « Mbongu ! Mbongu ! » Il vient de trouver un diamant qu’il met aussitôt dans sa bouche.
J’interromps provisoirement notre histoire. J’y reviendrai plus tard. Le diamant est l’une des pierres précieuses les plus convoitées au monde. Plusieurs films ont d’ailleurs été réalisés, inspirés par ce sujet dont Les Diamants sont éternels, un des James Bond –007 interprété par Sean Connery au meilleur de sa forme ; À la poursuite du diamant vert avec Michael Douglas et Kathleen Turner ; Les Diamants du Nil, sa suite avec la même distribution ; et dernièrement Blood Diamond (Les Diamants de sang) avec Leonardo di Caprio et l’Africain d’origine Djimon Hounsou.
Le diamant a fait de Mbuji-Mayi une ville très célèbre. Grâce à lui, beaucoup de gens sont devenus riches dont des politiciens, des creuseurs, des vendeurs aux comptoirs et surtout des joailliers un peu partout dans le monde, à commencer par Anvers en Belgique. La course au diamant a aussi fait beaucoup de morts. J’en veux pour exemple le feu follet de jadis. Ngunza Ngunza, alias Tchang Lai, dont j’ai vanté les exploits dans un de mes articles précédents. Dans un autre de mes écrits, intitulé « Stop feu rouge ! », je vous ai entretenu de ces creuseurs convertis en conducteurs de taxi-motos qui sillonnent les quartiers éloignés de Kinshasa où les routes semblaient laisser à désirer.
Je suis souvent allé prendre une bière et danser à l’hôtel La Rigole de Limete. J’y ai croisé bien des vendeurs de diamants en provenance de Mbuji-Mayi. Ils semblaient tous pleins aux as. Je me suis souvent demandé comment ils faisaient pour ne pas s’occuper de leur propre ville. Avant notre déménagement à la Cité de la Voix du Zaïre, j’y suis allé en 1975 en compagnie du caméraman Sylvain Kondji-Wa-Nzale, un ami. C’était dans le cadre d’un tournage qui a failli me coûter mon emploi à Télé-Zaïre. En effet, nous y sommes allés sur l’invitation d’un certain Pakam, à l’époque président du F.C. Daring. Le hic, c’est que c’était dans le cadre d’un « Licopa » (Ventre affamé n’a point d’oreille). Nous n’avions aucun ordre de mission. À notre retour, le ministre Mbuze était furieux. Je n’ai pourtant pas été puni. Tshitenge Nsana, à l’époque directeur des programmes et dont j’étais l’adjoint responsable de la réalisation, n’en revenait pas. Il m’a dit en riant: « Yo ozali na nkisi makasi » Je lui ai répondu sur le même ton: « Ça dépend des professeurs ! » C’était une expression répandue à l’époque voulant que la puissance d’un quidam dépendait se son féticheur. C’est ce dernier qui se faisait appeler professeur. En réalité, c’était de la foutaise. Je n’ai jamais eu recours à ce genre de stratagème ni d’individu. La chance ? Peut-être ! La Divine providence ? Sans aucun doute !
La ville de Mbuji-Mayi m’a semblé étrange. Je m’attendais à voir des buildings, de grands magasins, des voitures rutilantes ainsi que des disciples de la sape. A la place, j’ai fait la connaissance d’un grand marché où tout se vendait, même les voitures ; les gens habillés comme tout le monde. J’ai fait la remarque. On m’a répondu que c’était une nouvelle ville bâtie après l’indépendance par les Kasaïens eux-mêmes après leurs déboires avec leurs frères du Kasaï occidental. Là-bas, il y avait Luluabourg, construite par les Belges. Ici, la ville ressemblait plutôt à un très grand village. J’ai eu beau chercher à voir un quelconque diamant. Aucune trace ! Je vais vous dire un petit secret. Gardez-le pour vous ! Je n’ai jamais vu la couleur d’un seul diamant de ma vie ! Les vendeurs et revendeurs de diamant, c’est à Kinshasa qu’ils venaient, à l’époque, mener la belle vie. La plupart traînaient la réputation de n’être pas instruits. Aujourd’hui, une nouvelle génération est née, celle des « Lunda », qui, eux, opèrent en Angola. Vous savez aussi bien que moi que la R.D.C. et l’Angola se disputent le monopole du diamant et du pétrole. Les nouveaux pachas font honneur à leur réputation de « mapeka » arrogants : Musique - Congointer - Information sur la. .. J’ai souvent entendu vanter la solidarité kasaïenne. J’en ai aussi eu des preuves.
Cependant, je ne comprends pas pourquoi ils délaissent leur ville qui recèle une aussi grande richesse. Voici deux articles qui posent la même question Le premier est la suite que je vous ai promise. Le second provient d’un Kasaïen de la diaspora. :
« Une chose est sûre : l’industrie du diamant représente plus de 70 pour cent de l’économie de Mbuji Mayi et des localités voisines, et hormis quelques belles résidences, la plupart des habitants vit dans des cases en banco, sans électricité ni eau potable. Et bien que la région soit fertile, les gens ne mangent pas à leur faim car, contrairement aux diamants, l’agriculture ne permet pas de s’enrichir du jour au lendemain »
Ma ville natal de Mbujimayi
« Mon Dieu j' ai vu l' image sur votre site ma ville de Mbujimayi est vraiment abandonne les routes sont en mauvaise etat et la majorite de nos femmes utilise le bois pour faire un repas un fois par jour ah mon Dieu il faut prier beaucoup pour la situation soit changer et nous nous resterons chez nous ; car nous vivrons dans la province voisin au Katanga comme je vis présentement; mais bientot nous retournons chez nous pour construire notre propre ville avec les routes en bon etat ;l' école pour nos enfants sourds qui n' existe pas là bas ; de bons hopitaux avec de medicaments à distribuer gratuitement aux indigents comme à l' epoque de Mobutu et enfin avoir avoir un acces libre au transport qui n' existe plus là bas pour nos enfants sourds qui marche à pieds de long distance . votre confrère sourd Denis Tshidingi
Posté par Denis Tshidingi, 05 octobre 2009. »
Nous avons assez parlé des Lumumba, Kasa-Vubu, Mobutu et autres qui sont morts et ne reviendront jamais. Ils ont fait leur part. Même s’ils avaient survécu, ils auraient sûrement pris leur retraite comme l’a fait dernièrement Antoine Gizenga. Nous devons nous prendre en mains par nous-mêmes. Ceci dit, laissons les ressortissants du Kasaï régler leurs comptes ou langer leur linge sale en famille. Ce coup-ci, ce qui m’a fait sortir de mes gongs, c’est cette dépêche :
« Si à Kinshasa, nombre des Chinois ont débordé d’imagination créatrice en devenant vendeurs des beignets (mikate, bitumbula) en provoquant l’indignation des kinois clochardisés qui se sont rappelés que sous Mobutu le petit commerce était l’apanage des nationaux, au Katanga les Chinois s’adonnent à toutes sortes de trafic, les fameux 5 chantiers ne servant que comme activités de façade, un peu comme ce que font depuis des décennies bien de Sénégalais à Kinshasa. A Mbuji-Mayi, capitale mondiale du diamant où l’eau et l’électricité sont des denrées rares, des acheteurs clandestins du diamant de nationalité chinoise ont été débusqués. La nouvelle est annoncée par l’édition quotidienne de la très officielle Agence congolaise de presse de ce vendredi 31 juillet qui cite le ministre provincial des Mines, Athanase Mwamba Kakanda Mulume. Selon ce dernier, les chinois acheteurs clandestins du diamant, venus du Katanga, ont été pris la main dans le sac, par un agent du Centre d’expertise et de certification des matières précieuses et semi-précieuses (CEEC), en pleine transaction avec les creuseurs artisanaux »
Dans mon article intitulé « L’Afrique face au péril jaune », j’ai mis en garde contre l’appropriation du commerce au détail par les Chinois. Voilà que mes craintes se réalisent. Cependant, je n’avais jamais envisagé que leur expansion les amènerait aussi rapidement à Mbuji-Mayi. S’ils se mettent à creuser des trous et des tranchées pour aller chercher des pierres et surtout s’ils constatent que c’est une activité très lucrative, bientôt il n’y aura plus d’espace habitable à Mbuji-Mayi. Ces gens-là sont capables de faire venir de la famille et des copains de Chine. Ils vont se multiplier et envahir tout le reste du Kasaï oriental. Bientôt ils y règneront en maîtres.
Je suis de ceux qui prônent l’amour du prochain. Attention ! ” Likambo ya mabele”! Même Barack Obama, président d’un des pays les plus industrialisés au monde, prône le protectionnisme. Ce n’est ni du racisme ni de la xénophobie. « La charité bien ordonnée commence par soi-même. » Si Mbuji-Mayi avait été une ville de Chine, je ne crois pas qu’elle serait accessible au premier venu. J’y ai passé un mois en 1978 au cours d’une mission officielle. Je peux vous dire que, malgré les apparences et toutes sortes de garanties qu’ils semblent donner, les Chinois sont parmi les peuples les plus chauvins et protectionnistes au monde. Je ne vois aucun gamin de race noire en train de creuser du diamant dans la campagne chinoise ni un taxi-moto conduit par un Africain circulant dans les rues de Pékin et Shangaï. Bientôt, ils vont s’emparer des commerces, « nganda », bars-dancings et autres dans tout notre pays. On ne dansera plus le Techno Malewa mais l’hymne au vénéré auteur des citations reprises dans le Petit Livre rouge. Dès lors, les déloger de là deviendra un vrai casse-tête chinois !