Oeuvres choisies 3: Trahison.

Publié le par Célestin S. Mansévani

Oeuvres choisies 3: Trahison.
Hier. La télé nous a montré un gant de Michael Jackson vendu aux enchères :
Un gant de Michael Jackson pourrait se vendre 60 000$!‎ -
 Jusqu’où la célébrité peut vous mener même après votre mort !  J’ai eu une pensée pour nos stars à nous qui sont décédées. Combien vaudrait leur cravate, chemise ou paire de souliers ?  Bon. Passons !
Dernièrement, j’ai inauguré sur mon blog une rubrique intitulée « Œuvres choisies ». La première a été consacrée à la chanson « Merci bapesa na mbwa « ; la seconde à Sam Mangwana ? J’avais promis de vous revenir avec une autre. Voici « Trahison » une œuvre de Simaro Masiya Lutumba, interprétée avec brio par Pépé Kallé.
À l’occasion du 11ème anniversaire de la disparition de ce dernier-comme le temps passe vite – sa veuve, ses collègues et amis organisent une petite fête.

20 nov 2009 ... Soirée dansante « Hommage à Pépé Kallé »

J’ai choisi de consacrer deux articles à cet événement. Dans le premier, celui-ci, je vais décortiquer avec vous cette œuvre inédite du grand poète Simaro. Je l’ai visionnée sur un vidéo-clip. Je revois encore Pépé Kallé envoyant la main vers la caméra et chantant : « Moleki nzela ye wana akei. » J’ai eu un pincement au cœur. Je me suis dit : « Si j’avais été là à mort, j’aurais réalisé un vidéo-clip de la chanson « Trahison » pendant ses funérailles. Je suis certain que beaucoup de mélomanes auraient sorti leurs mouchoirs»
J’aime bien cette chanson qui est très riche. Elle nous rappelle que, ici bas, nous ne sommes que des passants. Quelqu’un meurt ; un autre prend sa place. Plutôt que de nous demander à quoi sert la vie, nous devrions plutôt nous poser la question suivante : «  Qu’ai-je fait dans ma vie ? Quel héritage laisserai-je à l’Humanité ? »
Michael Jackson et d’autres nous ont légué les leurs.  Nous, aussi, nous avons des artistes qui demeureront immortels. C’est notamment le cas de mon ami Simaro Masiya. Dans « Merci bapesa na mbwa, nous avons exploré seize thèmes ; dans « Trahison », il y en a plus. Trente et plus ! Contentons-nous de vingt-cinq !

1. Nous sommes des passagers en ce monde.

Dans ce monde où je suis venu, j’en ai trouvé des problèmes !

Mobembo ngai naya na mokili namoni makambo, yango ngai nakoyemba…Eh!

Au cours du voyage que j’ai effectué dans ce monde, j’en ai vu des choses ! C’est pourquoi je chante.

2. Tous, nous sommes différents les uns des autres.

Na nzela ya mokili toyaka mboka mboka, moto na libongo na ye akokita… Eh! Eh! 

Dans notre périple sur Terre, nous sommes venus chacun de son côté ; chacun a accosté à son port.

Tobotama na mokili moto na ngonga na ye, moto na chance na ye na elongi na ye

Nous naissons différents : à chacun à son heure, à chacun avec sa chance, à chacun son visage.

3. Tous, nous sommes des étrangers, seul le sol demeure.

Toyaka na mokili tozali nde bapaya, mabele yango nde ekoyambaka biso

Nous sommes tous de passage; c’est la terre qui nous recueille.

4. Ce sol sur lequel nous cachons et enterrons toutes nos saletés…

Cette même terre sur laquelle nous crachons.

Mabele…Oh! Ye ekobombaka bosoto na biso

5. C’est ce même sol qui nous sert de dernière demeure.

Mabele …Oh! Mabele ekoboyaka ebembe te

Cette terre qui ne refuse aucun cadavre.

Mabele… Oh! Patrick Mangasa.

Qu’en penses-tu, Patrick Mangasa?

6. Ce sol qui ne fait aucune distinction.

Mabele eh Bakokunda yo na mbanda se esika moko

Quand tu meurs, on t’enterre à côté de ton rival.

Mabele…Oh ! Na cimetière tokosalaka zuwa te

Au cimetière, personne n’exprime sa jalousie.

Même si ton conjoint ou ta conjointe est enterré (e) à côté de ton  rival ou ta rivale.

Cette sur laquelle nous marchons, c’est elle qui nous recueille.

8. Le lien sacré du mariage : unis dans la vie et la mort.

Mokolo tokobalanaka na ndako ya Nzambe, liboso ya ko benisa biso

Le jour où nous nous marions à l’église, avant de nous bénir.

Sango alobaka boye: Bobalani pour le meilleur et pour le pire.

Le prêtre dit : Vous vous mariez pour le meilleur et pour le pire.

Bosangisi nzotu oh bokomi oh moto moko

Vous êtes désormais unis et ne formez qu’un seul corps.

9. Mais au jour de la mort, le discours change. L’un s’en va, l’autre reste.

Kasi mokolo ya liwa nini tokomonaka: menuisier akosala sanduku se ya moto  moko

Mais le jour où l’un des deux meurt, que constatons-nous ?

Bakokunda moko, moko akotikala

On en enterre juste un des conjoints, l’autre reste.

Ata aleli lokola akufa

Même s’il pleure à en mourir…

Kasi akolinga te bakunda ye sanduku moko na molongani na ye…Eh!

… Il n’acceptera jamais d’être enterré vivant dans le cercueil de l’autre.

10. L’Église nous ment.

Trahison..Eh! Abbé Jacques, wapi libala sango olobaka ?

Quelle trahison ! Abbé Jacques ! C’est cela que tu as appelé un mariage ?
Quelle trahison ! Vous êtes mariés pour le meilleur et pour le pire ? Mon œil !

Trahison… Eh!  Abbé Mulumba, où est le meilleur et pour le pire ?

Quelle trahison ! Où est le prétendu « Pour le meilleur et pour le pire » ?

Trahison.. Eh! Tshita Tshima, trahison, sebene

Quelle trahison ! Tshita Tshima (nom d’un ami pris à témoin)

Kasi na ndako ya Nzambe bakotunaka mituna te

À l’église, personne ne se soucie de poser de question.

Sima ya losambo misa esili, tokobimaka se na liloba moko: Biso nyonso : « Amen !» Après la messe, en sortant, toute l’assemblée s’exclame « Amen! » 

11. La mort, c’est comme la naissance,  à  chacun son tour.

Dis Mayolas… Eh! Liwa lokola tango tokobotamaka

Dis Mayolas (Ami pris à témoin), la mort c’est comme lorsque nous naissons.

Mimi Ilumbe…Eh! Moto na mokolo  na ye na ngonga na ye

Mimi Ilumbe (Autre ami témoin), à chacun son jour, à chacun son heure.

12. Le mariage n’est qu’une lubie.

 Koko Ngoma…Eh! Libala se tango tozali na bomoi

Koko Ngoma (Autre témoin) le mariage existe tant qu’on est tous deux vivants.

13. Les veuves ont besoin de refaire leur vie.

Bamosi… Eh! Ba veuves mpe bazali na droit ya la vie

Bamosi (Autre témoin), les veuves aussi ont le droit de vivre.

14. L’amour est méchant. Il s’acharne sur notre cœur.

L’amour…L’amour est méchant ; il vous rend dingue.

Il épargne les autres parties du corps ; il s’attaque au cœur et se met à le torturer.

15. L’amour nous rend dingues, aveugles.

Ekomema yo banzela oyo oyebi te,

Il vous mène dans des sentiers inconnus.

Ekomema yo tee na frontières ya bamboka oyo oyebi kombo  te

Il vous fait découvrir des frontières et des pays dont vous ignorez les noms.

16. L’amour est temporaire. Quand il s’éteint, plus rien à faire.

Ekopepa yo loboko ekati ngambo, moleki nzela ye wana akei

Il t’envoie la main et te dit: « Adieu ! » Il passe son chemin.

17. L’expérience d’un homme trahi.

Kolinga mpasi…Eh! Nalingaka baninga, ba trahir ngai

Il n’est pas facile d’aimer. J’ai aimé des amis, ils m’ont trahi.

18. Cocufié.

Bolingo mpasi…Eh! Eh! Eh! Na libala bafuti ngai na infidélité

L’amour est ingrat. Ma conjointe est infidèle.

19. Dépensier.

Mbongo… Eh! Eh! Eh! Eh! Mbongo! Nalingaka mbongo na vie na ngai

L’argent ! J’ai aimé l’argent dans ma vie.

Mbongo… Eh! Eh! Eh! Mbongo! Nalukaka mbongo na vie na ngai

L’argent ! J’ai couru après l’argent toute ma vie. L’argent  s’est montré infidèle.

Mbongo elakisi ngai infidélité

L’argent s’est montré infidèle.

Lelo na poche na ngai, lobi na poche ya Beverly

Aujourd’hui il est dans ma poche ; demain il sera dans celle de Bervely (un ami)

Lobi na poche ya Teddy Kinsala, lobi kuna na poche y Pa Mupezo

Puis, il se retrouvera dans celle de Teddy Kinsala (un ami) ; plus tard dans celle de Teddy Kinsala. (sponsor)

Lobi kuna na poche ya Dis Mayolas, Ekosuka na poche ya Pépé Kallé

Le surlendemain, il se retrouvera dans la poche de Dis Mayolas (sponsor) pour finir dans celle de Pépé Kallé.

Namemi ye na bar, akoma kuna atikali, bapesi ngai masanga aboi kozonga ndako

Nous sommes allés dans un bar ; il y est resté ; on m’a offert à boire ; l’argent a refusé qu’on rentre chez-nous.

Tokende na zando –tokoma kuna atikali , aluli ba commerçants aboyi kozonga ndako

Nous sommes allés au marché; il s’est entiché des commerçants et il a refusé qu’on s’en aille de là.

Mbongo… Eh! Eh! Eh! Eh! Mbongo! Infidèle!

Argent! Que tu es infidèle !

20. Maladif

Dokotolo apekisi ngai lelo masanga likolo ya maladie

Le médecin m’a interdit de boire l’alcool.

Le médecin m’a interdit la cigarette. Ce sont les seuls deux amis qui me sont restés.

Ceux qui étaient mes copains et avec qui j’ai partagé mes secrets sont les premiers à me trahir.

Ba famille na baninga oyo nasalisaka , soki nazangi bakondima ngai te  oh

Les gens de ma famille que j’aide, lorsque je n’ai pas d’argent, ils ne me croient pas.

22. Le piège de la célébrité

Bakanisi koyebana ezali nde mbongo, koyebana eh.

Ils croient qu’être célèbre est synonyme d’argent.

Koyebana…Eh! Koyebana ezali nde ngambo baninga.

La célébrité nous joue souvent de mauvais tours !

Basangisi… Eh! Basangisi lokumu na ngai na mbongo

Ils confondent ma célébrité avec la richesse.

23. Docteur, l’alcool et la cigarette sont les seuls amis qui me restent.

Dokotolo Hilaire ! Nalingaka masanga eboteli ngai maladie, cigarette ndenge moko.

Docteur Hilaire, l’alcool m’a rendu malade, la cigarette aussi.

Nalingaka cigarette ebebisi nga santé.

Je suis devenu un fumeur ; cela a bousillé ma santé.

Je suis resté seul comme le soleil qui n’a pas de frère.

25. Tant pis, si je meurs ! Maladie, tu seras emporté avec moi.

Maladie… Eh! Eh! Yo okotungisa ngai, bakokunda ngai na yo esika moko

Maladie, toi qui m’importunes, nous serons, toi et moi, enterrés ensemble.

Maladie…Eh! Yo okonyokola ngai , tokokende na yo sanduku moko, maladie… Eh!

Maladie, toi qui me fais souffrir, nous irons tous deux dans le même cercueil.

Comme vous l’aurez remarqué, j’ai évité de sombrer dans la redondance étant donné que les paroles parlent d’elles-mêmes. Ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est que la vie est souvent ingrate (traître) . Certains d’entre nous mènent une vie de chien, abandonnés de tous, n’ayant plus d’autre alternative que d’accepter la mort, qui est en quelque sorte une délivrance pour eux. Pour nous amener à cette conclusion, l’auteur nous rappelle qui nous sommes ici bas : de simples passagers. L’amour, l’argent. Les honneurs, la célébrité, tout cela est frivole. Personne n’emportera quoi que ce soit dans sa tombe.

Ce que j’admire chez Lutumba, ce sont ses figures de style. Il utilise à merveille les comparaisons (seul comme le soleil), les contradictions ( pour le meilleur et pour le pire), les quiproquos (la célébrité n’est pas synonyme d’argent -sic-  ), les anecdotes ( chacun pour soi), les allégories (L’argent infidèle; l’argent courtise les commerçants ; la cigarette et l’alcool: ses seuls amis), l’humour noir (maladie, toi et moi serons enterrés ensemble)

J’aurais pu en dire davantage à propos des figures de style. Cela aurait pris trop de votre temps. Vous êtes capables de faire cet exercice par vous-mêmes. Cette chanson ne date pas d’hier. Je voulais tout simplement vous amener à apprécier cette œuvre que je considère comme l’une des meilleures de l’histoire de notre musique. Elle est puisée aux sources mêmes de notre vécu quotidien, nous rappelant que nous avons des richesses culturelles à revendre. Elle est bien orchestrée et tristounette. Pépé Kallé y apparaît comme s’il était encore vivant, ce qui lui donne un cachet nostalgique. C’est vrai que les artistes ne meurent jamais. 

J’ai beau écouter les Céline Dion, Julio Iglesias, Barbara Streisand, Ray Charles, Tino Rossi, Henri Salvador, Édith Piaf, Charles Aznavour et Whitney Houston de ce monde, jamais quelqu’un n’aura réuni autant de thèmes dans une même chanson.

Quelqu’un me fera remarquer la longueur de celle-ci mais c’est notre style actuel. Nos musiciens aiment étirer leurs chansons. Au moins, dans celle-ci, on ne s’ennuie pas. On remarquera sans doute les quelques cinq noms cités par l’artiste, dont Jean-Jean alias Tshita-Tshima, un membre de l’OK. Jazz / Bana O.K. depuis toujours ainsi que Dis Mayolas, un fan et Teddy Sukami, un habitué (Sylvain, Dati Pétrole et autres)  Ici, il ne s’agit pas des « mabanga » que nous dénonçons. Les abbés, le médecin et les quelques témoins du drame s’insèrent bien dans la démarche d’un homme éperdu, qui en a ras-le bol et ne sait plus à quelle connaissance se confier ou – si vous préférez - à quel saint se vouer.

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