RD Congo: de l'O.R.T.F. à la FIKIN
SACHA DISTEL & DALDA " SCANDALE DANS LA FAMILLE
Un article paru dans un Radio Okapi a attiré mon attention, voilà déjà quelques jours. Les problèmes que j’ai eus avec mon ordinateur et d’autres facteurs ont retardé sa publication. Je vous le livre quand même.
Kinshasa: Fikin, l’édition 2010 ouvre ses portes
Cet article a ravivé chez-moi de vieux souvenirs. En 1969, la FIKIN ouvrait ses portes pour la première fois. C’était au plus fort du régime Mobutu. Notre monnaie à l’époque valait son pesant d’or : un Zaïre valait 2 dollars américains. Je venais juste d’être muté de la commune de Ndjili à la 2ême direction de l’Hôtel de Ville. Cela changeait certaines de mes habitudes car à Ndjili, je n’avais pas besoin de prendre l’autobus pour me rendre au travail alors que désormais je devais me soumettre aux exigences et caprices du transport en commun de Kinshasa.
Lorsque cet événement a eu lieu, je n’avais pas encore de télé. Je suivais donc tout par la radio. Je me souviens vaguement du premier président-directeur général de cette grande entreprise, un certain Tumba Tunkadi. Je suis allé deux fois voir les pavillons et stands d’exposition. Un événement malheureux s’y produisit. Keza, un photographe que j’avais connu à Ndjili, tomba du manège Mwambe et mourut sur le coup. Depuis, j’ai une peur bleue de ces engins-là car on ne sait jamais ce qu peut arriver. Un bris technique peut vous coûter la vie.
En novembre 1970, j’ai participé tout à fait par aventure au concours annoncé à la radio de la Voix du Zaïre.
Un soir, j’avais pris beaucoup de bière. À mon retour à la maison au quartier 2 où nous habitions, mon épouse m’annonça la bonne nouvelle à l’effet que j’étais parmi les candidats retenus. Je me retrouvai bientôt en France à l’Office de Radiodiffusion et de Télévision Française( O.R.T.F). C’était la première fois que je quittais le pays et découvrais l’hiver parisien. J’étais désorienté, d’autant plus que, arrivés en France, nous devions subir un autre examen. Nous étions 6 dans le contingent congolais. Nos cœurs battaient la chamade car ceux qui échoueraient seraient rapatriés. Imaginez quelle aurait été la réaction de certains moqueurs ! Vous connaissaez bien Kinshasa, « moka elinga masolo » ! Je m’étais attendu à un stage de journalisme et ma voilà embarqué dans la production télévisuelle ! Deux des exercices consistaient à cadrer un sujet grâce à la caméra ; un autre à faire un panoramique ; un autre à faire un zoom in. C’était la première fois que je voyais une caméra. J’étais sûr que je serais éliminé. Nous sommes restés ainsi pendant deux jours, grelottant à la fois de froid et d’angoisse. Le jour venu, nous nous sommes retrouvés ensemble dans une salle de classe à Maison Laffitte. Le régisseur de l’école est venu avec une liste de noms qu’il a lue. Il a invité ces gens-là à le suivre. Nous nous sommes dit : « Voilà ! Ceux-là vont aller toucher leur bourse. Nous, nous sommes éliminés ! » Quelques instants plus tard, une dame est entrée, toute souriante avec une mallette contenant des bouquins. Elle s’est assise à table sur le podium et nous a adressé un large sourire : « Puisque vous êtes-là, c’est que vous avez réussi. Vous passerez demain au Centre International de Stages (CIS) toucher vos bourses d’étude » Chacun de nous a poussé un soupir de soulagement. Nous étions 8 stagiaires retenus sur 20 Africains dont 3 Zaïrois. Plus tard, notre directrice de stage me fit lire mes résultats. Au plan technique, j’avais eu 5 sur 10 mais j’avais excellé dans tous les tests d’écriture avec 9 sur 10. Au total cela donnait 14 sur 20. Voilà pourquoi mes deux compatriotes Francis Pezo et Kwelo di Matiaba furent affectés au montage et moi à la réalisation.
Je viens de vous en parler parce que je considère cet événement comme un miracle. Ce fut là le point tournant de ma nouvelle carrière. C’était mon destin ! Diplômés, nous avons réintégré le pays en janvier 1971. J’ai donc directement été affecté à la direction des programmes. En juillet 1971, je me suis retrouvé à la FIKIN à la tête d’une équipe de tournage en permanence sur les lieux, composée de Gino Ileka (caméraman) et Nkiere (preneur de son), tous deux décédés. Il y avait aussi des équipes de la RENACT qui se relayaient pour les actualités. La télévision était encore nouvelle, les images étaient en noir et blanc. Nous étions fiers car certaines personnes enviaient notre sort. Il nous arrivait d’être invités par une gérante d’un « nganda » (petite échope-restaurant ; nous mangions et buvions aux frais de la princesse après avoir filmé l’ambiance de la place, bien sûr !.
À cette époque-là, l’orchestre Bella-Bella avait le vent dans les voiles. Je me souviens encore des chansons Masuwa et Taty qui faisaient la pluie et le beau temps sur l’esplanade où les orchestres des jeunes se relayaient, tels que Zaîko Langa-Langa et Shama-Shama. Dans la soirée donc, nous filmions des extraits des spectacles. Qu’est-ce qu’on s’amusait !
L’un de mes meilleurs souvenirs de la FIKIN fut l’un de ces dîners, organisé à l’occasion de la Journée des transports dans un des pavillon d’Air-Zaïre. Je n’ai jamais, pendant que je me trouvais encore au pays, mangé autant de plats si friands et variés de ma vie, sauf peut-être cet autre repas pantagruélique sur un bateau à bord de l’océan atlantique en 1964 alors que j’étais encore journaliste reporter pour le compte du Service de l’information du Kongo Central.
L’année suivante, j’ai été affecté avec un autre collègue à la réalisation d’antenne et mise en ondes de façon permanente. D’autres ont repris le flambeau à la FIKIN. Cela ne m’a toutefois pas empêché d’amener mes enfants visiter les pavillons et stands sans oublier les manèges comme Mwambe, Mobembo, Solo te, Kobanga te, Ndeke Luka et autres dont ils raffolaient. En 1978, à mon retour de Chine, je suis retourné sur lies lieux avec mes trois premiers enfants Risée, Trophée et Odyssée. Ceux-ci étaient vêtus avec des tenues et képis chinois. Il faut voir comment les gens nous regarder passer. Les enfants, eux, étaient très fiers d’eux. Au temps de la sape, ils auraient paru ridicules !
Cependant, je dois dire que, à cette époque-là, l’événement n’avait plus son lustre des années de lumière du régime. Je me demande de quoi a l’air la FIKIN d’aujourd’hui. Avec le vent de confiance retrouvée qui règne actuellement au pays, j’ai la profonde conviction qu’elle va retrouver son allure et son ambiance explosives des années 69-74.
À demain !
Sacha Distel - Monsieur Cannibal