RD Congo - Je m'ennuie du saxo
Vieuxvan.overblog.com
Mercredi 16 mars 2011
L’événement du jour
Je me demande si nous avons vraiment besoin du nucléaire pour vivre heureux en ce bas monde. Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl et autres catastrophes n’ont pas servi de leçon à l’humanité qui persiste à se mettre les pieds dans le plat. Ce qui se passe au Japon en ce moment a de quoi nous effrayer.
Le Premier ministre reconnaît une probabilité élevée de fuite radioactive
Un nuage radioactif pourrait atteindre l'Europe
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RD Congo- Je m’ennuie du saxo
J’étais en train d’écouter la chanson « Zonga Vonvon Mélancolie » de feu Franco Luambo Makiadi. Elle m’a donné un sentiment de mélancolie. Et pour cause ! Je crois que ce que j’appréciais dans les boléros des années 50, c’était non seulement les paroles et les mélodies mais la combinaison entre la guitare et le saxophone. Je n’aime pas les chansons non illustrées, mais pour une fois, je vais fermer les yeux :
Zonga Vonvon Melancolie (Franco) - Franco & L'O.K. Jazz 28-10-1957
Eh ! Oui ! Le saxo ! Quel instrument ! Lorsqu’il est joué par un virtuose, il est capable de vous plonger dans le romantisme. C’est exactement ce que j’éprouve en écoutant les prouesses d’Isaac Musekiwa avec l’O.K. Jazz aux débuts de cet ensemble lorsque Vicky Longomba, Edo Nganga, Célestin Kouka, De la Lune, Brazzos et Bosuma Dessoin en faisaient la pluie et le beau temps aux côtés de Franco.
Lorsque j’auditionne « Oyo nde zoba », « Kenge okei elaka te », « Ah ! Pauvre de moi ! », « Ozali se wa ngai », « Joséphine », « Aimée wa bolingo », « Ozali se wa ngai », « Motindo na yo te », « Linga ye to linga ye » etc. Pauvre Isaac ! Il est presque tombé dans l’oubli ! Si certains saxos sont de Nino Malapet ou d’Essous Serge, veuillez m’en excuser. J’étais trop jeune pour faire la différence. Du côté de l’orchestre Rock-A-Mambo aussi, il y eut de belles envolées notamment dans Stéphanie, Nabanzi yo, Gertrude et autres. J’adore écouter ça ! Old and good is !:
Nabanzi Yo Gertrude / Omoni Te (Tino Baroza) - African Jazz
Quand j’écoute aujourd’hui « Ah ! Nazangi tata », je me souviens d’un moment émouvant de mon enfance. Mon père avait étudié au petit séminaire de Nkolo. C’est lui m’a appris mes premiers mots de latin et quelques adages comme « Qui a bu boira ». Il occupait un bon poste à l’Otraco (Onatra) à Thysville à l’époque où la direction générale avait son siège avant son transfert à Léopoldville. Les candidats qui postulaient des postes d’emplois de bureau se déplaçaient jusque là.
Comme tous les dossiers d’embauche du personnel de la M.O.I. (main d’œuvre indigène) passaient par lui, il était très connu. On vivait bien ; on était heureux ; mon père me choyait ; les enfants de mon quartier m’enviaient. Puis, soudain, vlan ! Mon père fut terrasse par une hémorragie cérébrale et obligé de prendre une retraite anticipée. Ce fut comme si le monde s’était écroulé autour de moi. Je dois remercier le Bon Dieu qui leur permit quand même à mon père et à ma mère de supporter mes études primaires et secondaires. S’ils avaient jeté l’éponge, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Merci papa ! Merci, maman !
Si je fais un flash-back, je me retrouve à l’âge de 11-12 ans, vivant à Kinshasa, étudiant à l’internat de Tumba puis celui de Mbansa-Mboma, loin de mes parents, comme un enfant abandonné - mes sœurs et cousins faisaient de leur mieux pour m’encadrer, mais ils n’étaient pas riches et avaient leurs propres responsabilités parentales. Je ne savais pas ce que l’avenir me réservait, mais je ne perdais pas courage, encaissant des coups, me défendant comme je pouvais. Et puis, à 15 ans, j’ai eu cette fracture de jambe que j’ai cachée pendant 4 mois à mes parents pour ne pas les attrister. Quelqu’un, qui m’avait côtoyé à la Fomulac de Kisantu leur avait parlé d’un garçon qui correspondait à mon signalement. Il ne pouvait pas s’être trompé dans sa description. Ma mère partit à ma recherche du village pour Kisantu où elle ne connaissait personne. À l’hôpital, elle apprit que j’étais retourné au collège. Elle reprit le chemin en direction de Mbansa-Mboma où elle n’avait jamais mis les pieds. Lorsqu’elle fut arrivée à destination, elle me prit dans ses bras comme un bébé. Nous pleurâmes ensemble durant presque une heure. Elle m’engueula mais n’insista pas. Je n’y étais pour rien. Je m’étais fracturé en jouant au football, une activité scolaire obligatoire. Dans cette chambrette que les pères jésuites avaient aménagée pour moi pour la circonstance, je fus visité tour à tour par ma mère et Mgr Pierre Kimbondo. Maman ne serait pas venue si papa avait pu le faire mais ce dernier avait perdu la parole et ne pouvait se déplacer. Ma mère eut la chance de trouver un homme de notre village qui était au service des sœurs du pensionnat. C’est là qu’elle demeura pendant une semaine. Elle me rendait visite deux fois par jour. Devinez donc qu’est-ce qu’elle faisait ? Elle me racontait des contes comme au temps de ma petite jeunesse lorsque, les yeux ensommeillés, au lever du soleil, je lui tenais compagnie pendant qu’elle préparait ses beignes qu’elle allait vendre plus tard au marché pendant que moi je me retrouvais sur le banc de l’école primaire Ste- Thérèse où j’étudiais. Sans s’en douter, elle contribua à fasciner et à façonner mon imaginaire. Je m’en rends seulement compte aujourd’hui. Merci maman !
En vous racontant ce douloureux passé, je ne puis réprimer quelques larmes, me disant que mes parents sont décédés trop tôt et que j’aurais aimé qu’ils soient encore en vie en ce moment. J’ai quand même pris mes responsabilités puisque, à 19 ans, à la fin de mes études gréco-latines, plutôt que de m’inscrire à l’université, je me suis trouvé un emploi et j’ai pris la charge de tous mes frère (1) et sœurs 5) nés après moi. En tout cas, tout en remerciant Dieu qui m’a aidé à passer à travers tant d’épreuves, je compte poser un grand geste de reconnaissance envers ma mère et mon père pour que notre postérité s’en souvienne.
Assez rêvassé ! Revenons au présent, à notre saxo ! Vous voyez l’impact d’une œuvre musicale comme « Ah ! Nazangi tata » (J’ai perdu mon père)
Ah! Nazangi Tata (Franco) - Franco & L'O.K. Jazz ?-4-1958
Quand la nostalgie de la RDC me gagne, ce n’est pas pour des aventures mais plutôt pour me souvenir de moments importants de ma vie passée qui a été marquée par des hauts et des bas.
Quand j’étudiais en 1982-1983 à l’Institut National de la Communication Audiovisuelle de France, j’ai eu le privilège de tailler bavette avec le grand Manu Dibango. Quand je l’ai félicité pour sa polyvalence en matière de maniements d’instruments, dont le piano, la clarinette et le saxo, il m’a dit qu’il aimait tous ses instruments mais qu’il considérait le saxophone comme sa « fiancée » Et il en parlait avec un soupçon d’émotion. Il avait raison. On n’a qu’à écouter sa chanson « Soir au village »
YouTube - Manu Dibango - Soir au village
J’ai aussi suivi un jour une entrevue de Beya Maduma alias Moro Maurice à l’émission « Bakulutu ». Il a déclaré entre autres que son grand-frere Jean-Marie lui avait décrit le saxo comme étant un instrument très délicat.
J’ai aussi souvent passé en revue la carrière d’Empompo Loway. Je puis vous dire qu’il a contribué aux succès de l’Afrisa. Je revois encore Rochereau Tabu Ley m’affirmant : « Mon cher Mansé, Empompo très nécessaire ! » Il ne croyait pas si bien dire ! Lorsqu’on écoute « Amour Nala », « Libongo », « Kashama Nkoy », « Karibou ya Bintou » « Kiwele-Wele » et autres, on se rend compte du rôle important du saxo lorsqu’il est joué par un virtuose.
Le saxo a presque disparu de notre musique à part quelques mordus comme Verkys Kiamuangana qui y tiennent encore. J’entends cet instrument « flirter » avec « Vieux Davin » dans « Mamboli » de Mbilia Bel. Je n’ai malheureusement une vidéo de cette chanson. À la place, je vous propose Bameli Soyi ou le soliste et le saophoniste s<amusent et sont complices comme deux larrons en foire. Dommage qu’on reste sur la même photo pendant 9 minutes !:
Je souhaite vivement que l’usage de cet instrument au sein de nos orchestres actuels connaisse un regain de vie pour ceux qui sont romantiques, pour ceux qui ont le cœur brisé, pour tous ceux qui se repentent, pou ceux qui pleurent un parent disparu.
En tout cas, moi, je m’ennuie du saxophone !
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La pensée du jour
Le bonheur absolu n’existe pas ; et il est perçu par chacun de nous
Selon ses propres critères
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À demain!